Chapitre 15 Isaure cause avec la petite Jeanne
Pendant que sa mère parlait, Isaure était montée sur une chaise auprès du lit de Jeanne, et causait avec elle.
« Tu t’ennuies bien au lit, n’est-ce pas, petite Jeanne ?
— Oui, mademoiselle, j’aimerais mieux être levée et garder les oisons de la mère Nannette ; mais il faut bien que maman nettoie mes habits ; elle dit que c’est bien assez d’être pauvre, et qu’il ne faut pas causer de répugnance aux gens qui nous soulagent.
— Tu vas donc tous les jours chercher ton pain ?
— Oh ! non, mademoiselle : quand on nous en donne beaucoup, nous restons à la maison aussi longtemps qu’il y en a ; c’est si pénible d’aller aux portes !
— Te donne-t-on toujours, quand tu demandes ?
— Mademoiselle, je ne demande rien ; je reste à la porte jusqu’à ce qu’on me donne. Quelquefois il n’y a personne dans les maisons, pendant la moisson, ou bien en temps de fenaison. Ces jours-là, je ne trouve pas grand-chose.
— Et quand on ne te donne rien ?
— Nous nous couchons sans souper ; ça nous est arrivé plus d’une fois avant d’être chez la mère Nannette ; mais elle ne veut pas que nous souffrions la faim, et, quand nous n’avons point de pain, elle nous en prête.
— Vas-tu t’amuser quelquefois sur la place de l’église avec les petites du bourg ?
— Oh ! mademoiselle, elles ne voudraient pas de moi !
— Tiens ! pourquoi ?
— C’est que je cherche ma vie.
— Sais-tu que c’est bien mal cela ! »
La mère Nannette rentra, et Mme Dumont la loua beaucoup de sa charité envers la pauvre veuve et son enfant.
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