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Chapitre 109 Maître Tixier découvre la gêne de Jeanne

Un jour du printemps, maître Tixier entra chez Jeanne, avec M. le curé, à l’instant où elle coupait sa soupe.
« Quel pain coupes-tu donc là, Jeanne ? il y a moitié son dedans. »
Jeanne rougit et ne répondit pas.

« Ah ! c’est comme ça que grand Louis m’a trompé ! Monsieur le curé, jugez-en ! J’ai voulu lui payer ses journées ; et lui, par orgueil, m’a dit qu’il avait de l’avance, et que je pouvais bien garder son gain pour me rembourser. Est-ce bien, voyons ?

— Maître Tixier, dit Jeanne, il n’y a pas d’orgueil là-dedans. Vous avez été si bon pour nous, que c’était notre devoir de nous gêner pour vous rendre votre argent ; vous aviez bien vos peines, vous aussi !

— Tu as beau dire, Jeanne, je ne te passe pas cette menterie-là. Voilà donc pourquoi je vous trouvais si mauvaise mine à tous ! Paul, dis-moi ce que tu as mangé cet hiver ?

— Du pain d’orge bien souvent, et bien souvent rien du tout ; on mangeait des pommes de terre cuites à l’eau, absolument comme vos porcs.

— Voyez-vous, monsieur le curé ! Je vous dis que c’est de l’orgueil, moi !

— Quoique j’admire votre courage, Jeanne, je m’étonne que vous n’ayez pas voulu être assistée par votre ancien maître, ou par Mme Dumont, dit le curé.

— Monsieur, ils avaient bien assez de pauvres à nourrir, et qui étaient plus malheureux que nous ; nous devions encore cent francs à notre maître, qui nous a aidés de si bon cœur à bâtir notre maison. On ne sait ni qui vit ni qui meurt ; si grand Louis venait à manquer, comment ferais-je pour payer ? Quand il y a des mineurs, on ne peut vendre qu’en justice, et notre petit bien serait mangé en frais. Enfin, le mauvais temps est passé, les journées de mon mari vont nous suffire à présent. L’herbe pousse, et ma vache, qui ne m’a presque rien rapporté cet hiver, faute de fourrage, va donner un peu de beurre que je vendrai chaque semaine.

— C’est égal, Jeanne, je ne suis pas content, et, si ton mari s’avise de vouloir me payer le labourage de ses champs, je ne le regarderai de ma vie. – Et comme il y a un peu d’orgueil au fond de tout cela, dit M. le curé, je vais en rendre compte aux dames Dumont. »

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