‹ La GuerreChapitre 13 sur 116 · SCENE PREMIERE

SCENE PREMIERE

Rheinwald, Zernest. – Officiers d’état-major. Quelques hussards dehors, leurs chevaux en main et prêts à partir. Groupes de paysans et de paysannes dans l’attente, sur les côtés.

Rheinwald, après avoir parcouru un ordre, appelant. – Chaussier ?

Un hussard, entrant.– Voilà, mon général.

Rheinwald, signant et cachetant. – Vous allez porter ça, d’un temps de galop, à Bremgarten. Vous direz au bourgmestre que si la réquisition n’est pas prête au petit jour, il recevra notre visite… Vous m’entendez ?

Le hussard. – Oui, mon général.

(Il sort.)

Rheinwald, prenant un second ordre et le parcourant. – Ces braves Suisses se figurent que les armées de la République peuvent vivre de l’air du temps. (Appelant.) Maréchal des logis Trubert ! (Un maréchal des logis de hussards entre.) Combien avez-vous d’hommes ?

Le maréchal des logis. – Cinq hommes de l’escadron, mon général.

Rheinwald, signant.– Cela suffit. Vous allez prendre à Mellingen un convoi de poudre. Voici l’ordre que vous remettrez au chef du parc d’artillerie Vaubois ; vous escorterez les six fourgons jusqu’aux avant-postes de Dietikon, sans retard.

Le maréchal des logis, s’en allant. – C’est bon, mon général.

Rheinwald, criant.– Ayez l’œil à ce que vos hommes ne fument pas leur pipe.

Le maréchal des logis, sortant. – On connaît la consigne.

Rheinwald, appelant.– Michau ?

Un chasseur, entrant.– Mon général.

Rheinwald. – Tu sais lire ?

Le chasseur. – Oui, mon général.

Rheinwald, lui présentant deux ordres. – Lis ça.

Le chasseur, lisant.– Au chef d’escadron Foy. Au commandant Barré.

Rheinwald, riant.– Tu lis comme un ancien. Eh bien, tu vas porter ces deux ordres au chef d’escadron Foy à Dietikon, et au commandant Barré à Brugg. Dans trois heures, il faut que chacun ait son affaire. Tâche de ne pas te tromper.

Le chasseur, s’en allant. – Pas de danger… c’est trop bien écrit.

Rheinwald, se levant, à Zernest. – Eh bien, tous nos ordres sont expédiés, commandant ?

Zernest. – Oui, général.

Rheinwald, apercevant les paysans qui regardent aux fenêtres, dehors. – Hé ! maréchal des logis Forbin, écartez donc ces gens-là. Tout à l’heure ils vont nous envahir.

(On écarte les paysans.)

Zernest. – La faim les enhardit.

Rheinwald. – Ils ne trouveront rien ici… Nous sommes aussi pauvres qu’eux ! (Se promenant.) C’est égal, on a beau dire, la République ne nous dore pas sur tranches ; le vertueux Barras compte un peu trop sur la bêtise du soldat.

Zernest. – Quel tas de gueux, ce Directoire ! Quand nous sommes ici depuis six mois, – la dernière armée de la République, – nous laisser périr de faim… nous payer avec du papier dont personne ne veut plus !

Rheinwald. – Eh ! ce n’est pas le Directoire qu’il faut accuser, c’est le ministre de la guerre, Bernadotte. Cet homme-là nous a fait plus de mal que toute l’armée autrichienne.

Zernest. – Il espérait décourager Masséna, et lui succéder dans le commandement.

Rheinwald. – Oui !… ce Gascon ne doute plus de rien, depuis qu’il s’est allié à la famille Bonaparte.

(On entend au loin le cri de : – « Qui vive ! » – Rheinwald s’arrête.)

Un officier, qui vient de sortir, rentrant. – Un courrier sur la route de Bâle.

Rheinwald, reprenant sa promenade. – Les courriers ne manquent pas ; c’est plus facile à nous expédier que des espèces.

Zernest, à la fenêtre. – Il arrive au quartier général.

Rheinwald, riant.– Il nous apporte l’ordre de livrer bataille ; ce sera le troisième depuis un mois.

(Le courrier s’arrête devant les fenêtres. Il descend de cheval.)

q

Page 1