L'HYPOCRISIE.
L'amour de la doctrine est en lui plus sincère Qu'en ce pédant, à qui j'inspire un ton sévère, Et qui doit à sa barbe, à ses graves rabats, Le renom si coûteux d'un savoir qu'il n'a pas.
MICHEL-ANGE.
Plains l'avare usurier, sous de triples murailles Couvant son or au fond des terrestres entrailles, Jusqu'à l'heure où la Mort, qui nous fait tout quitter, Vient, loin de son dépôt, lui-même l'emporter. Les folles vanités, et les coquetteries, Du sexe le plus doux sont les pâles Furies, Et fanent sa beauté qu'avertit un miroir Des outrages du temps qui détruit son pouvoir. Ce malade, blessé des serpents de l'Envie, Cède au plus grand des maux de notre courte vie: L'humeur de la vipère a remplacé son sang, Et glace son visage et son corps jaunissant: Ses yeux tout offusqués, et clignant leurs paupières, Craignent le luxe heureux et les hautes lumières: Erostrate et Zoïle éprouvaient ses tourments: Vois de ses dents de fer les tristes grincements. Mes marbres immortels ont bravé ses morsures; Sa rage a vainement cru ternir mes peintures; Son sort est de rougir par la gloire irrité. Voilà les châtiments de ce monde agité: Ces maux, où des humains s'éprouve le courage, Pour arriver au ciel sont leur commun passage: Leur spectacle, toujours présent à mon regard, Féconda seul en moi tous les fruits de mon art. De même qu'un goût pur et les couleurs du style Distinguent faiblement l'art d'un poëte habile, Si son génie, instruit du jeu des passions, Ne comble la hauteur de ses inventions; De même les beautés d'un dessin qu'on admire Ont de ma renommée étendu moins l'empire, Que mon docte examen de tous les sentiments Qui du vaste univers règlent les mouvements. Telle est la vérité. J'ai trop peint de mensonges: N'attends donc plus de moi l'image de vains songes: J'ai pu complaire aux grands pour me rendre fameux; Je m'appartiens enfin, devenu plus grand qu'eux. Au Vatican déja rejetant mon salaire, Je travaille en artiste, et non en mercenaire.