‹ La fugitiveChapitre 47 sur 77 · XXVI - XXVII

XXVI - XXVII

Je ne réclame nul salaire pour les airs que je vous ai chantés.

Je serai satisfaite s’ils ne vivent qu’une nuit durant et disparaissent dès l’aube comme les étoiles, l’obéissant troupeau qu’une bergère effrayée préserve du soleil.

Mais vous, ô mon Poète, qui parfois aussi m’avez chanté vos chants, souvenez-vous qu’à les entendre, j’ai pour toujours perdu mon âme!

Il me semble ce soir, mon amie, qu’à travers les mondes innombrables où déjà nous vécûmes, nous avons, vous et moi, laissé le souvenir de notre union. Quand je lis des légendes anciennes inspirées par des passions éteintes aujourd’hui, il me semble que jadis nous ne fîmes qu’un, vous et moi, et que la mémoire nous en revient avec la mémoire des temps...

J’imagine que le matin qui transfigurait la terre en des siècles abolis a glissé quelques rayons encore dans votre cœur comme dans le mien. Car nos cœurs restent éternellement jeunes dans la vieillesse des âges, et l’univers entier devient ainsi témoin de notre amour!

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