‹ La lyre héroïque et dolenteChapitre 30 sur 56 · IV - I

IV - I

L'homme fut déchiré par les vierges sanglantes; La bouche d'où sortaient les paroles de miel Se tut. La nuit sereine enveloppa le ciel Et recouvrit les morts d'ombres indifférentes,

Tandis que défendant le mont mystérieux La troupe formidable et blonde des guerrières Gardait, la lance au poing, les farouches clairières Où triomphe toujours le mensonge des dieux.

LES CAPTIFS

A Leconte de Lisle.

Un sage, descendant de cimes inconnues, S'en allait autrefois par le pays d'Assour, Et la mystérieuse aurore d'un grand jour Empourprait, à sa voix, le jardin blanc des nues.

Les peuples le suivaient et ne comprenaient pas Quels dieux, accompagnant la marche du prophète, Candidement semaient dans les villes en fête Des lys miraculeux et calmes sous ses pas.

Mais tous buvaient le miel divin de ses paroles, Le miel fait de parfums et de baumes puissants, Forts comme la senteur éparse de l'encens, Doux comme la senteur éparse des corolles.

Pour s'enivrer des mots que sa bouche versait, Les laboureurs quittaient le manche des charrues, Et parmi la clameur des foules accourues Le Voyant pacifique et sublime passait.

Désormais, dédaigneux des apparences brèves Et des illusions passagères, fermant Leurs yeux purifiés à la clarté qui ment, Les hommes ouvraient l'âme à la splendeur des rêves.

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