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CHAPITRE IV

LA PÉRIODE DU TRANSSAHARIEN (1879-1881)

La question du Transsaharien. — L’ingénieur Duponchel. — La mission Pouyanne (1879) ; Renseignements recueillis par MM. Sabatier et Coyne ; hypothèse de M. Sabatier sur l’Oued-Saoura. — La mission Choisy (1879-80). — Les deux missions Flatters (1880-81). Résultats scientifiques. Véritables causes du massacre de la mission. — Occupation de la Tunisie (1881).

La question de la pénétration saharienne entre dans une phase nouvelle avec les projets de chemins de fer transsahariens. Puisque le Sahara, dans son état actuel, se montrait si hostile et si fermé, n’y avait-il pas moyen d’en faciliter l’accès par des travaux publics et de l’ouvrir en employant les moyens de locomotion modernes ? Puisque le commerce de caravanes s’obstinait à se détourner de l’Algérie et demeurait d’ailleurs insignifiant, ne pouvait-on créer un courant plus intense par la voie ferrée ? Le Sahara, sans valeur économique en lui-même, n’est-il pas la route que suivront, une fois les chemins de fer construits, toutes les richesses du Soudan pour aboutir aux ports de l’Afrique septentrionale ?

C’est à l’ingénieur Duponchel que revient l’honneur d’avoir appelé l’attention de la France sur le Soudan. Assurément, l’idée d’atteindre les régions tropicales par l’Afrique du Nord n’était pas neuve. Dès 1830 avait paru un mémoire signé Augier La Sauzaie « sur la possibilité de mettre les établissements de la côte septentrionale d’Afrique en rapport avec ceux de la côte occidentale, en leur donnant pour point de raccord la ville de Tombouctou[171]. » Dans la préface de la grammaire tamachek de Hanoteau, publiée en 1860, apparaît pour la première fois nettement l’idée d’un chemin de fer transsaharien. On venait d’inaugurer la ligne de Blida : « Qui sait, dit Hanoteau, si un jour, reliant Alger à Tombouctou, la vapeur ne mettra pas les tropiques à six journées de Paris[172]. » Mais ces précurseurs sont à Duponchel ce que Néchao est à de Lesseps : ils ne peuvent lui contester la véritable paternité de son idée.

Dès 1875, Duponchel préconisait la construction d’un chemin de fer d’Alger à Tombouctou par le Touat, en suivant soit l’Oued-Mya, soit l’Igharghar[173]. En 1878, il sollicita et obtint une mission pour étudier la question du Transsaharien. Sa reconnaissance du terrain ne dépassa pas Laghouat, mais il publia l’année suivante un rapport détaillé sur les voies de communication entre l’Algérie et le Soudan[174]. Les plaidoyers enflammés de Duponchel émurent l’opinion. Dans la discussion qui s’en suivit, mille projets se firent jour. Chaque grande route du Sahara eut ses partisans convaincus, d’autant plus intraitables que derrière les arguments scientifiques se cachait la rivalité des principaux ports algériens[175]. Une commission fut nommée par M. de Freycinet, ministre des travaux publics, pour étudier la question[176]. Le résultat des travaux de cette commission fut l’envoi d’importantes missions scientifiques au Sahara : les missions Pouyanne, Choisy et Flatters.

La mission confiée à Pouyanne, ingénieur en chef des mines (1879), était chargée d’étudier un tracé à travers le Sud-Oranais, dans la direction du Touat ; Pouyanne était assisté de M. Clavenad, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, et de M. Baills, ingénieur. La mission devait comparer le tracé des trois lignes partant de Tiaret, Saïda et Ras-el-Ma ; elle donna la préférence au tracé par Ras-el-Ma, surtout sous le rapport commercial et politique. Elle aboutit à l’établissement d’un avant-projet jusqu’à Moghrar et El-Outed, mais ne dépassa pas Tiout et ne pénétra pas dans le Sahara proprement dit. Plus au Sud, on avait songé à une mission concertée avec la Société de Géographie d’Oran et confiée à MM. Sabatier et Troyon : on y renonça par crainte d’un rezzou des tribus marocaines.

Les renseignements personnels de Pouyanne s’arrêtent au Kheneg-en-Namous ; au-delà, le rapport de mission contient de très intéressantes informations indirectes sur le Sahara proprement dit[177].

Il reproduit notamment des renseignements indigènes sur un itinéraire du Figuig au Touat, publié par M. C. Sabatier dans le Mobacher en 1876, et d’autres renseignements publiés par Coyne[178], qui donnent l’itinéraire de la ghazzia faite en 1875 sur les Beraber par les Chaanba de Metlili et d’El-Goléa. D’autres renseignements inédits, recueillis par MM. Coyne, Sabatier, Graulle et par Pouyanne lui-même, forment une annexe au mémoire. En utilisant ces documents nouveaux et en discutant les documents déjà connus, Pouyanne est arrivé à dresser une carte à 1/1.250.000e du bassin de l’Oued-Saoura, qui améliore notablement les cartes antérieures.

Sur la région comprise entre le Touat et le coude du Niger, M. C. Sabatier recueillait et publiait aussi des renseignements indigènes. Il émettait l’hypothèse, reprise depuis sous une forme d’ailleurs différente, que l’Oued-Saoura aboutirait au Niger[179]. Ses mémoires, malgré ce que ses conclusions présentent d’un peu aventureux, n’en sont pas moins d’un vif intérêt[180].

La mission Choisy (1879-80) était chargée de comparer les tracés de Laghouat-El-Goléa et de Biskra-Ouargla. Elle était composée de MM. Choisy, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées ; Barois, ingénieur des Ponts ; Rolland, ingénieur des Mines ; Dr Weisgerber, lieutenant Massoutier, Descamps, Pech et Jourdan. Partie de Laghouat, la mission gagna El-Goléa en passant par l’Oued-Nili, Aïn-Massin et Hassi-Charef, et en laissant le Mzab à l’Est. Elle revint ensuite sur Ouargla pour atteindre Biskra par Touggourt et l’Oued-Rir. Elle rapportait la conviction que la ligne de Biskra-Ouargla était préférable à tous égards.

En dehors de ce point de vue spécial de l’établissement de la voie ferrée, la mission Choisy, et l’éminent géologue qui en fit partie, M. Georges Rolland, ont puissamment contribué à faire progresser nos connaissances sur la géologie et la géographie physique du Sahara septentrional[181]. Outre un rapport d’ensemble de M. Choisy, les documents de la mission comprennent une étude des lignes par M. Barois et un important travail d’ensemble sur la géologie du Sahara par M. G. Rolland. Des planches et des cartes en grand nombre accompagnent l’ouvrage. Les rapports géologique et hydrologique de M. Rolland, réédités et publiés à part[182], forment encore aujourd’hui la base des études qui se poursuivent sur l’arrière-pays de nos possessions. Outre des aperçus généraux sur l’histoire géologique et sur les diverses formations du Sahara, M. Rolland a donné une étude détaillée des terrains crétacés et des atterrissements tertiaires et quaternaires du Sahara. Le volume d’hydrologie contient une étude d’ensemble sur le régime des eaux souterraines du Sahara crétacé et du Sahara quaternaire oriental ou Bas-Sahara. En somme, l’ouvrage de M. Rolland donne autre chose que les études préliminaires d’une ligne de chemin de fer et conserve son intérêt indépendamment même de cette question ; il renferme non-seulement le résultat des observations de la mission Choisy, mais celui de tous les travaux qui ont eu pour objet la géologie et l’hydrologie du Sahara septentrional jusqu’à la publication, du moins en ce qui concerne le bassin du Melrir, car le bassin de l’Oued-Saoura est presque complètement laissé de côté et n’est l’objet que de renseignements très sommaires.

Pendant que la mission Pouyanne se trouvait dans le Sud-Oranais et que la mission Choisy quittait Laghouat pour se diriger vers El-Goléa, le lieutenant-colonel Flatters, ancien commandant supérieur du cercle de Laghouat, était chargé d’étudier le tracé du Transsaharien au sud d’Ouargla.

Flatters nourrissait sans doute depuis longtemps déjà des projets d’exploration, car, en mai 1862, le maréchal Pélissier ayant cru devoir, relativement aux projets de Jules Gérard, prendre l’avis de Jomard, membre de l’Institut et vice-président de la Société de Géographie de Paris, celui-ci, dans sa réponse au maréchal, « signalait l’aptitude pour les découvertes en Afrique de M. Flatters, jeune homme élevé par les soins du baron Taylor et qui paraissait bien préparé pour un voyage dans l’Afrique intérieure. » Il envoyait en même temps au Gouverneur une lettre du lieutenant Flatters à la Société de Géographie, lui demandant son appui pour un voyage au Touat et à Tombouctou. Ses projets avaient été, disait-il, approuvés par Elie de Beaumont.

Vingt ans plus tard, nous retrouvons Flatters à la tête d’une mission saharienne, qui se composait de MM. Masson, capitaine d’état-major ; Béringer, ingénieur de l’Etat ; Roche, ingénieur des Mines ; Guiard, médecin aide-major ; Bernard, capitaine d’artillerie ; Brosselard et Le Châtelier sous-lieutenants ; Cabaillot et Rabourdin[183].

Le caractère et le but de la mission étaient indiqués dans la lettre que le Ministre des Travaux publics adressait à Flatters, le 7 novembre 1879 : « Je vous charge, y était-il dit, de diriger une exploration, avec escorte indigène, pour rechercher un tracé devant aboutir dans le Soudan entre le Niger et le lac Tchad. Vous aurez à vous mettre en relations avec les chefs des Touareg et à chercher à obtenir leur appui. Je vous invite à me faire connaître, dans le plus bref délai, les bases d’organisation de l’expédition dont il s’agit, de manière à lui conserver un caractère essentiellement pacifique, ce qui est la condition sine qua non de la mission[184]. »

La majorité de la Commission transsaharienne s’était montrée, en effet, absolument opposée à toute expédition affectant une allure militaire, et croyait à la possibilité de nouer des relations pacifiques avec les Touareg. Lorsque le colonel Flatters avait proposé à la Commission supérieure de se charger de la direction de la mission, quelques membres avaient fait à ce choix les plus graves objections[185]. Il leur semblait impossible que la mission pût conserver son caractère pacifique aux yeux des populations sahariennes, si elle avait à sa tête un ancien commandant supérieur, connu pour tel de toutes nos tribus du Sud. C’est alors que Flatters avait offert de renoncer à l’escorte de troupes régulières que la 3e sous-commission, par l’organe de M. Georges Périn, avait déclarée nécessaire à la sécurité de la mission. D’après cette proposition nouvelle, le colonel devait constituer son escorte avec la population indigène, de manière à enlever toute apparence agressive à sa colonne. Ainsi furent levés les scrupules de la majorité de la Commission ; la mission conserva son chef militaire, mais elle n’avait plus l’escorte qui devait la faire respecter. A sa place furent recrutés 50 chameliers et 30 cavaliers méharistes, appartenant presque tous aux Chaanba d’Ouargla. Quelques membres de la Commission s’étaient vivement élevés contre cette manière de faire, notamment le général Arnaudeau, ancien officier de bureau arabe fort au courant des choses du Sud : « On dit, s’écriait-il, qu’on veut être pacifique. N’est pas pacifique qui veut. A quoi bon se faire assassiner pacifiquement ? 150 à 200 soldats aguerris, partie français, partie tirailleurs algériens, peuvent affronter l’attaque des plus fortes bandes sahariennes. Si l’instant n’est pas venu d’agir ainsi, continuons à laisser les explorateurs isolés se lancer à leurs risques et périls, et plutôt que de faire les choses à demi, remettons à plus tard la grande et sérieuse entreprise[186]. »

Quelle était la situation réelle en pays targui ? Elle s’était profondément modifiée depuis l’exploration de Duveyrier et la convention de Ghadamès. Dournaux-Dupéré en 1874, le naturaliste allemand Erwin von Bary en 1877, avaient signalé ces changements. Une guerre civile, qui avait duré dix ans, avait éclaté entre les deux tribus Azdjer des Oraghen et des Imanghasaten, ces derniers faisant cause commune avec la confédération des Hoggar.

Les Turcs avaient profité, pour s’installer à Ghat (1875), de ce que l’émir aux abois leur avait demandé secours, et cette acceptation de la domination étrangère était aux yeux des Touareg une tare ineffaçable. L’émir Ikhenoukhen, à l’époque où Flatters sollicitait son concours, avait près de cent ans ; ce n’était plus le rude guerrier dont les colères étaient jadis redoutées de tous les Azdjer ; son bras s’était affaibli, sa clientèle réduite dans la guerre malheureuse soutenue contre les Hoggar, et, même dans sa propre tribu, son autorité n’était plus acceptée sans conteste. A côté de lui avaient grandi des personnalités rivales, telles que ce cheikh Bou Beker, qui avait laissé tuer Mlle Tinné, confiée à sa garde, et qu’Ikhenoukhen n’avait pas osé punir[187]. Quant aux Hoggar, leur hostilité farouche ne faisait pas de doute et s’était manifestée à plusieurs reprises.

Partie de Biskra le 1er février 1880, la mission Flatters se dirigea sur Ouargla, puis gagna Temassinin par Aïn-Taïba et El-Biodh, à travers la région des dunes. A Temassinin, Flatters apprit qu’Ahitaghel, amenokal des Hoggar, se trouvait campé très loin, au Sud-Ouest du massif de l’Ahaggar, et qu’Ikhenoukhen et les chefs Azdjer se trouvaient à Ghat. Au lieu de descendre vers le Sud comme c’était son intention première, il résolut de s’approcher de Ghat pour avoir une entrevue avec Ikhenoukhen[188] ; d’ailleurs, les Chaanba de l’escorte menaçaient de faire défection si on les menait chez les Hoggar. Flatters remonta donc la vallée des Ighargharen jusqu’au lac Menghough, située par 26° 30′ de latitude Nord[189].

Arrivé en ce point, le colonel dut entamer avec les Touareg des négociations qui traînèrent en longueur. Ikhenoukhen ne venait pas, les approvisionnements de la mission s’épuisaient par suite des exigences des Touareg et étaient devenus insuffisants pour poursuivre la marche en avant[190]. Un certain nombre d’incidents, auxquels le Journal de route ne fait qu’une allusion lointaine, mais qui furent révélés par les récits concordants des divers membres de la mission, montrent les véritables causes de cette retraite. L’attitude équivoque des Chaanba de l’escorte faisaient craindre qu’ils n’en vinssent à refuser le service. Flatters, d’après ses instructions, ne devait pas passer de vive force et n’était d’ailleurs pas maître de son personnel indigène. Or, les Imanghasaten avaient une attitude trop menaçante pour qu’on pût espérer qu’ils laisseraient la mission parvenir jusqu’à Ghat ; plusieurs fois sur le point d’être attaquée, elle était presque prisonnière des Touareg qui entouraient son camp. Quant à Ikhenoukhen, s’il est resté inactif lors de la mission Flatters, « ne serait-ce pas, dit M. Schirmer[191], qu’il n’avait plus guère le pouvoir de commander et de punir ? Et de fait, lorsqu’il réclama aux Imanghasaten le droit de passage versé par Flatters et qui aurait dû lui revenir, on ne lui répondit que par une dénégation hautaine. Ce n’est donc pas de son plein gré que Flatters est retourné en arrière[192], et l’on ne peut lui reprocher sans injustice d’avoir manqué de patience et de résolution. La vérité est qu’il a été constamment paralysé par le mauvais vouloir des Touareg et de son personnel indigène. »

La première mission Flatters avait obtenu d’importants résultats géographiques ; elle avait fait un levé de plus de 1.200 kilomètres dans un pays à peu près inconnu. Elle rapportait des renseignements précis sur la région au sud d’Ouargla ; elle avait reconnu la région des grands gassis, c’est-à-dire la trouée de l’Igharghar, passage à peu près libre de sables à travers les dunes de l’Erg oriental ; elle avait relevé topographiquement le contour septentrional du Tassili des Azdjer, le relief des montagnes et les pentes des vallées[193]. Outre le Journal de route, les documents de la première mission comprennent un mémoire géographique et météorologique avec tableaux explicatifs, dû à M. Béringer ; un mémoire géologique et hydrologique avec plan, dû à M. Roche ; un avant-projet, dû à M. Béringer, d’une ligne de chemin de fer dirigée d’Ouargla vers Amguid sur 610 kilomètres ; une note sur les collections végétales rapportées par la mission ; un mémoire de M. L. Rabourdin sur les âges de pierre du Sahara central.

Au point de vue politique, la première mission Flatters avait échoué. M. Schirmer indique très clairement pour quelles causes. « Elle a échoué[194] parce qu’on s’était mépris sur l’état politique des peuplades qui occupent le Sahara central ; parce que, cherchant des chefs d’Etat, elle n’avait trouvé que des bandes uniquement préoccupées de l’accaparer à leur profit ; parce que Flatters avait recruté son escorte parmi des éléments sur lesquels il n’avait pas de prise, et qu’il s’était trouvé, au moment décisif, sans autorité sur les uns, sans force vis-à-vis des autres, à la merci des Chaanba et des Imanghasaten. »

Malheureusement, Flatters ne voulut convenir, ni vis-à-vis de lui-même, ni vis-à-vis des autres, que sa retraite avait été forcée et non volontaire. Il ne voulut pas se souvenir de la situation grave où s’était un moment débattue la mission, il prodigua les déclarations rassurantes, dans son ardent désir d’être admis à renouveler ses tentatives et de réussir. En vain quelques membres de la commission lui objectèrent qu’il avait été arrêté et presque spolié en route. « L’insuccès pouvait être douteux l’an dernier, écrivait Duponchel[195], il est parfaitement certain aujourd’hui. Dans tout nouvel explorateur qu’on leur enverra sans un appareil militaire suffisant pour garantir sa sécurité et lui ouvrir un passage à main armée, les indigènes du Sahara ne verront qu’une proie facile. »

Flatters n’osa pas non plus dénoncer les inconvénients de ce système bâtard[196], qui ôtait à la mission toute force militaire sans désarmer les défiances et les convoitises ; il repartit sans emmener cette escorte régulière de 200 hommes que pendant son premier voyage il regrettait de ne pas avoir. Les règles qui auraient dû servir de base à l’organisation d’une entreprise de ce genre existent nettement tracées[197] dans les rapports et les écrits des Daumas, des Margueritte, qui ont commandé dans le Sud à l’époque où nous prenions pied dans cette région ; le colonel Flatters avait trop étudié les ouvrages écrits sur la matière pour ne pas savoir parfaitement ce qu’aurait dû être sa mission ; il ne fut pas maître d’appliquer ses idées et se vit forcé de composer sa caravane suivant l’opinion qui avait prévalu dans la Commission transsaharienne.

Le 4 décembre 1880, le lieutenant-colonel Flatters[198], ayant réorganisé sa mission, quitta Ouargla pour se diriger vers l’Ahaggar. La nouvelle mission comprenait quatre membres de l’ancienne, MM. Masson, Béringer, Roche et Guiard, auxquels étaient venus s’adjoindre MM. Santin, ingénieur civil, de Dianous, lieutenant au 14e de ligne, Dennery, Pobéguin, Marjolet et Brame. Le chef de la mission avait renoncé aux chevaux, eu égard aux inconvénients résultant de la nécessité d’emporter vivres et eau pour ces animaux ; le fait était très regrettable, car la première mission avait probablement dû son salut à ses chevaux. Pendant qu’il organisait sa caravane, Flatters reçut une réponse d’Ahitaghel, amenokal des Hoggar, auquel il avait annoncé son intention de revenir vers son pays. Cette réponse était négative, hautaine et menaçante : « Vous nous avez dit de vous ouvrir la route, nous ne vous l’ouvrirons pas[199] ». Le colonel eut le tort d’ajouter foi à deux autres lettres, destinées à atténuer le mauvais effet de celle-là, et de ne pas tenir compte des avis peu rassurants qu’il recevait de toutes parts, notamment de M. Féraud, consul général à Tripoli[200]. En outre, il n’observa pas l’ordre de marche sévère qui est indispensable au Sahara, se gardant mal, ne craignant pas de faire lui-même, en avant de la colonne, des reconnaissances qui duraient plusieurs jours, laissant les visiteurs parcourir son camp à leur gré et leur accordant les cadeaux qu’ils demandaient[201]. Flatters allait être victime chez les Hoggar de son optimisme systématique, après avoir risqué le même sort chez les Azdjer.

D’Ouargla, la mission suivit une route non encore relevée par les Européens : l’Oued-Mya et le rebord oriental du Tademayt, pour aller rejoindre la vallée de l’Igharghar à Amguid. Elle donna de ses nouvelles d’Hassi-Inifel, d’Hasi-Messeguem, d’Amguid, enfin d’Inziman-Tikhzin (25° 30′ lat. N.), près de la saline d’Amadghor. Chacune de ses dépêches contenait une portion du journal de route, une carte dressée par l’ingénieur Béringer et une note géologique rédigée par l’ingénieur Roche. Dans la dernière, Flatters annonçait qu’il comptait atteindre en 25 jours Assiou, sur le grand chemin des caravanes qui vont de Tripoli à Kano par l’Aïr. Mais, 18 jours après avoir écrit ces lignes, à quelques journées de marche au Nord du puits d’Assiou, le colonel Flatters et ses compagnons étaient massacrés dans un guet-apens préparé par les guides, résolu à l’instigation des gens d’In-Salah, et pour lequel toutes les fractions des Hoggar, sauf une, avaient fourni des contingents[202].

Après avoir quitté Inziman-Tikhzin, la mission passa à la Sebkha d’Amadghor et gagna le puits de Temassint. Le 16 février 1881, Flatters n’hésita pas à s’éloigner de son camp et à aller avec une faible escorte, poussant tous ses chameaux devant lui, rechercher l’emplacement du puits où il voulait abreuver ses animaux[203]. C’est là que lui et ses compagnons trouvèrent une mort héroïque, en faisant chèrement payer leur vie à leurs agresseurs. Le puits tristement célèbre où eut lieu le massacre, connu jusqu’ici sous le nom de Bir-el-Gharama, s’appelle en réalité Hassi-Tadjenout, dans l’Oued-Inhoaoene, ainsi que la mission Foureau-Lamy l’a depuis lors fait connaître. Ce point est situé à 108 kilomètres Ouest-Nord-Ouest de Tadent[204]. Les ossements ont été brûlés, il ne reste pour ainsi dire rien sur les lieux qui témoigne de la tragédie qui s’y déroula. Le puits est à sec et la région paraît n’être plus fréquentée depuis longtemps.

Les survivants de la mission s’enfuirent précipitamment, la plupart périrent dans leur longue et douloureuse retraite, semant la route de leurs cadavres ; manquant de vivres, mourant de faim, ils en étaient réduits à manger les cadavres de leurs compagnons, parfois même à achever les mourants pour les dévorer ; les bandes de Touareg rôdaient autour d’eux comme des hyènes, tantôt leur offrant des dattes empoisonnées avec la bettina (Hyosciamus faleslez), tantôt leur disputant le passage. Une vingtaine d’indigènes seulement parvinrent à regagner Ouargla. On ne compte pas un seul Français parmi les survivants. Telle fut l’issue fatale de cette entreprise.

Les progrès que le colonel Flatters et ses compagnons ont fait faire à la géographie saharienne sont très considérables. De la deuxième exploration, on recueillit des fragments du journal de route provisoire, des feuilles d’itinéraire, des notes géologiques et météorologiques, des observations barométriques et astronomiques. On y joignit des extraits de la correspondance officielle et privée des explorateurs[205]. D’autre part, le Service des Affaires indigènes du Gouvernement général de l’Algérie publiait de son côté le journal de route de la deuxième mission, en le reconstituant à partir d’Inziman-Tikhzin avec les renseignements recueillis auprès des hommes qui avaient échappé au massacre. Les détails anecdotiques tiennent nécessairement la plus grande place dans les dépositions de ces survivants indigènes, qui furent interrogés à Laghouat par le lieutenant Massoutier, à Alger par le capitaine Bernard. Des pièces justificatives, lettres et rapports, avec quelques itinéraires par renseignements, complètent cet ouvrage[206].

La carte de l’Afrique septentrionale à 1/2.500.000e dressée par M. L. Pech et publiée par décision du Ministre des Travaux publics résume les travaux des missions Pouyanne, Choisy et Flatters, et fait connaître les progrès qui leur sont dûs en ce qui concerne la géographie du Sahara septentrional[207].

Au point de vue politique, comme l’a très bien établi M. Schirmer[208], le massacre de la mission Flatters n’a pas été un de ces accidents qui défient les prévisions humaines : c’est l’épilogue retentissant d’un échec politique. « Il n’y a que deux moyens, ajoute M. Schirmer[209], de pénétrer dans cette région du Sahara : ou bien y aller seul, sans compagnon et sans escorte, en s’assurant par avance le patronage personnel d’un ou plusieurs chefs influents ; se faire petit, aussi peu encombrant que possible, convaincre ces nomades ombrageux et cupides qu’on est un personnage à la fois généreux et inoffensif : c’est le système que Duveyrier a employé jadis. Ou bien, et c’est le cas d’une mission proprement dite, constituer une petite colonne d’hommes disciplinés à toute épreuve, qui puisse s’avancer sans provocation, mais négocier sans faiblesse, et passer outre aux manœuvres dilatoires qu’emploient si volontiers les diplomates du désert.

L’émotion fut grande en France et en Algérie quand on connut la triste fin de la mission Flatters[210]. Cet échec était un coup décisif porté à notre prestige dans le Sahara. Les conséquences en furent encore aggravées par la décision prise alors par le Gouvernement de renoncer à châtier les coupables. Divers projets avaient été mis en avant[211] : le lieutenant-colonel Belin, commandant supérieur de Laghouat, proposait une harka faite exclusivement au moyen d’indigènes ; le général Loysel, un coup de main indigène sur In-Salah, appuyé par une colonne sur El-Goléa ; le capitaine Bernard préconisait une mission scientifique sans objectif militaire, mais assez forte pour parer à tout danger et passer où il lui plairait. D’autres officiers préparaient un projet d’expédition chez les Hoggar, qui devait comprendre 250 hommes armés de fusils à répétition et 2 mitrailleuses. Ils se placèrent sous le patronage de Duveyrier, qui devait être leur chef ; l’illustre explorateur écrivit à son vieil ami Ikhenoukhen, et fit le voyage de Tripoli pour se renseigner sur la situation politique des régions sahariennes et sur les relations des Azdjer avec les Turcs[212].

Ces projets, tous parfaitement exécutables, furent écartés, et, à la grande surprise des Touareg, nous ne cherchâmes pas à venger nos morts.

Quant au Transsaharien, l’idée en fut momentanément abandonnée, et, pour clore la grande enquête ouverte en juillet 1879 par M. de Freycinet sur cette vaste conception, le conseil général des Ponts et Chaussées émit l’avis, dans sa séance du 21 juin 1881, « que, puisque l’entreprise d’un chemin de fer transsaharien ne pouvait être abordée que lorsqu’on aurait occupé d’une manière permanente et définitive le Sahara algérien, il y avait lieu d’ajourner toute décision sur le choix d’une ligne pour amorce de ce chemin de fer, et de ne donner suite aux avant-projets présentés qu’autant que l’exécution en serait réclamée dans un intérêt politique et stratégique. »

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En cette même année 1881, qui vit le massacre de la mission Flatters, se produisait un événement considérable dans notre histoire coloniale, événement vraiment décisif pour l’avenir de la France dans l’Afrique du Nord. Par le traité de Kasr-Saïd, du 12 mai 1881, la France établissait son protectorat sur la Tunisie. Les conditions de la pénétration saharienne allaient se trouver de ce fait profondément modifiées et améliorées, puisque cette pénétration, au lieu d’avoir pour base l’Algérie seule, allait s’appuyer également sur la régence de l’Est ; celle-ci, présentant par le golfe des Syrtes une échancrure du continent africain qui met la mer en contact direct avec le désert, semblait devoir offrir des facilités particulières pour l’établissement de relations politiques ou commerciales avec le hinterland saharien.

Du côté du Sénégal, après un long temps d’arrêt, les grands projets conçus par Faidherbe étaient repris et poursuivis. Le colonel Brière de l’Isle et l’amiral Jauréguiberry se firent les champions de ces projets, qui donnaient les postes du Haut-Sénégal, et non l’Algérie comme têtes de lignes aux routes commerciales du Soudan. Un poste était établi à Bafoulabé en 1879, à Kita en 1881. Diverses missions d’études furent envoyées ; la principale fut celle du capitaine Gallieni en 1881, qui entra en relations avec le roi de Ségou, Ahmadou, et obtint des résultats géographiques et politiques considérables. Les levés de la mission Derrien ayant démontré l’absence de grands obstacles, on décida, en 1881, la construction d’une première section du chemin de fer du Sénégal au Niger, celle de Kayes à Bafoulabé[213].

Le Gabon comme le Sénégal servait de point de départ à l’acquisition de vastes domaines. Les explorations de Marche, de Brazza et de Ballay attirèrent l’attention publique sur le bassin du Congo. En 1879, P. Savorgnan de Brazza, déjà connu par une exploration de trois ans dans l’Ogooué (1875-78), fondait Franceville, et en 1880 Brazzaville sur le Congo.

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[Note 171 : In-8o, Paris, 1830.]

[Note 172 : Cité par P. LEROY BEAULIEU, Le Chemin de fer Transsaharien, R. D. M. 1er juillet 1899, p. 94.]

[Note 173 : A. DUPONCHEL, Le Chemin de fer de l’Afrique centrale, Montpellier, 1875. — Id., Le Chemin de fer de l’Afrique centrale, extr. de la Revue de France, 1877.]

[Note 174 : A. DUPONCHEL, Le Chemin de fer transsaharien, études préliminaires du projet et rapport de mission, Paris, 1879.]

[Note 175 : SCHIRMER, Le Sahara, p. 401.]

[Note 176 : C. R. des Séances de la Commission supérieure du transsaharien, 1879-1880 (autogr.).]

[Note 177 : Ministère des Travaux publics, Documents relatifs à la mission dirigée au Sud de l’Algérie par M. Pouyanne, Paris, Impr. Nat., in-4o, 1886.]

[Note 178 : COYNE, Une ghazzia dans le Grand Sahara, in-8o, Alger, 1881. Coyne est également l’auteur d’une excellente brochure sur le Mzab, in-8o, Alger, 1879.]

[Note 179 : Documents, III, p. 137.]

[Note 180 : C. SABATIER, Mémoire sur la géographie physique du Sahara Central (Bull. Soc. Géogr. d’Oran, 1880, p. 271). — Id., La question du Sud-Ouest, in-8o, Alger, 1881. Cf. Mission Pouyanne, p. 178.]

[Note 181 : Ministère des Travaux Publics. Documents relatifs à la mission dirigée au Sud de l’Algérie par M. Choisy, in-4o, Paris, Impr. Nat. 1890.]

[Note 182 : GEORGES ROLLAND. Géologie et Hydrologie du Sahara algérien, 2 vol. de texte et 1 atlas, in-4o, Paris, Impr. Nat., 1890-94. Cf. Id., Sur le Terrain crétacé du Sahara septentrional (Bull. Soc. Géol. Fr., 1881, p. 508). — Id., Sur les grandes dunes de sable du Sahara (Bull. Soc. Géol. Fr. 1882, p. 31). Id., Hydrographie et orographie du Sahara algérien (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1886, p. 203).]

[Note 183 : Ministère des Travaux Publics, Documents relatifs à la mission dirigée au Sud de l’Algérie par le lieutenant-colonel Flatters, Paris, Impr. Nat. 1884, in-4o. Il existe, du Journal de route imprimé dans ce volume, un texte autographié qui a été remis en 1881 aux membres de la Commission supérieure du Transsaharien. Cf. DERRÉCAGAIX, Les deux Missions du Colonel Flatters (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1882, p. 131). — F. BERNARD, La sebkha d’Amadghor et le massacre de la mission Flatters (Bull. Soc. Géogr., Paris, 1882). — Id., Deuxième mission Flatters, historique et rapport rédigés au Service central des affaires indigènes, avec carte, in-8o, Alger, 1882. — Id., Deux missions françaises chez les Touareg, Alger, in-8o, 1882. — Id., Quatre mois au Sahara, Paris, 1882. — Id., Deux missions françaises chez les Touareg, Alger, in-8o, 1896. — Anonyme (le capitaine BERNARD) Les deux missions Flatters, par un membre de la première mission, in-18, Paris, DREYFOUS, 1884. — H. BROSSELARD, Voyage de la mission Flatters au pays des Azdjer, in-8o, Paris, 1883. — Id., Les deux missions Flatters, Paris, 1888, in-16. — F. PATORNI, Les tirailleurs algériens au Sahara. Récits de trois survivants de la mission Flatters, in-8o, Constantine, 1884. — Récits d’un des survivants indigènes de la deuxième Mission (Mohamed ben Haoua), dans Chron. trimestr. des Missions d’Afrique, juillet 1881. — RABOURDIN, Algérie et Sahara, in-8o, Paris, 1882.]

[Note 184 : Documents relatifs à la mission Flatters, p. 1.]

[Note 185 : SCHIRMER, Pourquoi Flatters et ses compagnons sont morts (Bull. Soc. Géogr. de Lyon, 1896). Nous prendrons cette excellente brochure pour guide dans l’exposé de ce qui est relatif aux deux missions Flatters.]

[Note 186 : Cité par SCHIRMER, Pourquoi Flatters, etc., p. 22-23.]

[Note 187 : Sur le meurtre de Mlle Tinné, v. H. SCHIRMER, Pourquoi Flatters, etc., p. 19, note 1 ; Ann. de Géographie, 1898, p. 183, et la polémique avec M. P. Vuillot dans Questions Dipl. et Col. 15 janv. et 15 fév. 1898, et Bull. Afr. Fr. 1898, p. 313.]

[Note 188 : P. VUILLOT, p. 178.]

[Note 189 : F. BERNARD, Deux missions françaises chez les Touareg, p. 134.]

[Note 190 : Documents relatifs à la mission Flatters, p. II.]

[Note 191 : H. SCHIRMER, Pourquoi Flatters, etc., p. 20.]

[Note 192 : SCHIRMER, art. cité, p. 13.]

[Note 193 : VUILLOT, p. 185.]

[Note 194 : SCHIRMER, Pourquoi Flatters, etc., p. 20.]

[Note 195 : A. DUPONCHEL, Lettre à la Commission supérieure du Transsaharien, Montpellier, 1880, p. 12.]

[Note 196 : H. SCHIRMER, Pourquoi Flatters, etc., p. 21.]

[Note 197 : Deuxième mission Flatters, Historique et rapport rédigés au Service central des Affaires indigènes, p. 333.]

[Note 198 : Ibid., notamment 327 et suiv.]

[Note 199 : Deuxième mission Flatters, Histor. et rapp. réd. au Serv. centr. des Aff. indig., p. 3-4.]

[Note 200 : Ibid., p. 141 et suiv.]

[Note 201 : VUILLOT, p. 197.]

[Note 202 : Cela résulte très clairement de l’enquête qui suivit la catastrophe (Histor. et Rapp. du Serv. centr. des Aff. Indig.).]

[Note 203 : Deuxième Mission Flatters, Histor. et Rapp. du Serv. centr. des Aff. Indig., p. 97 et suiv., 201 et suiv.]

[Note 204 : F. FOUREAU, D’Alger au Congo par le Tchad, 8o, Paris, 1902, p. 104 et suiv.]

[Note 205 : Documents relatifs à la mission dirigée au Sud de l’Algérie par le colonel Flatters, Paris, Impr. Nat. in-4o, 1884.]

[Note 206 : Gouvernement Général de l’Algérie, Deuxième Mission Flatters, Historique et rapport rédigés au Service central des Affaires indigènes, in-8o, Alger, 1882.]

[Note 207 : Carte d’une partie de l’Afrique Septentrionale, résumant les travaux des missions dirigées en 1879-81 par MM. Flatters, lieutenant-colonel ; Pouyanne, ingénieur des Mines ; Choisy, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, complétée à l’aide des cartes des voyages de Barth, Duveyrier, Rohlfs, dressée par L. Pech, publiée par décision du Ministre des Travaux Publics, à 1/2.500.000e 1883, 4 feuilles.]

[Note 208 : SCHIRMER, Pourquoi Flatters, etc., p. 8.]

[Note 209 : P. 23.]

[Note 210 : KRYZANOWSKI, Quest. Diplom. et Colon., 1899, t. VII, p. 132.]

[Note 211 : Deuxième mission Flatters, Histor. et rapp. rédiges au Serv. Centr. des Aff. indig., p. 137 et suiv., 345 et suiv.]

[Note 212 : Commandant WOLFF, Henry Duveyrier, son dernier projet de voyage dans le Sahara, lettres inédites (Congrès Nat. des Soc. Fr. de Géogr., XIXe session, Marseille, 1898, p. 490).]

[Note 213 : PAUL BOURDE, La France au Soudan, Revue des Deux-Mondes, 1880, 1er déc., p. 659 ; 1881, 1er févr., p. 689.]

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