Chapitre 86 On commence la maison de Jeanne
« Puisque vous voulez bâtir, mes enfants, dit maître Tixier en rentrant chez lui, commencez donc tout de suite ; pour qu’une maison soit saine, il faut qu’elle sèche au moins pendant un an. Grand Louis, ce n’est pas encore le temps des foins ; profite de ce qu’il n’y a pas grand-chose à faire ici pour te procurer des matériaux.
— Notre maître, je vais prendre le père Darnaud, qui a un bon cheval et qui me conduira tout ce qui est nécessaire. Il n’est pas juste que j’emploie pour moi le temps que vous me payez.
— Et moi, je te dis qu’il est juste d’aider un brave domestique qui m’a servi pendant quinze ans ; je n’entends pas que tu te serves d’autres bêtes que des miennes. »
Maître Tixier fit faucher le sainfoin qui était dans le champ de Jeanne, et l’on mit les ouvriers à creuser les fondations. La bâtisse allait son train ; et quand Jeanne n’avait rien à faire, elle promenait la petite Nannette jusque-là ; si les ouvriers ne comprenaient pas bien le plan de Mme Isaure, elle le leur expliquait.
Après la moisson, l’on posa la charpente ; mais l’on n’enduisit pas encore les murs, afin qu’ils eussent le temps de sécher entièrement jusqu’au printemps suivant. Quand la maison fut couverte, Jeanne dit qu’il fallait bêcher le jardin, afin de le planter à l’automne.
« Je veux beaucoup d’arbres fruitiers, dit-elle, et de toutes les espèces. Il y en aura au bord des allées qui couperont le jardin en quatre carrés, et puis dans celle qui en fera le tour ; et je veux des pêchers le long du mur au midi, et des treilles qui garniront notre galerie. »
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