‹ La morale de NietzscheChapitre 13 sur 16 · I

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NIETZSCHE EN FRANCE

Il y a longtemps que le nom de Nietzsche circule en France. A peine commence-t-on à se douter de ce qu’il signifie. L’excellent livre de M. Lichtenberger (La Philosophie de Nietzsche), en excitant la curiosité de quelques «intellectuels», avait eu aussi ce mérite de couper court à des légendes et à des travestissements fabuleux, dont profitait l’instinctive hostilité de beaucoup d’autres. Mais il était nécessaire qu’une bonne traduction achevât d’ouvrir aux Français l’accès d’une doctrine vraisemblablement destinée à obtenir chez eux tant de sympathie. Cette tâche a été entreprise par M. Henri Albert, avec le concours de la société du Mercure de France. M. H. Albert et ses collaborateurs font parler à Nietzsche un excellent et brillant français.

Nietzsche est sans conteste le plus grand prosateur de son pays. Le premier, il a introduit dans la prose allemande cette perfection, ce serré qui règnent depuis plus de trois siècles dans la prose française et en ont fait pendant ce temps la bonne école, jamais impunément négligée, de l’esprit européen. Voilà, sans doute, la cause la plus certaine du succès réservé à Nietzsche en France: son style. Au fond, prose ou poésie, musique même, c’est la grande vertu intellectuelle du Français de n’entendre que ce qui est bien écrit, et, entre les mille formes du mal écrire, de répugner surtout au mou, au traînant, au diffus, à cette germanique lenteur, faite de conscience intellectuelle autant que de paresse musculaire, qui s’épand sans cesse et de tous côtés, pour ne se ramasser jamais complètement. Nietzsche a resserré la prose allemande. Il l’a passée au feu. Il l’a desséchée de tous les éléments aqueux qui, jusque chez Gœthe, la rendent flasque. S’il n’y avait pas d’écrivain allemand qui exigeât de son interprète dans une langue étrangère plus de supériorité, il n’y en avait pas non plus qui se prêtât à être traduit dans la nôtre avec plus de bonheur.

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