‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 25 sur 80 · L'HONNEUR.

L'HONNEUR.

Ah! tais-toi, décrépite! avec plus de noblesse Parle de ces mortels si chers à ta jeunesse. Apprends que leur dédain pour ta subtilité, Vertu qu'on traite en eux d'opiniâtreté, Est une forte égide, abri que leur droiture Oppose aux mouvements de ta souple imposture. Tel dont la probité, sous le toit paternel, N'a pour sobre aliment que le pain et le sel, Cache sous les dehors dont une cour se raille Un bon sens, qui confond l'opulente canaille, Dès que le sort, aux grands le montrant tel qu'il est, Fait voir qu'il s'est roidi pour n'être pas valet. Tu révérais jadis les citoyens austères Qui savaient conquérir et labourer leurs terres.

LA POLITIQUE.

D'où viens-tu me sonner ces propos rebattus Sur le ton d'Aristide et de Cincinnatus? Triste Honneur! D'autres temps veulent d'autres coutumes; Les vertus sont de mode ainsi que les costumes. Aux allures du siècle il faut s'accoutumer; Et le Goth en Romain ne peut se transformer. Ton antique héroïsme est aujourd'hui burlesque: Qu'a-t-il fait de François? un preux chevaleresque, Honteux de reculer, fondant sans savoir où, Qui sur un rude écueil se heurtant comme un fou, Contre un rival prudent suit l'orgueil qui le guide, Et de ta fausse gloire est la dupe candide. Moins en butte aux hasards, Charles-Quint que j'instruis, De mon adresse heureuse a recueilli les fruits; Dans toutes les cités il souffle des querelles, Pour entrer dans leurs murs, arbitre élu par elles: Envahisseur rapide, actif avec lenteur, Il ne prend de Thémis qu'un masque protecteur: Cruel, peu scrupuleux aux traités qu'il proclame, Il sait trahir la foi que de tous il réclame: Le talent de corrompre est son recours secret; Et son amitié tourne au vent de l'intérêt. Si mon art est d'agir par la force et la ruse, C'est donc l'art d'opprimer, de tromper; il en use: Et par lui, tu le vois, cet empereur fameux Au trône des Césars s'est aggrandi comme eux. Réussir est ma loi.