‹ La lyre héroïque et dolenteChapitre 47 sur 56 · X

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Je ne veux pas courber la tête sous tes pas Ni baisser devant toi mes yeux; je ne suis pas Un mendiant d'amour et d'aumônes charnelles Et la honte des pleurs souillerait mes prunelles.

Mais dans la nuit semblable à mon coeur sombre et fier J'irai dire mon mal aux vagues de la mer: Elle me bercera la mer consolatrice Avec des rhythmes lents et des chants de nourrice.

J'écouterai sa voix et je m'endormirai: Comme un enfant, tandis qu'en un jardin sacré Surgira, bleu de rêve et parfumé de menthe, Le magique palais où tu seras clémente.

POUR UNE ABSENTE

Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir, Immobile, oublieux des rafales d'automne Qui font les frondaisons se rouiller et jaunir Et de la mer roulant sa plainte monotone; Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir.

Le demi-jour filtrant des étoffes tendues Sera doux et propice à mon coeur nonchalant, Quand je l'évoquerai du fond des étendues, Et sa voix emplira d'un hymne grave et lent Le demi-jour filtrant des étoffes tendues.

J'aurai la vision chère devant les yeux: Le souffle parfumé de l'ineffable Absente Flottera pour moi seul dans l'air silencieux, Subtil comme une odeur de fraise dans la sente; J'aurai la vision chère devant les yeux.

Et je dirai tout bas ma tendresse latente; O coeur lâche, tremblant et révolté, je veux Que ton intime amour se révèle et la tente: Tu te résigneras à l'effroi des aveux Et je dirai tout bas ma tendresse latente.

JOUVENCE

Tu parles tristement des campagnes lointaines D'une voix si dolente et lourde de regrets Que je deviens jaloux des fleurs et des forêts Et des saules d'argent penchés vers les fontaines.

Souvenirs! jours anciens! comme vous enserrez Notre âme prisonnière en d'invincibles chaînes: Tu veux, comme autrefois, baigner les sombres chênes Au clair de lune blond de tes cheveux cendrés.

Soit! l'été revenu parmi les hautes herbes, Nous marcherons, frôlés par les ailes de l'air, Au murmure divin des choses et ta chair Mêlera des parfums de Chypre aux foins en gerbes,

Et peut-être qu'un soir entre de rudes draps Embaumés de lavande et dans un lit d'auberge Tu me rendras ta chair et tes lèvres de vierge, Pour quelque amour d'enfant dont tu te souviendras.

LA MORT INUTILE

A Grégoire Le Roy.

Curæ non ipsa in morte relinquunt.

(PUBLIUS VERGILIUS MARO.)

Triste comme la mer et la chanson des syrtes, Le vent lourd de sanglots pleure dans la forêt; Un troupeau d'ombres va, paraît, et disparaît Par les bois souterrains et les bosquets de myrtes.

Défaillant dans l'horreur d'un ciel ensanglanté, Le soleil infernal baigne le pâle espace; Un troupeau d'ombres vient, revient, passe et repasse En sa mélancolique et tremblante clarté;

Et ce sont à travers les routes d'asphodèle Les fantômes hagards, pleins de larmes et lents Dont les glaives d'amour ont déchiré les flancs: La mort n'a point fermé leur blessure immortelle,

Le sommeil sépulcral a leurré leurs yeux las Et l'âpre souvenir survivant à la tombe Tel qu'un vin corrosif, goutte par goutte, tombe Dans leur coeur ulcéré qui ne guérira pas.

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