IV - V
Et l'on se conte à voix basse Que le noir vaisseau qui passe Est en granit, Et qu'à son bord rien ne bouge; Les agrès sont en fer rouge, Le mât hennit.
Et l'on se met en prières, Pendant que joncs et bruyères Et bois touffus, Vents sans borne et flots sans nombre, Jettent dans toute cette ombre Des cris confus.
Et les écueils centenaires Rendent des bruits de tonnerres Dans l'ouragan; Il semble en ces nuits d'automne Qu'un canon monstrueux tonne Sur l'océan.
L'ombre est pleine de furie. O chaos! onde ahurie, Caps ruisselants, Vent que les mères implorent, Noir gouffre où s'entre-dévorent Les flots hurlants!
Comme un fou tirant sa chaîne, L'eau jette des cris de haine Aux durs récifs; Les rocs, sourds à ses huées, Mêlent aux blêmes nuées Leurs fronts pensifs.
La mer traîne en sa caverne L'esquif que le flot gouverne, Le mât détruit, Et la barre, et la voilure Que noue à sa chevelure L'horrible nuit.
Et sur les sombres falaises Les pêcheuses granvillaises Tremblent au vent, Pendant que tu ris sur l'onde, De l'autre côté du monde, Soleil levant!