‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 62 sur 80 · L'ESQUINÉÏS.

L'ESQUINÉÏS.

Près de votre grandeur sous qui tremblent les eaux, Seigneur Requin, je suis au rang des vermisseaux: Mais j'éclaire pour vous les routes de l'abyme: Si votre abord les trouble, est-ce donc là mon crime? Quand de son grand œil creux ce phoque vous a vu, Il a fui le trépas qu'il a soudain prévu: Ses rames et ses pieds ont triplé de vîtesse. La force est votre lot; le mien est la souplesse; Et vous vous perdriez, mon puissant protecteur, En arrachant la vie à votre conducteur. Aux aveugles transports de vos besoins voraces Je sers d'avant-coureur dans ces vastes espaces, Où brillent devant vous, en fanal radieux, Mon dos rayé d'azur, et l'iris de mes yeux.

LE REQUIN.

Tais-toi, flatteur; et plonge. On ne voit que reptiles S'unir aux grands poissons, et se prétendre utiles. Fille de l'Océan, j'implore tes secours! Mes entrailles à jeûn grondent depuis deux jours.

LA MÉDITERRANÉE.

Colosse dévorant, si tes larges nageoires, Si le vaste museau recouvrant tes mâchoires, Si ta masse pesante, en flottant avec bruit, N'annonçaient pas la mort à tout ce qui te fuit, Insatiable au fond des eaux que tu traverses, Tu détruirais des mers les familles diverses. Mais cours où tes pareils sont déja réunis, Tourne tes yeux ardents vers Alger et Tunis, Des bipèdes guerriers, rois, empereurs, corsaires, Terrestres animaux, l'un de l'autre adversaires, En foule sous mes eaux se jettent demi-morts.

LE REQUIN.

Allons boire leur sang! Allons manger leurs corps!

LA MÉDITERRANÉE.

Tiens! reconnais la route à ces sanglantes marques.... Revois déja ton phoque alentour de ces barques: Nourris-toi: laisse-lui sa part à ces festins. L'homme combat là-haut; paix à vos intestins.

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En achevant ces mots, la sombre Mer le pousse Aux bords où les rameurs du fameux Barberousse, Opposés aux rameurs du puissant Charles-Quint, Préparaient un repas au grand peuple requin.

LE REQUIN, L'ESQUINEIS, ET LE PHOQUE.