‹ La Machine à explorer le tempsChapitre 17 sur 17 · 17

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On ne peut s’empêcher de faire des conjectures.
Reviendra-t-il jamais ? Il se peut qu’il se soit aventuré
dans le passé et soit tombé parmi les sauvages
chevelus et buveurs de sang de l’âge de pierre ;
dans les abîmes de la mer crétacée ; ou parmi les
sauriens gigantesques, les immenses reptiles de
l’époque jurassique. Il est peut-être maintenant —
si je puis employer cette phrase — en train d’errer
sur quelque écueil de corail oolithique peuplé de
plésiosaures, ou aux bords désolés des mers salines
de l’âge triassique. Ou bien, alla-t-il vers l’avenir,
vers des âges prochains, dans lesquels les hommes
sont encore des hommes, mais où les
énigmes de notre époque et ses problèmes pénibles
sont résolus ? Dans la maturité de la race : car, pour ma propre part, je ne puis croire que ces
récentes périodes de timides expérimentations, de
théories fragmentaires et de discorde mutuelle
soient le point culminant où doive atteindre
l’homme. Je dis : pour ma propre part. Lui, je le
sais, — car la question avait été débattue entre nous
longtemps avant qu’il inventât sa Machine — avait
des idées décourageantes sur le Progrès de l’Humanité,
et il ne voyait dans les successives transformations
de la civilisation qu’un entassement absurde
destiné, à la fin, à retomber inévitablement
sur ceux qui travaillaient à les détruire. S’il en est
ainsi, il nous reste de vivre comme s’il en était
autrement. Mais pour moi, l’avenir est encore
obscur et vide ; il est une vaste ignorance, éclairée,
à quelques endroits accidentels, par le souvenir
de son récit. Et j’ai conservé, pour mon réconfort,
deux étranges fleurs blanches, — recroquevillées
maintenant, brunies, sèches et fragiles — pour
témoigner que lorsque l’intelligence et la force
eurent disparu, la gratitude et une tendresse mutuelle
survécurent encore dans le cœur de l’homme.

(Traduit de l’anglais par Henry-D. Davray.)

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