II
Viens respirer l'odeur des vignes et des fruits.
Ce soir te sera doux comme tes longues nuits, Hymnis, enfant qui dors depuis deux mille années, Et par le souffle lent des sentes où je fuis Les roses du tombeau ne seront point fanées.
Je te dédie, enfant, la mourante forêt.
Elle se pare encor malgré son mal secret: Tu te reconnaîtras à sa noble agonie, Vierge dont le front pâle et fiévreux se paraît D'or royal attristé par la blême ancolie.
L'automne funéraire embaume les halliers.
Hymnis! Hymnis! Hymnis! tes cheveux déliés Libres du bandeau strict où tu les emprisonnes Ont frôlé des santals et des girofliers Et se sont enivrés de cruelles automnes.
De plus calmes parfums, ce soir, te charmeront.
Pour que ton corps sacré retourne sans affront De la forêt qui meurt aux ténèbres divines Je veux entrelacer à l'entour de ton front Le thyrse noir du lierre aux suprêmes glycines.
CHRYSARION
Sur cette mer toujours déserte où nos yeux vains S'égaraient dans l'ennui des solitudes mornes, Le navire, aux clameurs des conques et des cornes, Fleurit avec l'aurore éclatante; et tu vins,
Apportant le parfum des terres étrangères, Le reflet des soleils morts parmi tes cheveux Et pour les coeurs lassés, graves et dédaigneux L'enchantement de quelques heures plus légères.
Trop de désirs déçus et d'espoirs abusés Hantent notre mémoire et sanglotent en elle: Nous n'avons pas tendu vers ta chair fraternelle Nos lèvres dès longtemps déprises des baisers.
Mais les heures passaient douces comme la soie En vêtements tramés de soleil et de nuit, Danseuse au collier d'or qui fulgure et s'enfuit, Amante triste et grave en marche vers la joie,
Et vous qui regardiez des astres abolis, Visages inquiets ivres du vieux mensonge, O faces de stupeur, d'extases et de songe Sur qui l'ombre clémente est tombée à longs plis;
Puis la dernière; et ce fut toi-même, inclinée A la poupe et semant des roses dans le soir Afin que la galère et le sillage noir S'illustrassent encor d'une pourpre fanée
Et que la sombre mer sourît à nos yeux vains.