Chapitre 53 Le colporteur compte ce qu’il a reçu
A leur retour au Grand-Bail, M. le curé vida la bourse sur un coffre, et dit au jeune homme de compter ce qu’on leur avait donné ; il trouva, tant en sous qu’en petites pièces, trente-deux francs soixante-quinze centimes, ce qui, avec les vingt-cinq francs de Mme Dumont, faisait cinquante-sept francs soixante-quinze centimes.
« Vous voilà riche, mon enfant, dit joyeusement le curé en mettant ses dix francs sur le tas d’argent ; je vous l’avais bien dit, que mes paroissiens ne me laisseraient pas dans l’embarras !
— Monsieur, j’ai plus que ne valaient tous mes livres : il ne faut pas me donner en outre vos dix francs.
— Si, mon ami, vous les aurez ; car je vous les ai promis.
— C’est vrai, monsieur ; mais vous avez bien d’autres pauvres qui en ont plus besoin que moi.
— Je ne veux pas vous ôter le mérite de votre désintéressement ; mais ce n’est pas moi qui donnerai cette petite somme, ce sera vous. Sortons ensemble, nous la porterons à un pauvre homme, simple d’esprit, et qui est hors d’état de gagner son pain ; cela l’aidera à payer son loyer.
— Ma foi, monsieur le curé, dit le père Tixier, ce petit marchand est au fond très honnête ; c’eût été bien dommage qu’il se perdît. »
Le lendemain le colporteur alla encore à la messe ; quand elle fut finie, M. le curé lui demanda comment il allait employer son argent.
« Je vais acheter de la mercerie et des mouchoirs ; je courrai les foires et les assemblées, et je ferai mes affaires, j’en suis bien certain. Je reviendrai vous voir quelque jour, et vous n’aurez pas à vous repentir de toutes vos bontés pour moi. »
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