‹ La Galerie du PalaisChapitre 39 sur 57 · Scène IV

Scène IV

Lysandre, Aronte

Aronte

Eh bien, qu’en dites-vous ? et que vous semble d’elle ?

Lysandre

Hélas ! pour mon malheur, tu n’es que trop fidèle,

N’exerce plus tes soins à me faire endurer ;

Ma plus douce fortune est de tout ignorer :

Je serais trop heureux sans le rapport d’Aronte.

Aronte

Encor pour Dorimant, il en a quelque honte ;

Vous voyant, il a fui.

Lysandre

Mais mon ingrate alors,

Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts,

Aronte, et tu prenais ses dédains pour des feintes !

Tu croyais que son cœur n’eût point d’autres atteintes,

Que son esprit entier se conservait à moi,

Et parmi ses rigueurs n’oubliait point sa foi.

Aronte

A vous dire le vrai, j’en suis trompé moi-même.

Après deux ans passés dans un amour extrême,

Que sans occasion elle vînt à changer !

Je me fusse tenu coupable d’y songer ;

Mais puisque sans raison la volage vous change,

Faites qu’avec raison un changement vous venge.

Pour punir comme il faut son infidélité,

Vous n’avez qu’à tourner la feinte en vérité.

Lysandre

Misérable ! est-ce ainsi qu’il faut qu’on me soulage ?

Ai-je trop peu souffert sous cette humeur volage ?

Et veux-tu désormais que par un second choix

Je m’engage à souffrir encore une autre fois ?

Qui t’a dit qu’Hippolyte à cette amour nouvelle

Se rendrait plus sensible, ou serait plus fidèle ?

Aronte

Vous en devez, monsieur, présumer beaucoup mieux.

Lysandre

Conseiller importun, ôte-toi de mes yeux.

Aronte

Son âme…

Lysandre

Ote-toi, dis-je ; et dérobe ta tête

Aux violents effets que ma colère apprête :

Ma bouillante fureur ne cherche qu’un objet ;

Va, tu l’attirerais sur un sang trop abjet.

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