‹ La Fiole de CagliostroChapitre 10 sur 10 · Scène X.

Scène X.

Les Mêmes, CHAMPRIGAUX, Le Notaire, qui entre et se met a la table, sans être vu de Reginald.

CHAMPRIGAUX, à part.

Bravo !

SUZANNE.

Mon bon ami, il m’aime, il m’épouse.

CHAMPRIGAUX.

Et vous ?

SUZANNE, bas.

Et moi, je suis contente… Dites donc, pourra-t-on nous marier tout de suite ?

REGINALD.

Mariez-moi tout de suite, ou je vous étrangle.

SUZANNE.

Moi aussi… vous voyez que nous sommes bien d’accord.

CHAMPRIGAUX.

Eh bien ! le notaire a dressé le contrat. (Le montrant.) Il est là…

REGINALD, se retournant.

Par où diable est-il venu ?….. Champrigaux, le notaire est-il aussi de votre façon ?

CHAMPRIGAUX.

Non, non… le diable lui-même se réserve la création des notaires et procureurs.

REGINALD, à part.

C’est drôle, le cœur me bat.

SUZANNE, bas.

Dites donc, avant de signer, regardez-moi bien.

CHAMPRIGAUX.

Nous n’avons plus besoin que de la signature des époux… car le contrat est en règle.

REGINALD, à part.

La signature ?… ah ! parbleu ! la loi ne plaisante pas, et je vais voir si ma femme signera comme ma tante.

CHAMPRIGAUX.

Monsieur le futur, c’est à vous.

REGINALD, le prenant à part.

Champrigaux… Suzanne est jeune, tout-à-fait jeune, n’est-ce pas.

CHAMPRIGAUX.

Vous pouvez la prendre de confiance.

REGINALD.

Oui… mais après mon mariage ?… Champrigaux, vous me répondez des suites… à la première ride, je vous brûle la cervelle.

CHAMPRIGAUX.

C’est convenu… Le notaire vous attend.

REGINALD, à part.

Ah ! le notaire… Ce notaire-là a une figure qui ne me plaît pas.

LE NOTAIRE.

Je vais vous lire l’acte.

REGINALD.

C’est inutile.

SUZANNE.

C’est inutile.

LE NOTAIRE.

Pardonnez-moi… Par-devant maître…

REGINALD.

C’est bon, c’est bon.

SUZANNE.

C’est bon, c’est bon.

LE NOTAIRE.

Sont comparus… le sieur Reginald…

REGINALD.

Passez.

SUZANNE.

Passez.

CHAMPRIGAUX.

On n’a jamais passé le futur.

LE NOTAIRE.

Le sieur Reginald de Cassigny, officier de dragons, âgé de vingt-cinq ans, et la demoiselle…

REGINALD, bas.

Attention !

LE NOTAIRE.

Et la demoiselle Suzanne de Murville, née à la Guadeloupe, âgée de dix-huit ans.

REGINALD.

De dix-huit ans ? il y a bien dix-huit ans ?

LE NOTARE.

Oui, monsieur… d’ailleurs j’ai vu les actes de naissance.

REGINALD.

Ah ! vous avez vu… (À part.) Ce notaire-là a quelque chose de satanique dans la figure.

CHAMPRIGAUX.

Passons à la dot.

REGINALD.

C’est inutile.

SUZANNE.

C’est inutile.

CHAMPRIGAUX.

Vous acceptez la dot.

REGINALD.

J’accepte tout, mais signons (Prenant la plume que le notaire lui présente.) Tout m’est suspect dans ce notaire-là….. jusqu’à sa perruque. (Il signe) C’est fait… À vous, Suzanne.

SUZANNE.

Tiens ! j’ai peur à présent…

REGINALD.

Signez, signez.

SUZANNE va pour signer.

C’est qu’il est un peu timbré, mon prétendu….. C’est égal.

(Elle signe)

REGINALD, il lit pendant qu’elle écrit.

Suzanne de Murville !… c’est bien cela.

LE NOTAIRE.

Il manque encore une signature.

REGINALD, vivement.

Je ne veux pas que Champrigaux signe à mon contrat… je ne le veux pas !

LE NOTAIRE.

Je ne vous parle pas de monsieur… mais il me faut la signature de madame la baronne de Murville.

REGINALD étonné.

La baronne de…

LE NOTAIRE.

Sans doute.

CHAMPRIGAUX.

La grand’mère de mademoiselle Suzanne.

REGINALD.

Qu’entends-je !… Champrigaux, regardez-moi …… regardez-moi sans rire.

CHAMPRIGAUX.

C’est assez difficile.

REGINALD.

Comment !… Suzanne… ma femme… n’est pas ma…

SUZANNE.

Ah ! ça va encore vous reprendre ?

REGINALD.

Suzanne… serait !…

CHAMPRIGAUX.

Votre cousine… que vous avez refusé de voir et qui a bien ses dix-huit ans, qu’elle tient de Dieu et non pas du diable… Si vous n’en voulez pas, nous la reprenons.

(Musique.)

REGINALD.

Suzanne !.. dix-huit ans ! ma cousine !.. Et cependant, tenez, je ne croirai à mon bonheur que si je vois ici ensemble, la grand mère et la petite-fille…

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