‹ La réforme intellectuelle et moraleChapitre 11 sur 18 · IV

IV

Dans la lutte qui vient de finir, l’infériorité de la France a été surtout intellectuelle; ce qui nous a manqué, ce n’est pas le cœur, c’est la tête. L’instruction publique est un sujet d’importance capitale; l’intelligence française s’est affaiblie; il faut la fortifier. Notre plus grande erreur est de croire que l’homme naît tout élevé; l’Allemand, il est vrai, croit trop à l’éducation; il en devient pédant; mais nous y croyons trop peu. Le manque de foi à la science est le défaut profond de la France; notre infériorité militaire et politique n’a pas d’autre cause; nous doutons trop de ce que peuvent la réflexion, la combinaison savante. Notre système d’instruction a besoin de réformes radicales; presque tout ce que le premier empire a fait à cet égard est mauvais. L’instruction publique ne peut être donnée directement par l’autorité centrale; un ministère de l’instruction publique sera toujours une très-médiocre machine d’éducation.

L’instruction primaire est la plus difficile à organiser. Nous envions à l’Allemagne sa supériorité à cet égard; mais il n’est pas philosophique de vouloir les fruits sans le tronc et les racines. En Allemagne, l’instruction populaire est venue du protestantisme. Le luthéranisme ayant fait consister la religion à lire un livre, et plus tard ayant réduit la dogmatique chrétienne à une quintessence impalpable, a donné une importance hors de ligne à la maison d’école; l’illettré a presque été chassé du christianisme; la communion parfois lui est refusée. Le catholicisme, au contraire, faisant consister le salut en des sacrements et en des croyances surnaturelles, tient l’école pour chose secondaire. Excommunier celui qui ne sait ni lire ni écrire nous paraît impie. L’école n’étant pas l’annexe de l’église est la rivale de l’église. Le curé s’en défie, la veut aussi faible que possible, l’interdit même si elle n’est pas toute cléricale. Or, sans la collaboration et la bonne volonté du curé, l’école de village ne prospérera jamais. Que ne pouvons-nous espérer que le catholicisme se réforme, qu’il se relâche de ses règles surannées! Quels services ne rendrait pas un curé, pasteur catholique, offrant dans chaque village le type d’une famille bien réglée, surveillant l’école, presque maître d’école lui-même, donnant à l’éducation du paysan le temps qu’il consacre aux fastidieuses répétitions de son bréviaire! En réalité, l’église et l’école sont également nécessaires; une nation ne peut pas plus se passer de l’une que de l’autre; quand l’église et l’école se contrarient, tout va mal.

Nous touchons ici à la question qui est au fond de toutes les autres. La France a voulu rester catholique; elle en porte les conséquences. Le catholicisme est trop hiératique pour donner un aliment intellectuel et moral à une population; il fait fleurir le mysticisme transcendant à côté de l’ignorance; il n’a pas d’efficacité morale; il exerce des effets funestes sur le développement du cerveau. Un élève des jésuites ne sera jamais un officier susceptible d’être opposé à un officier prussien; un élève des écoles élémentaires catholiques ne pourra jamais faire la guerre savante avec les armes perfectionnées. Les nations catholiques qui ne se réformeront pas seront toujours infailliblement battues par les nations protestantes. Les croyances surnaturelles sont comme un poison qui tue si on le prend à trop haute dose. Le protestantisme en mêle bien une certaine quantité à son breuvage; mais la proportion est faible et devient alors bienfaisante. Le moyen âge avait créé deux maîtrises de la vie de l’esprit, l’Église, l’Université; les pays protestants ont gardé ces deux cadres; ils ont créé la liberté dans l’Église, la liberté dans l’Université, si bien que ces pays peuvent avoir à la fois des Églises établies, un enseignement officiel, et une pleine liberté de conscience et d’enseignement. Nous autres, pour avoir la liberté, nous avons été obligés de nous séparer de l’Église; les jésuites avaient depuis longtemps réduit nos universités à un rôle secondaire. Aussi nos efforts ont été faibles, ne se rattachant à aucune tradition ni à aucune institution du passé.

Un libéral comme nous est ici fort embarrassé; car notre premier principe est que, dans ce qui touche à la liberté de conscience, l’État ne doit se mêler de rien. La foi, comme toutes les choses exquises, est susceptible; au moindre contact, elle crie à la violence. Ce qu’il faut désirer, c’est une réforme libérale du catholicisme, sans intervention de l’État. Que l’Église admette deux catégories de croyants, ceux qui sont pour la lettre et ceux qui s’en tiennent à l’esprit. A un certain degré de la culture rationnelle, la croyance au surnaturel devient pour plusieurs une impossibilité; ne forcez pas ceux-là à porter une chape de plomb. Ne vous mêlez pas de ce que nous enseignons, de ce que nous écrivons, et nous ne vous disputerons pas le peuple; ne nous contestez pas notre place à l’université, à l’académie, et nous vous abandonnerons sans partage l’école de campagne. L’esprit humain est une échelle où chaque degré est nécessaire; ce qui est bon à tel niveau n’est pas bon à tel autre; ce qui est funeste pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Conservons au peuple son éducation religieuse, mais qu’on nous laisse libres. Il n’y a pas de fort développement de la tête sans liberté; l’énergie morale n’est pas le résultat d’une doctrine en particulier, mais de la race et de la vigueur de l’éducation. Nous avait-on assez parlé de la décadence de cette Allemagne qu’on présentait comme une officine d’erreurs énervantes, de dangereuses subtilités! Elle était tuée, disait-on, par le sophisme, le protestantisme, le matérialisme, le panthéisme, le fatalisme. Je ne jurerais pas, en effet, que M. de Moltke ne professe quelqu’une de ces erreurs; mais on avouera que cela ne l’empêche pas d’être un bon officier d’état-major. Renonçons à ces déclamations fades. La liberté de penser, alliée à la haute culture, loin d’affaiblir un pays, est une condition du grand développement de l’intelligence. Ce n’est pas telle ou telle solution qui fortifie l’esprit; ce qui le fortifie, c’est la discussion, la liberté. On peut dire que pour l’homme cultivé il n’y a pas de mauvaise doctrine; car pour lui toute doctrine est un effort vers le vrai, un exercice utile à la santé de l’esprit. Vous voulez garder vos jeunes gens dans une sorte de gynécée intellectuel; vous en ferez des hommes bornés. Pour former de bonnes têtes scientifiques, des officiers sérieux et appliqués, il faut une éducation ouverte à tout, sans dogme rétrécissant. La supériorité intellectuelle et militaire appartiendra désormais à la nation qui pensera librement. Tout ce qui exerce le cerveau est salutaire. Il y a plus: la liberté de penser dans les universités a cet avantage que le libre penseur, satisfait de raisonner à son aise dans sa chaire au milieu de personnes placées au même point de vue que lui, ne songe plus à faire de la propagande parmi les gens du monde et les gens du peuple. Les universités allemandes présentent à ce sujet le spectacle le plus curieux.

Notre instruction secondaire, quoique fort critiquable, est la meilleure partie de notre système d’enseignement. Les bons élèves d’un lycée de Paris sont supérieurs aux jeunes Allemands pour le talent d’écrire, l’art de la rédaction; ils sont mieux préparés à être avocats ou journalistes; mais ils ne savent pas assez de choses. Il faut se persuader que la science prend de plus en plus le dessus sur ce qu’on appelle en France les lettres. L’enseignement doit surtout être scientifique; le résultat de l’éducation doit être que le jeune homme sache le plus possible de ce que l’esprit humain a découvert sur la réalité de l’univers. Quand je dis scientifique, je ne dis pas pratique, professionnel; l’État n’a pas à s’occuper des applications de métier; mais il doit prendre garde que l’éducation qu’il donne ne se borne à une rhétorique creuse, qui ne fortifie pas l’intelligence. Chez nous, les dons brillants, le talent, l’esprit, le génie sont seuls estimés; en Allemagne, ces dons sont rares, peut-être parce qu’ils ne sont pas fort prisés; les bons écrivains y sont peu nombreux; le journalisme, la tribune politique n’ont pas l’éclat qu’ils ont chez nous; mais la force de tête, l’instruction, la solidité du jugement sont bien plus répandues, et constituent une moyenne de culture intellectuelle supérieure à tout ce qu’on avait pu obtenir jusqu’ici d’une nation.

C’est surtout dans l’enseignement supérieur qu’une réforme est urgente. Les écoles spéciales, imaginées par la Révolution, les chétives facultés créées par l’Empire, ne remplacent nullement le grand et beau système des universités autonomes et rivales, système que Paris a créé au moyen âge et que toute l’Europe a conservé, excepté justement la France qui l’a inauguré vers 1200. En y revenant, nous n’imiterons personne, nous ne ferons que reprendre notre tradition. Il faut créer en France cinq ou six universités, indépendantes les unes des autres, indépendantes des villes où elles seront établies, indépendantes du clergé. Il faut supprimer du même coup les écoles spéciales, École polytechnique, École normale, etc., institutions inutiles quand on possède un bon système d’universités, et qui empêchent les universités de se développer. Ces écoles ne sont, en effet, que des prélèvements funestes faits sur les auditeurs des universités[8]. L’université enseigne tout, prépare à tout, et dans son sein toutes les branches de l’esprit humain se touchent et s’embrassent. A côté des universités, il peut, il doit y avoir des écoles d’application; il ne peut y avoir des écoles d’État fermées et faisant concurrence aux universités. On se plaint que les facultés des lettres, des sciences, n’aient pas d’élèves assidus. Quoi de surprenant? Leurs auditeurs naturels sont à l’École normale, à l’École polytechnique, où ils reçoivent le même enseignement, mais sans rien sentir du mouvement salutaire, de la communauté d’esprit que crée l’université.

[8] On n’entend pas nier l’utilité de tels établissements comme internats ou séminaires; mais l’enseignement intérieur n’y devrait pas dépasser la conférence entre élèves, selon les usages anciens.

Ces universités établies dans des villes de province[9], sans préjudice naturellement de l’université de Paris et des grands établissements uniques, tels que le Collége de France, propres à Paris, me paraissent le meilleur moyen de réveiller l’esprit français. Elles seraient des écoles de sérieux, d’honnêteté, de patriotisme. Là se fonderait la vraie liberté de penser, qui ne va pas sans de solides études. Là aussi se ferait un salutaire changement dans l’esprit de la jeunesse. Elle se formerait au respect; elle prendrait le sentiment de la valeur de la science. Un fait qui donne bien à réfléchir est celui-ci. Il est reconnu que nos écoles sont des foyers d’esprit démocratique peu réfléchi et d’une incrédulité portée vers une propagande populaire étourdie. C’est tout le contraire en Allemagne, où les universités sont des foyers d’esprit aristocratique, réactionnaire (comme nous disons) et presque féodal, des foyers de libre pensée, mais non de prosélytisme indiscret. D’où vient cette différence? De ce que la liberté de discussion, dans les universités allemandes, est absolue. Le rationalisme est loin de porter à la démocratie. La réflexion apprend que la raison n’est pas la simple expression des idées et des vœux de la multitude, qu’elle est le résultat des aperceptions d’un petit nombre d’individus privilégiés. Loin d’être portée à livrer la chose publique aux caprices de la foule, une génération aussi élevée sera jalouse de maintenir le privilége de la raison; elle sera appliquée, studieuse et très-peu révolutionnaire. La science sera pour elle comme un titre de noblesse, auquel elle ne renoncera pas facilement, et qu’elle défendra même avec une certaine âpreté. Des jeunes gens élevés dans le sentiment de leur supériorité se révolteront de ne compter que pour un comme le premier venu. Pleins du juste orgueil que donne la conscience de savoir la vérité que le vulgaire ignore, ils ne voudront pas être les interprètes des pensées superficielles de la foule. Les universités seront ainsi des pépinières d’aristocrates. Alors, l’espèce d’antipathie que le parti conservateur français nourrit contre la haute culture de l’esprit paraîtra le plus inconcevable des non-sens, la plus fâcheuse erreur.

[9] Une circonstance d’un autre ordre rendra l’application de ce système presque indispensable, c’est l’établissement du service militaire obligatoire pour tous. Une telle organisation militaire n’est possible que si le jeune homme peut faire ses études d’université (droit, médecine, etc.) en même temps que son service militaire, ainsi que cela se pratique en Allemagne. Cette combinaison suppose des villes d’étude régionales, qui soient en même temps des centres sérieux d’instruction militaire.

Il va sans le dire qu’à côté de ces universités dotées par l’État, et où toutes les opinions savamment présentées auraient accès, une entière latitude serait laissée pour l’établissement d’universités libres. Je crois que ces universités libres produiraient de très-médiocres résultats; toutes les fois que la liberté existe réellement dans l’université, la liberté hors de l’université est de peu de conséquence; mais, en leur permettant de s’établir, on aurait la conscience en règle et on fermerait la bouche aux personnes naïves toujours portées à croire que sans la tyrannie de l’État elles feraient des merveilles. Il est bien probable que les catholiques les plus fervents, un Ozanam, par exemple, préféreraient le champ libre des universités d’État, où tout se passerait au grand jour, à ces petites universités à huis clos, fondées par leur secte. En tout cas, ils auraient le choix. De quoi pourraient se plaindre avec un pareil régime les catholiques les plus portés à s’élever contre le monopole de l’État? Personne ne serait exclu des chaires des universités à cause de ses opinions; les catholiques y arriveraient comme tout le monde. Le système des Privatdocent permettrait en outre à toutes les doctrines de se produire en dehors des chaires dotées. Enfin les universités libres enlèveraient jusqu’au dernier prétexte aux récriminations. Ce serait l’inverse de notre système français, procédant par l’exclusion des sujets brillants. On croit avoir assez fait pour l’impartialité si, après avoir destitué ou refusé de nommer un libre penseur, on destitue ou refuse de nommer un catholique. En Allemagne, on les met tous deux face à face; au lieu de ne servir que la médiocrité, un tel système sert à l’émulation et à l’éveil des esprits. En distinguant soigneusement le grade et le droit d’exercer une profession, comme on le fait en Allemagne, en établissant que l’université ne fait pas des médecins, des avocats, mais rend apte à devenir médecin, avocat, on lèverait les difficultés que certaines personnes trouvent à la collation des grades par l’État. L’État, en un tel système, ne salarie pas certaines opinions scientifiques ou littéraires; il ouvre, dans un haut intérêt social et pour le bien de toutes les opinions, de grands champs clos, de vastes arènes, où les sentiments divers peuvent se produire, lutter entre eux et se disputer l’assentiment de la jeunesse, déjà mûre pour la réflexion, qui assiste à ces débats.

Former par les universités une tête de société rationaliste, régnant par la science, fière de cette science et peu disposée à laisser périr son privilége au profit d’une foule ignorante; mettre (qu’on me permette cette forme paradoxale d’exprimer ma pensée) le pédantisme en honneur, combattre ainsi l’influence trop grande des femmes, des gens du monde, des Revues, qui absorbent tant de forces vives ou ne leur offrent qu’une application superficielle; donner plus à la spécialité, à la science, à ce que les Allemands appellent le Fach, moins à la littérature, au talent d’écrire et de parler; compléter ce faîte solide de l’édifice social par une cour et une capitale brillantes, d’où l’éclat d’un esprit aristocratique n’exclue pas la solidité et la forte culture de la raison; en même temps, élever le peuple, raviver ses facultés un peu affaiblies, lui inspirer, avec l’aide d’un bon clergé dévoué à la patrie, l’acceptation d’une société supérieure, le respect de la science et de la vertu, l’esprit de sacrifice et de dévouement; voilà ce qui serait l’idéal; il sera beau du moins de chercher à en approcher.

J’ai dit à plusieurs reprises que ces réformes ne peuvent pas bien se faire sans la collaboration du clergé. Il est clair que notre principe théorique ne peut plus être que la séparation de l’Église et de l’État; mais la pratique ne saurait être la théorie. Jusqu’ici, la France n’a connu que deux pôles, catholicisme, démocratie; oscillant sans cesse de l’un à l’autre, elle ne se repose jamais entre les deux. Pour faire pénitence de ses excès démagogiques, la France se jette dans le catholicisme étroit; pour réagir contre le catholicisme étroit, elle se jette dans la fausse démocratie. Il faudrait faire pénitence des deux à la fois, car la fausse démocratie et le catholicisme étroit s’opposent également à une réforme de la France sur le type prussien, je veux dire à une forte et saine éducation rationnelle. Nous sommes à l’égard du catholicisme dans cette situation étrange que nous ne pouvons vivre ni avec lui ni sans lui. L’Église est une pièce trop importante d’éducation pour qu’on se prive d’elle, si de son côté elle fait les concessions nécessaires et ne se rend pas, en exagérant ses doctrines, plus nuisible qu’utile. Si un mouvement gallican de réforme dans le genre de celui que rêve avec tant de candeur, de sincérité, de chaleur d’âme le P. Hyacinthe, si un mouvement de réforme, dis-je, entraînant le mariage des prêtres de campagne et le remplacement du bréviaire par un enseignement presque quotidien, était possible, il faudrait l’accueillir avec empressement; mais je crains que l’Église catholique ne se roidisse et n’aime mieux tomber que de se modifier. Un schisme m’y paraît plus probable que jamais; ou plutôt le schisme est déjà fait; de latent, il deviendra effectif. La haine des Allemands et des Français, l’occupation de Rome par le roi d’Italie, ont ajouté un élément explosible nouveau à ceux qu’avait entassés le concile. Si le pape reste dans Rome, capitale de l’Italie, les non-Italiens souffriront de voir leur chef spirituel ainsi subordonné à une nation particulière. Si le pape quitte Rome, les Italiens diront comme en 1378: «Le pape est l’évêque de Rome; qu’il revienne, ou nous allons choisir un évêque de Rome, lequel, par là même, sera le pape.» A vrai dire, un pape tel que l’a fait le concile ne peut résider nulle part; il lui faudrait une île escarpée et sans bords; il n’a pas de place au monde; or, si la papauté cesse d’avoir un petit territoire politiquement neutralisé à son usage, elle verra briser son unité. Il me paraît donc presque inévitable que nous ayons bientôt deux papes et même trois, car il va être bien difficile que des Français, des Italiens et des Allemands soient de la même religion. Le principe des nationalités devait à la longue amener la ruine de la papauté. On dit souvent: «Les questions religieuses ont de nos jours trop peu d’importance pour amener des schismes.» C’est là une erreur; des hérésies, des divisions sur les dogmes abstraits, il n’y en aura plus[10]; car on ne prend presque plus le dogme au sérieux; mais des schismes dans le genre de celui d’Avignon, des divisions de personnes, des élections contestées et dont l’incertitude maintiendra longtemps affrontées des parties de la catholicité, cela est parfaitement possible, cela sera. Une fois le schisme fait sur les personnes, une fois les deux papes constitués, l’un à Rome, l’autre hors de l’Italie, la décomposition de la catholicité s’opérera par le choix des obédiences, comme celle de l’eau sous l’action de la pile électrique; chacun des deux papes deviendra un pôle qui attirera à lui les éléments qui lui seront homogènes; l’un sera le pape du catholicisme rétrograde, l’autre le pape du catholicisme progressif; car tous deux désireront avoir des partisans, et, pour avoir des partisans, il faut représenter quelque chose. Nous verrons Pierre de Lune prétendre encore enfermer l’Église universelle sur son rocher de Paniscole; la ligne de séparation des obédiences pourrait même déjà être tracée. Une foule de réformes maintenant impraticables seront praticables alors, et l’horizon du catholicisme, maintenant si fermé, pourra s’ouvrir tout à coup et laisser voir des profondeurs inattendues.

[10] Le dogme de l’infaillibilité fait exception; car ce dogme est «pratique» au plus haut degré, et atteint toute l’organisation de l’Église catholique dans ses rapports avec l’ordre civil.

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