Chapitre 129 Marguerite vient encore chercher Jeanne
Marguerite alla trouver Jeanne, et lui dit :
« Il faut pourtant que tu ailles chez M. le curé pour le prier de venir voir Pierre, qui est revenu ; moi, je n’oserais pas.
— Pourquoi donc ? est-ce qu’il est encore malade ?
— Il est pis que jamais. »
Jeanne alla chercher M. le curé, qui recula en voyant les deux jambes de Pierre.
« Malheureux garçon ! vous n’avez donc pas tenu compte de ce que je vous ai dit ?
— Dame ! quand j’ai vu, monsieur, que vous m’aviez si bien guéri, j’ai cru que je pouvais travailler comme les autres. »
Jeanne regarda Marguerite, qui rougit et détourna la tête.
« Pierre, je vous l’ai déjà dit, on est toujours puni quand on fait mal. Vous n’avez pas voulu me croire, moi, votre pasteur, et qui vous ai soigné si longtemps ; aujourd’hui, je ne puis plus vous guérir, parce qu’il vous faut des soins et une nourriture que vous ne pourrez pas trouver chez votre frère. Je vais tâcher de vous faire entrer à l’hôpital de Bourges.
— À l’hôpital, monsieur !
— Oui, Pierre, à l’hôpital ; vous y serez bien traité ; je vous recommanderai aux sœurs et à M. l’aumônier, qui s’occuperont de vous trouver un apprentissage quand vous serez guéri. Je ne vois que trois états qui vous conviennent : tailleur, cordonnier ou tisserand ; encore les jambes fatiguent-elles trop dans ce dernier métier.
— Monsieur le curé, j’aimerais l’état de tailleur ; je sais tenir une aiguille, parce que je fais des chapeaux de paille, et je sens que je n’y serais pas maladroit. »
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