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Chapitre 10

Un courant d’effluves mystérieux flottait dans l’air.
En une minute, deux cœurs venaient de s’échanger, dans cette entente muette et inconsciente de deux êtres intelligents et bons, pacte sacré que l’Ange des amours saintes va signer devant Dieu un sourire sur les lèvres.

Maurice voulut reprendre la parole :

— Mes amis, dit-il, vous venez de boire à la santé de ma mère et à la mienne…

Il fut interrompu de nouveau.

— Attendez, j’en suis ! s’écriait la voix joyeuse d’un nouvel arrivant.

Une exclamation générale de surprise répondit :

— Monsieur le curé !…

Et tout le monde se leva respectueusement devant le pasteur aimé et vénéré de la paroisse.

— Oui, fit celui-ci, qui tenait sous son bras un objet d’assez grandes dimensions ; oui, madame Flavigny, oui, mademoiselle Suzanne, c’est moi, qui viens vous demander la permission de me mêler un instant à votre joie.

— Bravo ! bravo ! monsieur le curé ! Venez vous mettre à table avec nous.

— Certainement, mes enfants ; mais d’abord, permettez-moi d’apporter ma quote-part à la réjouissance générale.

Et le bon curé étala, aux yeux de tous, l’objet qu’il portait sous le bras, et qui n’était autre que la copie du Murillo peinte avec tant de soin par Maurice, et qui avait figuré le soir même à la crèche de Noël, dans l’église de la paroisse.

— Mon Enfant-Jésus ! s’écria Suzanne hors d’elle-même ; je n’avais pas rêvé… Et tout neuf !… tout rajeuni ! tout rayonnant !… Comment se fait-il donc ?

— Mademoiselle, dit le bon curé, on vient de m’apprendre qu’il y a pour vous un grand souvenir et une touchante histoire de dévouement attachés à cette charmante peinture ; vous méritez qu’elle vous revienne, et j’ai tenu à l’honneur de vous la présenter moi-même dès ce soir. La paroisse vous doit bien cela pour les services précieux et gratuits que vous rendez à notre église, d’un bout de l’année à l’autre, comme organiste et cantatrice.

— Noël ! noël ! recommencèrent toutes les voix, pendant que Suzanne, les mains jointes, et encore sous le coup de la surprise, disait :

— Monsieur le curé, parlez ! ce n’est pas un rêve, c’est un miracle, n’est-ce pas ?

— Oui, mon enfant, un miracle de savoir faire. Demandez à mon nouveau paroissien, M. Maurice Flavigny, qui va se charger, n’est-ce pas, de dissimuler la soustraction que je viens de commettre au détriment de ma fabrique, et à l’insu de mes marguilliers.

La jeune fille se tourna lentement et rendit au jeune homme le long regard dont il l’avait caressée un instant auparavant.

Après s’être devinés, ils se comprenaient.

La plus suave des émotions emplissait désormais leurs deux âmes.

— Voyons, à table ! à table ! s’écria Philippe Gendreau ; nous ne faisons que commencer.

Une autre voix répondit :

— À table !

Pas besoin de demander si c’était celle de Marcel Benoît.

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