‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 87 sur 138 · Chapitre 88 Jeanne admire sa maison

Chapitre 88 Jeanne admire sa maison

Vers la Saint-Jean de l’année suivante, l’on crépit les murs et l’on plafonna les chambres pour qu’elles fussent plus chaudes. Jeanne fit mettre une petite couche de plâtre à l’intérieur. Elle avait eu pendant l’hiver un garçon à qui son parrain, maître Tixier, avait donné le nom de Sylvain, et elle sentait qu’il était temps de quitter le Grand-Bail. Quoique Étienne Durand, qui gouvernait à peu près tout dans la maison, fût toujours bon pour elle et pour son mari, il aurait fini par s’ennuyer de leurs enfants. Elle se mettait souvent à la porte pour regarder sa maison. Louise lui disait :

« Hein ! comme tu voudrais y être déjà !

— C’est vrai, ma Louise. Je vous aime pourtant de toutes mes forces, et j’ai bien lieu de vous aimer ; mais, vois-tu, c’est plus fort que moi : quand je pense que nous serons dans une maison à nous, il me semble que mon cœur éclate au dedans de moi. C’est si bon de se sentir chez soi et de se dire qu’on est à l’abri pour le reste de ses jours !

— Et des meubles, petite Jeanne ! sais-tu que ton pauvre lit et l’armoire de la mère Nannette ne feront pas grande figure dans ces chambres si blanches ?

— C’est bien là mon souci : je n’ose pas en parler à grand Louis : les hommes ne comprennent pas combien une ménagère est contente d’avoir un joli mobilier ; il a dépensé tant d’argent pour cette bâtisse, qu’il ne serait peut-être pas raisonnable de penser à autre chose. Pourtant, comme ton père lui en a avancé, nous avons bien encore de quoi acheter une armoire et un lit.

— Eh bien ! moi, je lui en parlerai à souper, sois tranquille. »

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