Chapitre 80 Maître Tixier vend ses juments
« Voyons, grand Louis, mets-toi là ; tu vas boire un coup et manger des gâteaux de ta femme. Louise, donne-lui un verre. Voilà monsieur l’officier qui a grande envie de la Grise : faut-il la lui vendre ?
— Notre maître, à votre volonté ; mais je vous avertis que, si vous la vendez, la Blanche dépérira. Vous savez bien qu’elles ne peuvent pas se passer l’une de l’autre ; quand vous emmenez l’une des deux pour aller seulement à la ville, l’autre ne travaille pas la moitié autant qu’à l’ordinaire, et elle ne mange pas un seul brin de foin tant que vous n’êtes pas revenu.
— C’est une raison, ça ; je n’y avais pas pensé.
— Mon capitaine, dit Étienne Durand, le colonel a besoin de chevaux de voiture : si l’on prenait la Grise et la Blanche, sauf meilleur avis ?
— Vous avez raison, Durand ; voyons, maître Tixier, quel prix en voulez-vous ?
— Vous savez, monsieur l’officier, que j’en ai refusé deux mille deux cents francs, et je vous ai dit la vérité ; mais, comme je ne veux pas faire marchander un homme comme vous, donnez-moi deux mille francs nets et je serai content.
— C’est un peu cher, maître Tixier.
— Je n’en peux rien rabattre, et je vous demanderai encore une pièce de vingt francs par jument pour les épingles de grand Louis. Qu’en dis-tu, toi ?
— Notre maître, répondit grand Louis, je dis que c’est leur prix ; mais, si monsieur l’officier sépare les pauvres bêtes, elles dépériront, je l’en avertis, car elles ne se sont jamais quittées.
— Allons, puisqu’il faut en passer par là, va donc pour deux mille francs et les épingles. Vous, mon garçon, soyez tranquille ; je vous promets que vos juments vivront dans la même écurie et qu’elles seront attelées à la même voiture. Maître Tixier, je ne peux pas prendre vos bêtes tout de suite ; vous me les amènerez à la foire de Vatan dans cinq jours. Je n’achète pas comme un particulier, moi ; il faut que mon marché soit signé des autorités. Je vais laisser les épingles à votre homme, pour qu’il soigne bien mes juments. Adieu, maître Tixier ; merci de votre bon accueil. »
Étienne Durand demanda la permission de causer un instant avec Joséphine, et partit plein d’espoir avec son officier.
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