XXIV - XXV
Comme le pitoyable crépuscule abolit les stigmates du jour, laisse ma douleur de t’avoir perdue, ô Bien-Aimée, jeter sur moi le voile parfait du silence.
Laisse les ruines et les naufrages se mêler à l’immensité d’un soir apaisé par ton souvenir, et plein d’une harmonie sereine de tristesse et de paix!
C’est dans un sentier plein d’herbes hautes que j’entendis sa voix: «Me connais-tu?»
Je me retournai, et l’ayant vue: «Il ne me souvient plus de ton nom», dis-je.
Elle répondit: «Je suis la première grande douleur de ta jeunesse», et ses yeux ressemblaient au matin ruisselant de rosée.
«Est-il épuisé, le profond trésor de tes larmes?» repris-je.
Elle souriait et ne répondait pas. Je compris que ses larmes avaient eu le temps d’apprendre un nouveau langage.
«Tu disais alors», murmura-t-elle, «que tu chérirais à jamais ta peine.»
Je rougis. «Oui, mais le temps a passé et l’homme oublie», dis-je.
Je pris dans la mienne sa main et j’ajoutai: «C’est toi qui as changé.»
«Ce qui fut jadis la douleur est devenu la paix», dit-elle.