‹ La fugitiveChapitre 49 sur 77 · XXIX - XXX

XXIX - XXX

Je songe en voyant vos deux pieds nus et frêles que les fleurs sont l’empreinte des pas de l’été.

Les vôtres marquent légèrement sur le sable l’histoire de leurs aventures--une histoire qu’en passant la brise efface.

Venez! Glissez dans mon cœur ces tendres pieds! Laissez une empreinte durable sur la route du pays de mes rêves.

Ce paysage, je l’ai contemplé durant plus d’un mois de Mars, au moment où s’épanouissent les fleurs de la moutarde.

Je connais la paresseuse ligne de l’eau, la tache grisâtre que plaque au-delà le sable, et le sentier qui mène à travers champs jusqu’au village.

J’ai tenté d’emprisonner en vers l’oisive mélodie du vent et le battement des rames de telle barque passagère.

Je me suis émerveillé de la simplicité de ce grand monde gisant devant moi--de l’aisance tendre et familière avec laquelle mon cœur découvre l’Éternelle Étrangère!

BANDI MATARAM

(Appel à la Patrie)

Berger des peuples, chef des destinées de l’Inde, en ton saint nom s’éveillent le Pandjab, le Guzarat, le Sindh, le Bengale, Ceylan, les états Mahrathes et les provinces Dravidiennes, les Vinahyas et les Hymalayas, la Jamouna, le Gange et les vagues dressées de l’Océan!

Les terres et les eaux, implorant ta bénédiction, chantent l’hymne de ton triomphe.

Victoire, ô Dispensateur de tous les biens! Victoire, ô Chef des destinées de l’Inde!

Ton appel s’étend de proche en proche. Les Brahmes, les Bouddhistes et les Sikhs, les Jaïns et les Parsis, les Chrétiens et les Musulmans, tous s’unissent pour recevoir l’universel message!

Ils viennent de l’Orient comme de l’Occident tresser une guirlande d’amour au bord de ton trône.

Victoire, ô Pacificateur des peuples! Victoire, ô Chef des destinées de l’Inde!

Les chemins de l’Histoire sont montueux où des pélerins suivent la trace des roues de ton char, divin Guide!

D’âge en âge, les nations s’élèvent et s’effondrent, et ta couche sacrée vibre des échos tragiques de nos tourmentes.

Victoire, ô Libérateur du monde! Victoire, ô Chef des destinées de l’Inde!

Du plus profond de l’ombre et de la nuit ta sollicitude toujours inquiète s’est penchée sur les peuplades persécutées!

Telle une mère aimante, de tes yeux qui ne clignent point tu veillais; tu nous protégeais des terreurs et des cauchemars.

Victoire, ô Guérisseur de toute souffrance! Victoire, ô Chef des destinées de l’Inde!

Mais l’obscurité se dissipe avec la première lueur du jour sur les collines orientales. Des oiseaux chantent, des brises apportent les effluves d’une vie nouvelle!

La Patrie dormante ouvre ses yeux au pourpre reflet de ton amour; elle s’incline, et son front touche la poussière de tes pieds.

Victoire, ô Roi des rois! Victoire, ô Chef des destinées de l’Inde!

RETOUR

Les célestes fleurs de la guirlande que vous m’aviez donnée, Indra, dieu des dieux, se sont flétries dans ma chevelure. Le temps est épuisé de la suprême récompense. Et voici qu’il me faut vous quitter, vous tous, dieux et déesses, pour retrouver un monde brisé par des naissances et par des morts.

J’espérais voir une larme furtive mouiller vos paupières au moment de notre séparation... Mais la douleur est bannie de vos fêtes. Et lorsque nous qui venions de la terre pour les partager nous retournons à la trouble poussière, vous sentez à peine ce que pourrait sentir un banyan séculaire perdant sa feuille la plus jaune.

Si jamais la virginale clarté qui vous baigne s’obscurcissait d’une ombre, vos journées connaîtraient les haltes du soir; les pas dansants de Menakâ, oubliant la perfection de leur cadence, s’égareraient en de rougissantes erreurs; les pures notes de la vîna qui repose sur les seins d’Ourvashi se changeraient en accents passionnés...

Mais non! Vivez heureux dans l’éternelle paix souriante de votre royaume, ô dieux, et laissez-nous la terre qui n’est point un paradis. Sur son cœur, sanctuaire des larmes sacrées, elle serre de pauvres corps las et souillés. Elle ouvre grands ses bras aux faibles, aux obscurs, aux indignes.

Adieu donc, Apsaras! Vos âmes ne connaissent ni le désir des rencontres, ni la tristesse des départs... Je sais, moi, que ma bien-aimée m’attend sur la terre et me prépare un trésor de douceurs. Je sais aussi que le souvenir du ciel me hantera vaguement lorsque, m’éveillant aux heures lunaires, sous les brises parfumées de jasmins, je la regarderai dormir à mes côtés avec un de ses bras reposant contre ma poitrine.

Aujourd’hui je réprime mes sanglots... Le Paradis que j’abandonne s’efface comme une ombre... Toi seule tu demeures vraie, Terre patiente. J’aperçois déjà des rives sablonneuses bordant une eau bleue, des neiges au sommet d’une colline violacée, l’aube silencieuse qui se dévoile au-dessus des arbres du village.

Les pleurs que tu répandis lors de notre dernier arrachement sont depuis longtemps séchés, Terre maternelle, mais tu ne m’accueilleras pas moins comme celui-là même qu’il te plaisait d’attendre. Tu veilleras sur moi, tu prendras soin de moi, tu lèveras tes regards mélancoliques vers les dieux lointains, et ton cœur palpitera de crainte de me perdre encore, moi qui t’appartiens... et qui cependant ne t’appartiens pas!

PÉTALES SUR LA CENDRE

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