‹ La GuerreChapitre 69 sur 116 · SIXIEME TABLEAU – L’ESTAFETTE

SIXIEME TABLEAU – L’ESTAFETTE

Les Russes campent dans la vallée d’Altorf, sur les rives du lac des Quatre-Cantons. A droite, des montagnes ; à gauche, les rochers où coule la Reuss à son embouchure. Le soleil se couche sur le lac ; à mesure qu’il descend, l’onde devient plus lumineuse ; les nuages au-dessus s’éclairent et forment de longues traînées de pourpre. Quand il a disparu, tout devient sombre ; les feux de bivacs s’allument et rayonnent sur les flots. C’est une scène calme et solennelle. Souworow, ses officiers d’état-major et quelques cosaques campent sur le chemin d’Altorf à Fluelen, sous une masse de rochers en demi-voûte ; les chevaux sont attachés aux arbres. Ce groupe tient toute la droite de la scène. A gauche, au second plan, un poste du régiment de Rymnik, accroupi autour d’un bon feu, prépare sa soupe en silence ; la marmite bout, quelques soldats fument leur pipe, d’autres récurent leur gamelle. Hattouine et Ivanowna sont dans le nombre. Hattouine écume le bouillon ; sa charrette est dételée, la tonne déposée à l’arrière sur deux bottes de paille, pour tourner le robinet. Le cheval mange sa pitance. Plus loin, l’armée russe, les fusils en faisceaux, se découvre en perspective. De temps en temps de nouveaux détachements arrivent par la droite ; des fourgons, des canons, des traînards défilent à l’angle des rochers, puis se perdent à gauche. Souworow et le colonel d’état-major Mandrikine sont isolés à l’avant-scène. Mandrikine est assis devant une petite table pliante. Souworow est debout ; son sabre et son manteau pendent à une broussaille. Des cartes sont déroulées sur un quartier de roc. On entend quelquefois dans le lointain le cri de Qui vive ! Du reste, tout se tait. Les officiers d’état-major, à quelque distance sur la droite, se chauffent autour d’un bon feu de bivac, au tournant du chemin d’Altorf.

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