‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 11 sur 80 · L'OFFICIER. - L'AUMÔNIER. - L'AUMÔNIER.

L'OFFICIER. - L'AUMÔNIER. - L'AUMÔNIER.

Camarades, holà! coupez cet arbre énorme.

La parole de Dieu s'accomplit en nos temps, Messieurs: tout est fauché comme l'herbe des champs: L'orgueilleux dont le front est voisin de la nue, Tombe, et meurt à jamais quand son heure est venue.

LE CAPITAINE.

Quoi! votre charité s'étend-elle à ces bois, L'abbé? vous en parlez comme on parle des rois!

Cet arbre est né comme eux superbe et périssable. Que lui sert aujourd'hui que l'histoire ou la fable De son antique honneur ait rempli l'univers? Car si nous en croyons tous les siècles divers, La plaine de Membré vit son aïeul auguste Protéger de ses bras la famille d'un juste. Les chênes, ses parents, quoique sourds et sans yeux, Devenus à Dodone organes des faux dieux, Exhalaient de leur tronc une voix prophétique, Oracle interrogé des confins de l'Attique. La dryade, au sortir de leur sein verdoyant, Aux voyageurs divins montrait un front riant; Et leur feuille ondoyante en couronnes civiques Ceignait dans les cités les têtes héroïques. De la Tamise au Rhône, et du Rhin à l'Oder, Gaulois, Germains, frappant des boucliers de fer, Ont de sanglants autels honoré ses ancêtres: On vit, la serpe en main, leurs homicides prêtres, Perçant les airs de chants mêlés aux sons du cor, De son gui consacré couper les bourgeons d'or. Son corps, depuis ce temps, a recelé des fées: Ses bras des chevaliers portèrent les trophées; Et, de fragiles nœuds durables monuments, Ses flancs en leur écorce ont reçu les serments Des amours plus légers que les oiseaux sans nombre Peuple ailé qui voltige et bâtit sous son ombre. Eh bien! tant d'attributs ne préserveront pas Ce vieux roi des forêts de pourrir ici-bas.

L'OFFICIER, _aux soldats_.

Frappez, sciez, taillez, sappez, fouillez la terre.