CHAPITRE XXXVI.
Nous retournerons maintenant près de la Jolie Fille de Perth, que Douglas, après la scène horrible qui s’était passée à Falkland, avait envoyée près de sa fille, la duchesse veuve de Rothsay ; pour être placée sous sa protection. Cette dame faisait alors sa résidence temporaire dans une maison religieuse nommée Campsie, dont les ruines occupent encore aujourd’hui une situation pittoresque sur les bords du Tay. Elle s’élevait sur le sommet d’une montagne escarpée qui descend dans ce beau fleuve, particulièrement remarquable en cet endroit par la cataracte nominée Campsie-Linn, où ses eaux se précipitent en tumulte par-dessus une chaîne de rochers de basalte qui en arrête le cours comme une digue élevée par la main de l’homme. Charmés de la beauté d’un site si romantique, les moines de Cupar y élevèrent un édifice dédié à un saint obscur nommé saint Hunnand, et ils avaient coutume de s’y retirer, soit pour jouir de la vue de ce paysage pittoresque, soit pour se livrer au recueillement de la dévotion. Ils en avaient ouvert les portes avec empressement pour y recevoir la noble dame qui y demeurait en ce moment, tout ce pays étant sous l’influence du puissant lord Drummond, allié de Douglas. La lettre du comte fut remise à la duchesse par le chef de l’escorte qui conduisait à Campsie Catherine et Louise. Quelque raison qu’elle eût de se plaindre de Rothsay, sa fin tragique et inattendue fit une vive impression sur cette noble dame, et elle passa la plus grande partie de la nuit à se livrer à son chagrin et à des exercices de piété.
Le lendemain matin, qui était celui du mémorable dimanche des Rameaux, la duchesse fit venir en sa présence Catherine et Louise. Toutes deux étaient encore plongées dans un accablement causé par les scènes horribles qui s’étaient passées si récemment sous leurs yeux, et l’air de la duchesse Marjory, comme celui de son père, était fait pour inspirer une crainte respectueuse plutôt que pour attirer la confiance. Elle leur parla pourtant avec bonté, quoiqu’elle parût plongée dans une profonde affliction, et elle apprit d’elles tout ce qu’elles pouvaient lui dire du destin d’un époux imprudent et égaré. Elle se montra reconnaissante des efforts que Catherine et Louise avaient faits pour sauver Rothsay du sort horrible qui lui était destiné. Elle les invita à se joindre à ses prières, et quand l’heure du dîner arriva, elle leur donna sa main à baiser et les congédia en les assurant toutes deux, et particulièrement Catherine, de sa protection, qui leur garantirait, dit-elle, celle de son père, et qui serait pour l’une et l’autre un mur de défense aussi long-temps qu’elle vivrait elle-même.
Elles quittèrent la princesse veuve pour aller prendre leur repas avec ses duègnes et ses dames, dont, au milieu de leur profond chagrin, l’air de dignité imposante glaça le cœur léger de la chanteuse française, et fit même éprouver quelque contrainte au caractère plus sérieux de Catherine Glover. Les deux amies, car nous pouvons les nommer ainsi, ne furent donc pas fâchées de se dérober à la société de ces dames qui, étant toutes de noble naissance, croyaient y déroger en admettant dans leur compagnie la fille d’un bourgeois et une chanteuse errante, et qui les virent avec plaisir sortir pour aller faire une promenade dans les environs du couvent. Un petit jardin, rempli d’arbustes et d’arbres fruitiers, s’avançait d’un côté du monastère jusqu’au précipice, dont il n’était séparé que par un parapet construit sur le bord du rocher, et si peu élevé que l’œil pouvait mesurer la profondeur de l’abîme, et voir l’eau du fleuve se précipiter en écumant et à grand bruit au-dessus du récif qui était sous leurs pieds.
La Jolie Fille de Perth et sa compagne se promenaient à pas lents dans un sentier qui bordait ce parapet dans l’intérieur du jardin, en regardant une vue pittoresque qui les mettait à portée de juger de ce qu’elle devait être quand la saison plus avancée ornait les arbres et la terre de leur parure. Elles gardèrent quelque temps un profond silence. Enfin la gaîté et la hardiesse de l’esprit de Louise s’élevèrent au-dessus des circonstances dans lesquelles elle était encore placée.
– Les horreurs de Falkland, belle Catherine, vous laissent-elles encore plongée dans l’abattement ? Tâchez de les oublier comme je le fais : nous ne pouvons fouler légèrement le sentier de la vie si nous ne secouons les gouttes de pluie qui tombent sur nos mantes.
– Ces horreurs sont de nature à ne pas s’oublier, répondit Catherine ; mais c’est l’inquiétude pour la sûreté de mon père qui m’agite en ce moment, et je ne puis m’empêcher de penser combien de braves gens perdent peut-être la vie en cet instant, seulement à six milles d’ici.
– Vous voulez parler du combat entre soixante champions dont l’écuyer de Douglas vous a parlé hier ? Quel spectacle ce serait pour les yeux d’un ménestrel ! Mais fi de mes yeux de femme ! ils n’ont jamais pu voir des épées se croiser sans être éblouis. Mais voyez donc ! regardez là-bas, Catherine ; là-bas : ce messager qui paraît si pressé apporte certainement des nouvelles du combat.
– Il me semble que je reconnais celui qui court si vite, dit Catherine ; mais si c’est celui que je pense, quelques étranges pensées semblent lui donner des ailes.
Tandis qu’elle parlait ainsi, l’individu qui courait avec tant de précipitation se dirigeait vers le jardin. Le petit chien de Louise courut à sa rencontre en aboyant ; mais il revint à la hâte, et se tapit en rampant derrière sa maîtresse, en continuant à gronder ; car les animaux eux-mêmes savent distinguer quand l’homme est emporté par l’énergie fougueuse d’une passion irrésistible, et ils craignent de le rencontrer dans sa carrière ou de se trouver sur son passage. Le fugitif entra dans le jardin sans ralentir sa course. Il avait la tête nue et les cheveux épars. Son riche hoqueton et ses autres vêtemens semblaient avoir été tout récemment trempés dans l’eau ; ses brodequins de cuir étaient coupés et déchirés, et ses pieds laissaient des traces de sang sur le sol qu’ils pressaient. Il avait l’air hagard, égaré, ou suivant l’expression écossaise, exalté[106].
– Conachar ! dit Catherine tandis qu’il avançait sans paraître voir ce qui était devant lui, comme le font les lièvres, dit-on, quand ils sont serrés de près par les lévriers ; mais il s’arrêta tout à coup en entendant prononcer son nom.
– Conachar ! dit Catherine, ou pour mieux dire, Eachin Mac Ian, que signifie tout cela ? le clan de Quhele a-t-il été vaincu ?
– J’ai porté les noms que me donne cette jeune fille, dit le fugitif après un moment de réflexion ; oui, je m’appelais Conachar quand j’étais heureux, et Eachin quand j’étais puissant ; mais à présent je n’ai plus de nom : il n’existe aucun clan qui porte celui que tu viens de prononcer, et il faut que tu sois folle pour parler de ce qui n’existe pas à quelqu’un qui n’a plus d’existence.
– Hélas ! infortuné…
– Et pourquoi infortuné ? Si je suis un lâche et un traître, la trahison et la lâcheté ne commandent-elles pas aux élémens ? n’ai-je pas bravé l’eau du Tay sans qu’elle m’étouffât ? n’ai-je pas couru sur la terre sans qu’elle s’ouvrît pour m’engloutir ? quel mortel pourrait s’opposer à mes desseins ?
– Hélas ! il est dans le délire, dit Catherine ; allez appeler du secours, Louise ; il ne me fera aucun mal, et je crains qu’il ne s’en fasse à lui-même. Voyez quels regards il jette sur cette terrible cataracte.
Louise se hâta de faire ce que venait de lui ordonner Catherine, et l’esprit à demi égaré d’Eachin sembla se calmer par son absence : – Catherine, dit-il, à présent qu’elle est partie, je te dirai que je te reconnais. Je sais combien tu aimes la paix, combien tu détestes la guerre : écoute-moi ; plutôt que de porter un coup à mon ennemi j’ai renoncé à tout ce qu’un homme a de plus cher ; j’ai perdu honneur, renommée, amis, et quels amis ! ajouta-t-il en se couvrant le visage des deux mains : oh ! leur amour surpassait l’amour d’une femme. Pourquoi cacherais-je mes pleurs ? Tout le monde a vu ma honte, tout le monde doit voir mon chagrin : oui, tout le monde peut le voir, mais qui en aura pitié ? Catherine, tandis que je courais le long de la vallée comme un insensé, les hommes et les femmes me criaient : – Fi ! fi ! Le mendiant à qui je jetai une pièce d’argent pour en acheter une bénédiction s’en détourna avec dédain en s’écriant : – Malédiction au lâche ! Chaque cloche dont j’entendais le son me semblait répéter : – Honte au fuyard ! Les troupeaux en bêlant et en mugissant, les vents en sifflant, ces eaux furieuses en grondant, faisaient entendre à mes oreilles : – Infamie au poltron ! Mes fidèles Leichtachs sont à ma poursuite, et ils me crient d’une voix faible – Frappe un seul coup pour nous venger : nous sommes morts pour toi !
Tandis que le malheureux jeune homme prononçait ces paroles incohérentes, un léger bruit se fit entendre dans les buissons. – Il n’y a qu’un moyen, s’écria-t-il en sautant sur le parapet et en jetant en même temps un coup d’œil effrayé vers les buissons qu’une couple de domestiques traversaient avec précaution dans le dessein de le surprendre ; mais dès l’instant qu’il en vit sortir une figure humaine, il leva les mains au-dessus de sa tête d’un air égaré, et s’écriant : Bas an air Eachin ! il se précipita dans la cataracte qui écumait sous ses pieds.
Il est inutile de dire qu’un duvet de chardon, seul, aurait pu ne pas être brisé en pièces par une pareille chute. Mais les eaux du fleuve étaient très hautes, et les restes du malheureux jeune homme ne se retrouvèrent jamais. La tradition fournit plus d’un supplément à son histoire : suivant les uns, le jeune chef du clan de Quhele gagna la rive à la nage bien au-dessous de Campsie-Linn, et tandis qu’il errait, livré au désespoir, dans les déserts de Rannoch, il y rencontra le père Clément qui habitait un ermitage dans cette solitude, comme les anciens moines d’Ecosse nommés Culdes. Il convertit, dit-on, le repentant Conachar, qui partagea la cellule, les exercices religieux et les privations du bon père, jusqu’à l’instant où la mort les retira tous les deux de ce monde.
Une autre légende beaucoup plus étrange suppose qu’il fut sauvé de la mort par les Daione-Shie, c’est-à-dire les fées, et qu’il continue à errer dans les bois et les endroits solitaires, armé comme les anciens montagnards, mais portant son épée de la main gauche. Le fantôme semble toujours plongé dans un profond chagrin. Quelquefois il paraît disposé à attaquer le voyageur, mais quand on lui résiste avec courage il prend toujours la fuite. Cette légende est fondée sur deux points particuliers de son histoire, sa timidité naturelle et le suicide qu’il commit, circonstances sans exemple dans l’histoire d’un chef montagnard.
Lorsque Simon Glover, après avoir veillé à ce que son ami Henry Smith reçût les secours dont il avait besoin dans sa maison de Curfew-Street, arriva dans la soirée du même jour à Campsie, il y trouva sa fille attaquée d’une forte fièvre, suite de l’agitation que lui avaient occasionnée les scènes dont elle avait été si récemment témoin, et surtout la catastrophe qui l’avait séparée tout à coup de l’infortuné compagnon de sa première jeunesse. L’affection de Louise en fit une garde-malade si attentive et si soigneuse, que Glover déclara que ce ne serait pas sa faute si elle avait à l’avenir recours à sa viole autrement que pour s’amuser elle-même.
Il se passa quelque temps avant que Simon se hasardât à informer sa fille des derniers exploits de Henry et des blessures sérieuses qu’il avait reçues dans le combat ; et il eut soin de faire valoir la circonstance encourageante que son amant fidèle avait refusé les honneurs et les richesses plutôt que de devenir un soldat de profession et de s’attacher à Douglas. Catherine soupira profondément en écoutant la relation du combat sanglant qui avait eu lieu le dimanche des Rameaux sur le North-Inch. Mais elle avait probablement réfléchi, que les hommes prennent rarement l’avance sur leur siècle en fait de civilisation, et qu’un courage téméraire et excessif comme celui de Henry était préférable, dans l’âge de fer où il vivait, à la lâcheté qui avait amené la catastrophe de Conachar. Si elle avait quelques doutes à ce sujet, ils furent dissipés en temps convenable par les protestations de Henry dès que sa santé rétablie lui permit de plaider lui-même sa cause.
– Je rougis presque de dire, Catherine, lui assura-t-il, que l’idée seule d’un combat me répugne aujourd’hui. Celui du dimanche des Rameaux a offert assez de carnage pour rassasier un tigre. Je suis donc résolu à suspendre désormais ma grande épée et à ne plus la tirer du fourreau que contre les ennemis de l’Ecosse.
– Et si l’Ecosse en avait besoin, répondit Catherine, je l’attacherais moi-même à votre ceinturon.
– Et nous paierons libéralement, Catherine, dit Glover au comble de ses vœux, pour faire dire des messes pour le repos de l’âme de ceux dont l’épée de Henry a abrégé les jours. Cela fera oublier quelques petites peccadilles et nous remettra dans les bonnes grâces de la sainte Eglise.
– Et nous pourrons y employer, mon père, dit Catherine, les trésors que le misérable Dwining m’a légués ; car je crois que vous ne voudriez pas qu’une fortune qui est peut-être le prix du sang fût mêlée à celle que vous devez à une honorable industrie.
– J’aimerais autant introduire la peste dans ma maison, répondit Glover d’un ton décidé.
En conséquence les trésors du scélérat apothicaire furent distribués aux quatre monastères de Perth ; et depuis cette époque pas le moindre soupçon ne s’éleva sur les principes orthodoxes du vieux Simon ou de sa fille.
Le mariage de Henry et de Catherine eut lieu quatre mois après le combat de North-Inch, et jamais les corporations des gantiers et des armuriers ne dansèrent la danse du sabre avec plus de gaîté qu’aux noces du plus brave bourgeois et de la plus jolie fille de Perth. Dix mois après un berceau arrangé avec soin contenait un bel enfant que Louise berçait en chantant :
O Bleu Bonnet, toujours fier et fidèle !
Les noms des parrain et marraine de l’enfant, portés sur son acte de naissance, sont : – Haut et puissant seigneur Archibald, comte de Douglas ; honorable et brave chevalier sir Patrice Charteris de Kinfamis ; et gracieuse princesse Marjory, veuve douairière de Son Altesse sérénissime Robert, de son vivant duc de Rothsay. Avec de pareils protecteurs, une famille s’élève rapidement. Aussi plusieurs des familles les plus respectables d’Ecosse, et surtout du comté de Perth, et grand nombre d’individus distingués dans la carrière des arts et dans celle des armes, se font gloire de descendre du Gow Chrom et de la Jolie Fille de Perth[107].
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[1] Eminence d'Edimbourg où sont aujourd'hui la colonne de Nelson, l'Observatoire, etc., etc. – Ed.
[2] La grande rue de la Vieille-Ville, qui s'étend depuis le château jusqu'à Holy-Rood. – Ed.
[3] Holy-Rood. – Ed.
[4] L'auteur fait ici allusion au voyage que George IV fit à Edimbourg en 1822. – Ed.
[5] Gentilhomme dauphinois, petit-neveu ou même petit-fils de Bayard, selon de Thou, attaché à la cour de Marie Stuart, et amoureux de sa souveraine; il fut surpris deux fois la nuit dans sa chambre, et condamné à mort la seconde fois. « Chastelart, dit Brantôme, avait beaucoup d'esprit, et se servait « d'une poésie douce et gentille aussi bien que gentilhomme de France. » – Ed.
[6] Badaud de Londres. – Ed.
[7] Il n'est aucun voyageur à qui on ne fasse remarquer ce sang que rien ne peut effacer. Ed.
[8] Dans Macbeth. – Ed.
[9] L'Histoire d'Authomates est un roman philosophique dans le genre de Robinson Crusoé. – Ed.
[10] Pièce qui se reproduit à mesure qu'on la dépense. – TR.
[11] Le mot du talisman. Allusion à l'histoire d'Ali Baba et les quarante voleurs, dans les Mille et une Nuits, où la porte du souterrain s'ouvre dès qu'on prononce le mot sésame. – Ed.
[12] Expression de Shakspeare.
To gold refined gold, to paint the tity
To throw a perfume on the violet, etc. Ed.
[13] Ancien fusil, plus court que le mousquet. – TR.
[14] Auteur du roman allégorique du Voyage du Pélerin. – Ed.
[15] Personnage de comédie. – Ed.
[16] Poète et diplomate contemporain de Pope. – Ed.
[17] André Wynton, chanoine, chroniqueur écossais, mort en 1420. – Ed.
[18] John Barbour était le chapelain de Bruce, et il écrivit son histoire en vers. Voyez le Lord des îles, et les notes de ce poème historique. – Ed.
[19] Ces vers font allusion à une exclamation attribuée aux soldats romains à la vue du Tay. – Ed.
[20] Le comté de Perth se divise d'une manière générale en pays haut et en pays bas (highland et lowland). C'est un des plus larges et le plus pittoresque des comtés d'Ecosse : borné à l'est par le Forfarshire, au sud par le frith du Tay et les comtés de Kinross et de Fife, au sud-ouest par le Stirlingshire, et au nord par Inverness et Aberdeen. – Ed.
[21] La capitale du Perthshire, située à trente-huit milles environ d'Edimbourg, sur la rive sud-ouest du Tay. – Ed.
[22] Il fut tué par le duc d'Athol. – Ed.
[23] Sous Jacques VI – Ed.
[24] Ce sont deux plaines dans la ville même et à l'extrémité des deux grandes rues. – Ed.
[25] Le 14 février, jour de Saint-Valentin, chaque oiseau, disent les Anglais, choisit sa compagne de nichée pour le reste de l'an. D'après un usage immémorial qui remonte aux superstitions païennes, le premier homme qu'une jeune fille voit ce jour-là doit être son ami au moins pour douze mois, et s'appelle son Valentin. Depuis la réforme, saint Valentin a conservé encore le privilége de représenter le Cupidon païen. Les jeunes filles reçoivent ce jour-là des vers (madrigaux et acrostiches), au grand profit de la petite poste. – Ed.
[26] Guillaume-le-Conquérant, après avoir soumis l'Angleterre, craignant les réunions nocturnes et les insurrections, ordonna qu'on sonnât tous les soirs à une certaine heure, qui variait suivant la saison, une cloche au son de laquelle chacun devait éteindre son feu et ses lumières. C'est ce qu'on appelait le cur-few, par corruption du mot français couvre-feu. – Tr.
[27] Perth se nommait autrefois Saint-Johnstoun. Les Pictes, après leur conversion au christianisme, bâtirent en cet endroit une église qu'ils dédièrent à saint Jean (saint John.) De là cette ville prit le nom de Saint-Johnstoun, c'est-à-dire ville de Saint-Jean. – TR.
[28] Ce saint, disent les chroniques, reçut dans sa forge une visite du diable, et trouvant sous sa main des pinces rouges au feu, il en saisit le nez du tentateur qui s'enfuit en hurlant. – Ed.
[29] La suzeraineté à laquelle l'Angleterre prétendait sur l'Ecosse depuis Robert Bruce et de plus loin. – TR.
[30] Allusion au respect de Robert Bruce pour les araignées depuis qu'il avait trouvé dans le travail d'un de ces insectes le symbole prophétique de son triomphe. – Ed.
[31] Cri de guerre des montagnards. – TR.
[32] Etoffe dont les montagnards font leurs manteaux qu'ils appellent plaids. – TR.
[33] Dans le voisinage de Perth. – Ed.
[34] Pièce d'or ainsi nommée. – TR.
[35] Sobriquet donné au coq dans les vieilles poésies. – TR.
[36] L'usage général dans la Grande-Bretagne est d'embrasser sur la bouche et non sur la joue. – TR.
[37] Leur bannière. (Note de l’auteur.)
[38] Ce qu'on appelle en France boudin s'appelle en anglais pouding noir. Simon lui donne le nom de pouding au sang, pour faire allusion au coup de couteau porté la veille par Conachar à Henry Smith. – TR.
[39] Les montagnards ont leur langue particulière, le gaélique, qui n'est ni l'anglais ni l'écossais. – TR.
[40] Monnaie d'or de France, ainsi nommée parce qu'elle portait l'empreinte d'un agneau. (Note de l'auteur.)
[41] La poche des montagnards, généralement de peau de chèvre, et portée sur le devant des vêtemens, s'appelle dans leur langue sporran. Un sporran-moullach est une poche de peau de chèvre ou de quelque autre animal, ayant en dehors le côté poilu. – Ed.
[42] Le mac ou 0'(fils de) entre fréquemment dans les noms gaéliques de l'Ecosse et de l'Irlande. – ED,
[43] Un diacre est un dignitaire ecclésiastique, mais on donne ce nom en Ecosse aux syndics des corporations, témoin le père du bailli Nicod Jarvie. – Ed.
[44] Le champ de Luncarty, situé sur la rive occidentale du Tay, à quatre milles de Perth, est fameux par un combat où les Danois furent vaincus par les Ecossais dans le dixième siècle. – Ed.
[45] Armoiries des Douglas. – Ed.
[46] Cours de médecine. – Ed.
[47] Wallace et Bruce dataient du commencement du quatorzième siècle. Robert III régna depuis 139o jusqu'à 1423. – Ed.
[48] Les Galloways ou chevaux du comté de Galloway sont, dit-on, d'une race d'Espagne ou moresque : ce sont de petits chevaux pleins d'ardeur, généralement bruns avec une raie noire sur l'épine du dos. – Ed.
[49] C'est-à-dire un membre de la famille des Johnstones. –
[50] Roland et Olivier étaient deux chevaliers de renom. « Trouver un Roland pour un Olivier, » est un proverbe anglais signifiant trouver à qui parler. A bon chat bon rat. – TR.
[51] On avait mis en roman toute l'histoire ancienne car il est ici question de Néron. – Ed.
[52] Dick est une abréviation familière du nom Richard. – TR.
[53] Les habitans de l’île de Bute étaient appelés Brandanes; l'étymologie de ce nom est incertaine. L'île de Bute était le patrimoine du roi, et les naturels du pays composaient sa suite personnelle (*). (Note de l'auteur.)
* L’île de Bute est une des Hébrides dans le Frith de la Clyde ; Rothsay en est la capitale. – Ed.
[54] Il y a eu plusieurs cours d'amour en Provence. Les pièces de poésie des troubadours se divisaient en sonts (sonnets), cansouns (chansons), sirventes, poèmes généralement satiriques; madrigales (madrigaux), tensons, ou dialogues rimés, etc., – Ed.
[55] Sir Pandarus de Troyes était à cette époque un entremetteur selon les chroniques. Shakspeare s'en empara et lui fit jouer le même rôle dans Trodus et Cressida. – Ed.
[56] Habitans du comté de Galloway. – Ed.
[57] Wynd, en écossais, signifie une cour, une allée, un passage. – Ed.
[58] Etendard, littéralement cloth, linge. – ED
[59] On appelle carse ou kerss une plaine basse, mais fertile, située généralement près d'une rivière, comme le carse de Gowrie, le carse de Stirling, etc., etc. – Ed.
[60] Quelques auteurs placent cette rencontre en 1443. – Ed.
[61] Houghman ou haugman, le bourreau. – Ed.
[62] Walter Lollard, chef de la secte des Lollards, était né en Angleterre vers la fin du troisième siècle : il prêcha contre la discipline et les cérémonies de l'Eglise, fut arrêté en Allemagne, et périt sur un bûcher.
John Wicleff, hérésiarque des mêmes opinions que Lollard, et chef des Wicléfites, était son contemporain : il a été appelé l'Etoile du matin de la réforme. – Ed.
[63] Hache au bout d'une pique, et d'une forme toute particulière. – ED
[64] The children of my belt, c'est-à-dire ceux qui sont toujours à mes côtés, comme le baudrier qui m'entoure le corps; locution toute gaélique, déjà employée par Douglas. – Ed.
[65] Les traditions peignent Henry of the Wynd avec les jambes un peu torses ; et les montagnards l'appelaient à cause de cela le Gow Chrom. – Ed.
[66] Ce fut en 1408 que la persécution religieuse alluma ses premiers bûchers en Ecosse. Jacques Resby, prêtre de la secte de Wicleff, fut condamné à être brûlé vif comme hérétique par un conseil ecclésiastique sous la présidence de Lawrence de Lindores. – Ed.
[67] Henbane (poison aux poules); c'est une espèce de jusquiame, plante vénéneuse qui a aussi en français le nom d'hannebane. – Ed.
[68] Misers. Ce mot est employé par Spencer et autres auteurs de son temps dans le sens de misérables ; mais il n'exprime plus aujourd'hui que le sens d'avare. (Note de l'auteur.)
[69] Quand une personne agit ou parle d'une manière extravagante, on dit encore en Ecosse qu'elle est fey, c'est-à-dire qu'elle est frappée d'un sort et que c'est un signe de sa mort prochaine. – Ed.
[70] Il existe encore pour les écuries des lanternes dans lesquelles une lame de corne transparente est substituée au verre. – Ed.
[71] Stickler. A cette époque ceux qui servaient de seconds dans les combats singuliers étaient appelés ainsi, parce qu'ils portaient des bâtons comme un emblème des soins qu'ils devaient apporter à ce que la justice fût observée des deux côtés. – Ed.
[72] Le marché à la farine. – Ed.
[73] Ce prince valeureux ira jouer dans les jardins de l'Angleterre. – Ed.
[74] Encore aujourd'hui connétable héréditaire d’Ecosse. – Ed.
[75] Soldat du guet. – Ed.
[76] Le Richard III de Shakespeare. – Ed.
[77] Suivant les chroniques, l'Ecosse comptait cent un rois depuis Regus Ier jusqu' à Robert III – Ed.
[78] Bier-right.
[79] Roi d'Ecosse, contemporain de Charlemagne, selon les chroniques. – Ed.
[80] Amende en expiation du sang versé, due aux plus proches parens de la victime. – Ed.
[81] Talisman romantique qui avait les mêmes vertus que l'anneau classique de Gygès. – Ed.
[82] Smotherwell, qui étouffe bien. – TR.
[83] On donnait ce nom au bourreau, parce qu'un de ses priviléges consistait à prendre une petite poignée (en écossais, lock) de farine dans chaque boisseau exposé au marché. – TR.
[84] Farine de grain grillé. – TR.
[85] Véritable onomatopée anglaise pour imiter le son qu'on produit en sifflant. – Ed.
[86] Ce n'est pas à nous de juger un si grand procès. –TR.
[87] Chant funèbre. – Ed.
[88] Coutume très ancienne, qui consiste à tourner trois fois autour d'une personne morte ou vivante, en lui souhaitant toute sorte de prospérité. Le deasil doit se faire en suivant le cours du soleil, c'est-à-dire de droite à gauche. Si cette cérémonie, a pour but de se souhaiter du malheur, on la fait en sens contraire, c'est-à-dire de gaude à droite. (Note de l'Auteur.)
[89] Poisson du genre du saumon. – Ed.
[90] Ce qu'on appelait alors la salière était une espèce de surtout auquel on donnait une forme de fantaisie ; quelquefois celle d'une montagne, d'une tour, d'un château. Il s'y trouvait des compartimens où l'on plaçait le sel, les épices et différentes sauces. Elle occupait le milieu de la table. Les convives d'un rang distingué s'asseyaient vers le haut bout en dessus de la salière : ceux d'une moindre condition, et même les domestiques, étaient placés en dessous, c'est-à-dire vers le bas bout. – TR.
[91] Sassenachs ou Saxons. Les montagnards donnaient le nom de Sassenachs aux habitans des basses-terres. – Ed.
[92] Les premières colonies des Scotts venaient, dit-on, d'une contrée de l'Irlande appelée Dalriada. L'histoire des Dalriades est enveloppée de beaucoup d'obscurités. On compte vingt-trois rois Dalriades dans la longue série des rois d'Ecosse dont les portraits ornent encore le château d'Holyrood. – Ed.
[93] Les anciens bardes d'Ecosse connaissaient cet instrument qui n'existe plus dans les Highlands – Ed.
[94] On trouve dans certains marécages d'Ecosse et d'Irlande, et à différentes profondeurs, une immense quantité d'arbres couchés transversalement, et qui semblent avoir été séparés de leurs racines par l'action du feu, quoiqu'on n'en voie de traces qu'à l'endroit de cette séparation ; phénomène qui n'a pas encore été expliqué d'une manière satisfaisante. Le bois de ces arbres est parfaitement conservé. On s'en sert pour la construction des bâtimens, et comme il est imprégné d'une grande quantité de sucs bitumineux, on en fait des torches qui brûlent parfaitement. – TR.
[95] Femmes (caillettes). – Ed.
[96] Petit poisson qu'on dit être le frai du saumon. – TR.
[97] Nom qu’on donne à l’eau-de-vie et, autres liqueurs spiritueuses. –TR.
[98] Le culte religieux de saint Columba ou Colomban a survécu, dans les Hébrides, au catholicisme lui-même. – Ed.
[99] Bataille gagnée par un lord Douglas. – Ed.
[100] Forgeron, homme de marteau. – TR.
[101] Nom du poignard des montagnards. – TR.
[102] Second fils de Robert III, frère de l'infortuné duc de Rothsay, et ensuite Jacques Ier, roi d'Ecosse. (Note de l'auteur.)
[103] L'étendard. – Ed.
[104] Allusion au nom de Torquil du Chêne et à ses enfans. – TR.
[105] Clunie Mac Pherson, aujourd'hui chef de son clan, possède cet ancien trophée constatant la présence de ses ancêtres sur le North-Inch. Une autre tradition dit qu'un ménestrel aérien parut en cette occasion dans les airs au-dessus du clan de Chattan, et qu'après avoir fait entendre quelques sons sauvages de son instrument, il le laissa tomber. Comme il était de verre, la chute le brisa, et il n'en resta que le chalumeau, qui, suivant l'usage, était fait de lignum vitae. Le joueur de cornemuse de la tribu de Mac Pherson ramassa ce tuyau enchanté, et l'on en regarde la possession comme assurant la prospérité de ce clan. (Note de l'auteur.)
[106] Raised, exalté, en délire. – Ed.
[107] Une certaine hostilité bien moins littéraire que politique, s'était récemment attachée au nom et au talent même de sir Walter Scott ; mais déjà on se lassait de bouder un auteur favori qu'on ne pouvait se lasser de relire lorsque la Jolie Fille de Perth est venue dissiper entièrement ces fâcheux nuages. Ce roman a obtenu un succès égal à celui d'Ivanhoé; et des Puritains. Nous n'en conclurons pas néanmoins qu'il puisse être mis sur la même ligne que ces deux chefs-d'œuvre, malgré le bonheur avec lequel Walter Scott a tracé le caractère du vieux roi Robert III, digne du Prusias de notre Corneille, et celui du jeune Rothsay, qui rappelle le Henry V de Shakspeare ; mais sans citer quelques autres portraits non moins remarquables et quelques scènes d'un véritable intérêt dramatique, ce qui, selon nous, peut classer la Jolie Fille de Perth au nombre des meilleurs ouvrages de Walter Scott, c'est le mérite historique de ce roman, où nous trouvons la vivante peinture d'une époque jusqu'ici peu connue : c'est pour ainsi dire une brillante prosopopée de l'Ecosse du moyen-âge avec le cortége nombreux de ses princes, de ses nobles, de son clergé, de ses bourgeois et de ses hommes d'armes, des clans sauvages de ses montagnes, de toutes les classes enfin de sa population. Ce mérite, nous l'avons déjà applaudi dans plus d'un ouvrage du même auteur, mais dans peu, ce nous semble, le tableau est aussi complet, aussi varié que dans la Jolie Fille de Perth.
Le lecteur nous saura gré de rapprocher de la conclusion quelques lignes sur la famille du malheureux Robert : ce monarque fit partir son fils Jacques pour la France, afin de le soustraire aux dangereux projets d'Albany ; mais le jeune prince, qui n'avait encore qu'onze ans, fut pris par un corsaire anglais et conduit à Londres. Le roi Henry, en violation de la trêve entre l'Angleterre et l'Ecosse, le retint captif ; à cette nouvelle, Robert III mourut de désespoir la dix-septième année de son règne.
Le duc d'Albany entama une négociation pour racheter son neveu, et leva même un impôt, sous prétexte de payer sa rançon; mais le régent d'Ecosse et le roi d'Angleterre étaient également intéressés à faire traîner cette négociation en longueur, et Jacques ne fut rendu à la liberté qu'après dix-huit ans de captivité, à la mort de Henry V, moyennant 40,000 livres sterling qu'exigea le protecteur Bedford. Le duc d'Albany n'était plus, et son fils Murdoch lui avait succédé à la régence, comme si c'eût été une charge héréditaire. Jacques Ier monta sur le trône aux acclamations de ses sujets, et il se trouva assez fort pour faire juger et exécuter le régent son cousin. Le règne du fils de Robert III fut un des plus glorieux dans l'histoire de la dynastie des Stuarts. – Ed.
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œuvre du domaine public
Source :
B.N.F. - Wikisource
Ont contribué à cette édition :
Gabriel Cabos
Fontes :
David Rakowski's
Manfred Klein
Dan Sayers
Justus Erich Walbaum - Khunrath