Chapitre 4
Et plein de confiance – sa dépêche parti pour New-York – le jeune peintre s’était mis à l’œuvre.
Cette copie en deux jours, c’était une rude tâche, mais il y arriverait.
Deux jours de plus sans voir sa mère après cinq ans d’absence, c’était un grand sacrifice mais il s’y soumettrait.
Le lecteur sait déjà que le Murillo avait victorieusement subi l’épreuve de l’expert, et que Maurice Flavigny n’attendait plus que d’avoir donné le dernier coup de pinceau à sa copie, pour toucher le prix de l’original.
Qu’on nous permette d’abréger.
Vers trois heures de l’après-midi, après avoir soldé sa note d’hôtel, conclu ses derniers arrangements avec l’agent de la maison Cornhill & Granger, et fait emballer, avec toutes les précautions voulues, sa précieuse copie ornée d’un joli cadre en or fin commandé d’avance, le jeune voyageur avait traversé le fleuve à Longueuil, et là avait pris une voiture de louage pour se faire conduire à Contrecœur.
On le retrouve frappant à la porte du presbytère de cette dernière paroisse, son ex-voto à la main.
Le curé – un brave cœur avec une âme d’artiste – enchanté de l’aubaine, naturellement, accueillit avec une extrême courtoisie son ancien paroissien qu’il connaissait seulement de nom, n’étant que depuis trois ans à la tête de la paroisse.
Il admira beaucoup le petit tableau – auquel il trouvait comme un air de déjà vu, disait-il – et, une heure après, celui-ci, couronné de fleurs et de verdure, suspendu au fond du reposoir sacré, au-dessus de la châsse traditionnelle si chère aux petits enfants, n’attendait que la cloche de minuit pour resplendir dans toute sa grâce et sa fraîcheur virginale à la lueur des lampes et des cierges.
Et Maurice Flavigny avait quitté la cure de Contrecœur avec une nouvelle commande, pour l’église, d’un grand tableau de la Sainte-Trinité, patronne de la paroisse.
Jugez quel orchestre délirant, quel cantique attendri devait chanter au fond du cœur de ce jeune homme de vingt-trois ans, qui, dans cette nuit de Noël, si joyeuse, si solennelle, si impressionnante pour tous, apportait le bonheur et la richesse à ce qu’il avait de plus cher au monde – sa bonne vieille mère pauvre et aveugle, qu’il n’avait pas revue depuis cinq ans !
Maurice Flavigny la trouva seule au logis, avec une petite servante – la jeune institutrice, qui était en même temps l’organiste de la paroisse, ayant dû passer la journée au village chez son cousin – un jeune médecin récemment établi à Contrecœur – afin d’être plus à portée de l’église pour les répétitions.
q