‹ La Galerie du PalaisChapitre 4 sur 57 · Scène première

Scène première

Aronte, Florice

Aronte

Enfin je ne le puis : que veux-tu que j’y fasse ?

Pour tout autre sujet mon maître n’est que glace ;

Elle est trop dans son cœur ; on ne l’en peut chasser,

Et c’est folie à nous que de plus y penser.

J’ai beau devant les yeux lui remettre Hippolyte,

Parler de ses attraits, élever son mérite,

Sa grâce, son esprit, sa naissance, son bien ;

Je n’avance non plus qu’à ne lui dire rien :

L’amour, dont malgré moi son âme est possédée,

Fait qu’il en voit autant, ou plus, en Célidée.

Florice

Ne quittons pas pourtant ; à la longue on fait tout.

La gloire suit la peine : espérons jusqu’au bout.

Je veux que Célidée ait charmé son courage,

L’amour le plus parfait n’est pas un mariage ;

Fort souvent moins que rien cause un grand changement,

Et les occasions naissent en un moment.

Aronte

Je les prendrai toujours quand je les verrai naître.

Florice

Hippolyte, en ce cas, saura le reconnaître.

Aronte

Tout ce que j’en prétends, c’est un entier secret.

Adieu : je vais trouver Célidée à regret.

Florice

De la part de ton maître ?

Aronte

Oui.

Florice

Si j’ai bonne vue,

La voilà que son père amène vers la rue.

Tirons-nous à quartier ; nous jouerons mieux nos jeux,

S’ils n’aperçoivent point que nous parlions nous deux.

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