CXVIII
Njal dit à Skarphjedin: «Qu'avez-vous résolu de faire, toi et tes frères, et Kari?» Skarphjedin répondit: «Ce n'est pas notre habitude de ruminer longtemps les choses. Voici ce que j'ai à te dire: Nous irons à Tunga, chez Asgrim fils d'Ellidagrim, et de là au ting. Et toi, mon père, qu'as-tu décidé pour ton voyage?»--«J'irai au ting, répondit Njal; car je tiens à l'honneur de ne pas abandonner votre cause, tant que je vivrai. Je trouverai là-bas bien des gens qui auront pour moi de bonnes paroles: je pourrai vous servir, et je ne vous ferai pas de tort.»
Thorhal fils d'Asgrim et fils adoptif de Njal était là. Les fils de Njal riaient de lui, parue qu'il avait une casaque brune. Ils lui demandèrent combien de temps il comptait la porter. «Je l'ôterai, répondit-il, quand j'aurai à venger mon père adoptif.»--«Tu montreras que tu es brave, dit Njal, quand on aura besoin de toi.»
Ils se préparèrent tous à partir, et ils étaient près de trente hommes. Ils se mirent en route, et chevauchèrent sans s'arrêter jusqu'à la Thjorsa. Là vinrent les retrouver les parents de Njal, Thorleif Krak et Thorgrim le grand. Ils étaient fils d'Holta-Thorir. Ils offrirent aide et assistance aux fils de Njal. Et les fils de Njal acceptèrent.
Ils partirent tous ensemble, passèrent la Thjorsa et vinrent sur les bords de la rivière de Lax, où ils firent halte. Là vint les rejoindre Hjalti fils de Skeggi. Njal et ses fils le prirent à l'écart, et ils parlèrent longtemps tout bas. Hjalti dit: «Je vais montrer que je ne suis pas un ingrat. Njal m'a demandé mon aide. Je lui ai accordé sa demande, et j'ai promis de l'aider. Il m'a récompensé d'avance, moi et beaucoup d'autres, par les bons conseils qu'il nous a donnés.» Hjalti dit à Njal toutes les allées et venues de Flosi. Ils envoyèrent Thorhal en avant, à Tunga, dire à Asgrim qu'ils seraient chez lui le soir.
Asgrim fit aussitôt ses préparatifs. Il était dehors, quand Njal entra dans l'enceinte. Njal était vêtu d'un manteau bleu, il avait sur la tête un chapeau de feutre, et une petite hache à la main. Asgrim l'aida à descendre de cheval, le mena dans la maison, et le fit asseoir sur un siège élevé. Après eux entrèrent tous les fils de Njal, et Kari. À ce moment Asgrim sortit. Il vit Hjalti qui voulait s'en aller sans bruit, pensant qu'il y avait trop de monde. Asgrim prit son cheval par la bride, en disant qu'on ne lui avait pas permis de partir. Il fit mettre pied à terre à ses hommes, mena Hjalti dans la salle, et le fit asseoir à côté de Njal. Thorleif et ses hommes avaient pris place sur l'autre banc.
Asgrim s'assit sur un siège devant Njal: «Que te semble de notre affaire?» lui demanda-t-il. «Rien de bon, répondit Njal: car j'ai peur qu'il n'aient pas la chance pour eux, ceux qui ont part à cette querelle. Je voudrais, mon ami, te faire une demande, c'est de rassembler tous tes hommes, et de venir au ting avec moi.»--«C'est ce que je compte faire, dit Asgrim, et je te promets de plus que je n'abandonnerai jamais votre cause, tant que j'aurai quelques hommes pour me suivre.» Tous ceux qui étaient là le remercièrent, et dirent que c'était parler en brave homme.
Ils passèrent la nuit là. Le jour d'après, tous les gens d'Asgrim arrivèrent. Ils partirent tous ensemble, et chevauchèrent sans s'arrêter jusqu'au ting; leurs huttes étaient déjà dressées.