Chapitre 10 Catherine va à la porte de M. le curé
Après le départ de maître Guillaume, Catherine prit sa fille par la main et lui donna son bissac ; elles firent une tournée dans le bourg et dans les métairies des environs. En passant, elles s’arrêtèrent devant la porte de M. le curé, qui les fit entrer.
« Ma bonne femme, dit-il à Catherine, pourquoi ne placez-vous pas cette enfant chez quelque cultivateur qui l’enverrait aux champs garder les bestiaux ? Elle y serait plus heureuse qu’elle ne peut l’être avec vous, et elle ne s’accoutumerait pas à mendier. Prenez garde ! vous en ferez une fainéante.
— Monsieur le curé, il y a longtemps que j’y ai pensé, et je vous assure que c’est un grand chagrin pour moi que de la voir aller aux portes : il y a même des jours où elle ne peut s’y décider ; mais je suis si faible, si malade, que je ne pourrai sortir de tout l’hiver.
— Pourquoi donc cela ?
— C’est que les médecins l’ont défendu, parce qu’ils disent que j’ai les poumons attaqués. Je tousse beaucoup et je suis incapable de travailler ; si Jeanne ne va pas demander du pain pour moi, il faudra donc mourir de faim ! Mais soyez tranquille, monsieur le curé, je placerai ma petite Jeanne chez d’honnêtes gens aussitôt que je le pourrai ; ça me peine bien trop de mendier à mon âge, pour vouloir que ma fille en fasse autant.
— Vous avez raison, ma brave femme. Nous verrons dans quelque temps ce qu’on pourra faire pour vous : en attendant, vous viendrez tous les dimanches ici chercher vingt-cinq centimes.
— Grand merci, monsieur le curé : ces vingt-cinq centimes-là, avec les cinquante que me donne Mme Dumont, serviront à nous acheter quelque chose pour nous habiller ; car j’ai honte de nos guenilles. »
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