‹ La Saga de NjalChapitre 138 sur 155 · CXLII

CXLII

Le temps se passe et on vient au moment où les affaires doivent être jugées.

Des deux côtés, ils firent leurs préparatifs et s'armèrent. Ils avaient mis les uns et les autres des marques de ralliement à leurs casques.

Thorhal, fils d'Asgrim, lui dit: «Prenez garde d'aller trop vite, mon père, mais faites en toutes choses selon la loi. S'il survient quelque difficulté, faites-le moi savoir au plus vite, et je viendrai vous aider de mes conseils.» Asgrim et les siens le regardèrent. Son visage était rouge comme du sang, et de grosses gouttes, comme de la grêle, sortaient de ses yeux. Il se fit apporter sa lance, que Skarphjedin lui avait donnée; c'était le joyau le plus précieux qu'on pût voir.

Comme ils s'en allaient, Asgrim dit: «Mon fils Thorhal n'était pas à son aise quand nous l'avons laissé dans la hutte. Je ne sais ce qu'il médite de faire. Mais nous, allons trouver Mörd fils de Valgard, et ne pensons plus à rien d'autre; car c'est plus grosse affaire de s'en prendre à Flosi qu'à personne.»

Alors Asgrim envoya chercher Gissur le blanc, et Hjalti fils de Skeggi, et Gudmund le puissant. Ils vinrent tous ensemble et s'en allèrent sur le champ au tribunal des fjords de l'Est. Ils se mirent au Sud du tribunal. Flosi et tous ceux des fjords de l'Est prirent place au Nord. Il y avait là aussi, avec Flosi, ceux du Reykdal, de l'Öxfjord et de Ljosvatn. Il y avait aussi Eyjolf fils de Bölverk. Flosi se pencha vers Eyjolf et lui dit: «Voilà qui va bien, et je crois que les choses vont se passer comme tu l'as dit.»--«N'en dis rien à personne, dit Eyjolf; il nous faudra peut-être employer ce moyen.»

Mörd fils de Valgard prit des témoins; puis il somma tous ceux qui avaient à porter devant le tribunal des accusations entraînant la proscription, de tirer au sort, à qui porterait plainte le premier, qui ensuite, qui en dernier lieu. Il déclara qu'il faisait cette sommation selon la loi, devant le tribunal, de manière que les juges pussent l'entendre. On tira au sort, et il fut désigné pour porter plainte le premier.

Mörd fils de Valgard prit des témoins une seconde fois. «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je retire toutes les erreurs que je pourrais commettre en présentant cette affaire, en disant trop, ou mal. Je me réserve le droit de rectifier mes paroles, jusqu'à ce que j'aie présenté ma plainte dans la forme légale. Je vous prends à témoins de ceci, pour moi et pour tous ceux qui pourront avoir à récuser votre témoignage ou à en profiter.»

Mörd fils de Valgard prit encore des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme Flosi fils de Thord, ou tout autre qui s'est chargé de sa défense à sa place, d'entendre mon serment, et mon exposé de l'affaire, et aussi toutes les preuves que je me propose d'apporter contre lui. Je lui fais cette sommation selon la loi, devant le tribunal, et de manière que les juges puissent nous entendre de leur siège au tribunal.»

Mörd fils de Valgard parla encore: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je prête serment sur le livre, le serment prescrit par la loi, et que je jure devant Dieu de poursuivre cette affaire en la manière la plus véridique, la plus juste et la plus conforme à la loi, aussi longtemps que je serai mêlé à cette affaire.»

Après cela il dit encore: «J'ai pris à témoins Thorod, et aussi Thorbjörn; je les ai pris à témoins que j'ai porté plainte pour l'attaque, qualifiée par la loi, commise par Flosi fils de Thord, sur le lieu même où Flosi fils de Thord a commis cette attaque, qualifiée par la loi, sur Helgi fils de Njal, quand Flosi fils de Thord a fait à Helgi fils de Njal une blessure, soit à la tête, soit à la poitrine, soit aux membres inférieurs, blessure qui s'est trouvée être mortelle, et au moyen de laquelle Helgi a reçu la mort. J'ai dit que pour cette cause il méritait d'être proscrit, réduit à vivre dans les bois, qu'on n'eût ni à le nourrir, ni à le transporter, ni à l'aider en nulle manière. J'ai dit qu'il fallait que ses biens fussent confisqués, moitié pour moi, moitié pour les juges du district qui ont droit, d'après la loi, sur les biens saisis. J'ai porté plainte devant le tribunal de district de qui ressort l'affaire, selon la loi. J'ai porté plainte selon la loi. J'ai porté plainte de manière que tous pussent m'entendre, au tertre de la loi. J'ai cité Flosi fils de Thord en justice, cet été même, et j'ai demandé que la peine de la proscription lui fût appliquée dans son entier. J'ai porté plainte en vertu de la délégation de Thorgeir fils de Thorir. J'ai porté plainte dans les termes mêmes que je viens d'employer maintenant dans mon exposé de l'affaire. Et ma poursuite en proscription, ainsi engagée, je la porte devant le tribunal des fjords de l'est, à la charge de N... comme je l'ai déclaré le jour où j'ai porté plainte.»

Mörd dit encore: «J'ai pris à témoin Thorod, et aussi Thorbjörn; je les ai pris à témoins que j'ai porté plainte contre Flosi fils de Thord, pour avoir fait à Helgi fils de Njal une blessure soit à la tête, soit à la poitrine, soit aux membres inférieurs, blessure qui s'est trouvée être mortelle et au moyen de laquelle Helgi a reçu la mort, sur le lieu même où Flosi fils de Thord a commis sur Helgi, fils de Njal, une attaque qualifiée par la loi. J'ai dit que pour cette cause il méritait d'être proscrit, réduit à vivre dans les bois, qu'on n'eût ni à le nourrir, ni à le transporter, ni à l'aider en nulle manière. J'ai dit qu'il fallait que ses biens fussent confisqués, moitié pour moi, moitié pour les juges du tribunal de district qui ont droit, suivant la loi, sur les biens saisis. J'ai porté plainte devant le tribunal de district de qui ressort l'affaire, selon la loi. J'ai porté plainte selon la loi. J'ai porté plainte de manière que tous pussent m'entendre, au tertre de la loi. J'ai cité Flosi fils de Thord, en justice, cet été même, et j'ai demandé que la peine de la proscription lui fût appliquée dans son entier. J'ai porté plainte en vertu de la délégation de Thorgeir fils de Thorir. J'ai porté plainte dans les termes mêmes, que je viens d'employer maintenant dans mon exposé de l'affaire. Et ma poursuite en proscription ainsi engagée, je la porte devant le tribunal des fjords de l'est, à la charge de N..., comme je l'ai déclaré le jour où j'ai porté plainte.»

Alors ceux que Mörd avait pris à témoins quand il avait porté plainte s'avancèrent devant le tribunal, et prirent la parole en cette manière: l'un d'eux donna son témoignage, et tous deux ensuite le confirmèrent d'une seule voix: «Mörd a pris à témoins, dit le premier, Thorod, et moi qui m'appelle Thorbjörn,» et il ajouta le nom de son père, «Mörd nous a pris tous deux à témoins qu'il portait plainte contre Flosi fils de Thord, pour l'attaque, qualifiée par la loi, commise par lui sur Helgi fils de Njal, au lieu même où Flosi fils de Thord a fait à Helgi fils de Njal une blessure, soit à la tête, soit à la poitrine, soit aux membres inférieurs, blessure qui s'est trouvée être mortelle, et au moyen de laquelle Helgi a reçu la mort. Il a dit que pour cette cause Flosi méritait d'être proscrit, réduit à vivre dans les bois, qu'on n'eût ni à le nourrir, ni à le transporter, ni à l'aider en nulle manière. Il a dit qu'il fallait que tous ses biens fussent confisqués, moitié pour lui Mörd, moitié pour les juges du tribunal de district qui ont droit, suivant la loi, sur les biens saisis. Il a porté plainte devant le tribunal de district de qui ressort l'affaire, selon la loi. Il a porté plainte selon la loi. Il a porté plainte de manière que tous pussent l'entendre, au tertre de la loi. Il a cité Flosi, fils de Thord, en justice, cet été même, et il a demandé que la peine de la proscription lui fût appliquée dans son entier. Il a porté plainte en vertu de la délégation de Thorgeir fils de Thorir. Il a porté plainte dans les termes mêmes qu'il vient d'employer dans son exposé de l'affaire et que nous employons maintenant pour notre témoignage. Voici que nous avons déposé notre témoignage, dans les formes, et tout d'une voix. Et ce témoignage, ainsi conçu, nous le portons devant le tribunal des fjords de l'est, à la charge de N... comme Mörd l'a déclaré quand il a porté plainte.»

Une seconde fois ils déposèrent leur témoignage devant le tribunal, mettant la blessure la première, et l'attaque en dernier lieu, et se servant des même paroles que la première fois. Ils dirent qu'ils déposaient leur témoignage, ainsi conçu, devant le tribunal des fjords de l'Est, comme Mörd l'avait déclaré quand il avait porté plainte.

Alors, ceux que Mörd avait pris à témoins quand Thorgeir lui avait remis sa cause, s'avancèrent devant le tribunal. L'un des deux prononça le témoignage, et tous deux ensemble le confirmèrent tout d'une voix: «Mörd fils de Valgard et Thorgeir fils de Thorir, dirent-ils, nous ont pris à témoins que Thorgeir fils de Thorir avait remis aux mains de Mörd fils de Valgard, sa cause et son droit de poursuite contre Flosi fils de Thord, pour le meurtre d'Helgi fils de Njal. Il lui a remis sa cause de manière à le mettre en son lieu et place dans toute la procédure qui s'ensuivra. Il lui a remis sa cause pour la poursuivre ou pour faire la paix avec les mêmes droits que si c'était à lui Mörd, comme au plus proche, que la vengeance appartint. Thorgeir lui a remis sa cause selon la loi, et Mörd s'en est chargé selon la loi.» Et ils déposèrent leur témoignage ainsi conçu devant le tribunal des fjords de l'Est, à la charge de N... comme Thorgeir et Mörd les avaient mis en demeure de le faire, en les prenant à témoins.

On fit prêter serment à tous les témoins, avant de donner leur témoignage, et aux juges aussi.

Alors Mörd fils de Valgard prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que j'invite les neuf voisins du lieu du meurtre, que j'ai cités à comparaître dans cette affaire, quand j'ai porté plainte contre Flosi fils de Thord, à prendre place à l'ouest sur le bord de la rivière, et à se tenir prêts à faire leur déclaration. Je leur fais sommation selon la loi, devant le tribunal, et de manière que les juges puissent m'entendre.»

Encore une fois, Mörd fils de Valgard prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme Flosi fils de Thord, ou tout autre qu'il aurait chargé de sa défense en son lieu et place, d'avoir à reprocher la déclaration de ces hommes que j'ai placés à l'ouest, sur le bord de la rivière. Je lui fais sommation selon la loi, de manière que les juges puissent m'entendre de leur siège au tribunal.»

Mörd prit encore des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que voici terminée toute la procédure préparatoire à employer dans cette affaire: le tribunal sommé d'avoir à entendre mon serment, le serment prêté, la cause exposée, les témoins de la plainte produits, les témoins de la transmission des droits produits également, les voisins du lieu du meurtre invités à prendre place, Flosi sommé d'avoir à reprocher leur déclaration. Je prends ces hommes à témoins de tous ces préliminaires déjà accomplis, et encore de ceci, que je ne veux pas être réputé avoir abandonné la cause, si je quitte le tribunal pour apporter des preuves, ou pour tout autre motif.»

Alors Flosi et les siens allèrent à l'endroit où les voisins du lieu du meurtre étaient assis. Flosi dit: «Les fils de Sigfus doivent savoir si ces voisins du lieu du meurtre, qui ont été cités ici, l'ont été légalement.» Ketil de Mörk répondit: «Il y en a un parmi eux, qui a tenu Mörd fils de Valgard sur les fonts du baptême; il y en a un autre qui est son parent au troisième degré.» Et ils comptèrent les degrés de parenté, et confirmèrent leur dire par serment. Eyjolf prit des témoins, et constata que la déclaration des voisins était suspendue jusqu'à ce qu'on eût fini de les reprocher. Il prit des témoins une seconde fois: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je récuse ces deux hommes, et les ôte du nombre de ceux qui ont à faire la déclaration (et il les nomma par leur nom, et le nom de leurs pères) pour cette cause, que l'un est parent de Mörd au troisième degré, et l'autre son compère, à raison de quoi la loi me permet de les récuser. Vous êtes, selon la loi, incapables de prendre part à la déclaration; car vous voici récusés par un moyen légal. Je vous récuse donc, d'après la coutume de l'Alting et la loi du pays. Je vous récuse en vertu de la délégation de Flosi, fils de Thord.»

Alors tout le peuple éleva la voix, pour dire que la cause de Mörd était réduite à néant. Et tous étaient d'avis que la défense valait mieux que l'accusation.

Asgrim dit à Mörd: «Ils ne sont pas encore venus à bout de nous, quoiqu'il leur semble qu'ils avancent vite. Envoyons dire ceci à Thorhal mon fils, et sachons quel conseil il nous donnera.»

On envoya à Thorhal un homme sûr, qui lui dit par le menu où en était l'affaire, et comment Flosi pensait avoir réduit à néant la déclaration. Thorhal dit: «Je vais faire en sorte que la cause ne soit pas perdue pour cela; dis-leur de ne pas en croire les autres, s'ils leur font des chicanes; avec toute sa sagesse, Eyjolf s'est embrouillé. Retourne là bas au plus vite, dis à Mörd fils de Valgard de s'avancer devant le tribunal, et de prendre des témoins, comme quoi leur récusation est nulle,» et il lui dit en grand détail ce qu'il y avait à faire.

Le messager revint et leur dit les conseils de Thorhal. Alors Mörd fils de Valgard s'avança devant le tribunal et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je déclare la récusation d'Eyjolf fils de Bölverk nulle et de nul effet. Je me fonde sur ce qu'il a récusé ces hommes, non pour leur parenté avec le véritable plaignant, mais pour leur parenté avec celui qui s'est chargé de la cause. Je prends ceux-ci à témoins, pour moi et pour ceux qui pourraient avoir besoin de leur témoignage.» Puis il produisit le témoignage devant le tribunal. Après cela il vint à l'endroit où les voisins étaient placés, et dit à ceux qui s'étaient levés de se rasseoir, déclarant qu'ils avaient été bien et dûment choisis.

Alors tous dirent que Thorhal avait fait de grandes choses. Et il leur semblait à tous que la poursuite valait mieux que la défense.

Flosi dit à Eyjolf: «Penses-tu que ceci soit légal?»--«Certes je le pense, dit Eyjolf, et assurément nous nous étions trompés. Mais nous allons leur donner un nouvel assaut.» Et Eyjolf prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je récuse ces deux hommes du nombre de ceux qui ont à faire la déclaration» et il les nomma tous deux par leur nom «pour cette cause qu'ils sont habitants, mais non propriétaires. Je vous refuse à tous deux, le droit de prendre part à la déclaration, car vous voici récusés par un moyen légal. Je vous récuse donc, d'après la coutume de l'Alting, et la loi du pays.» Et Eyjolf dit à Flosi: «Ou je me trompe fort, ou ils n'arriveront pas à mettre ceci à néant ».

Et tous dirent que la défense valait mieux que l'accusation. Ils louaient grandement Eyjolf, et disaient qu'il n'avait pas son pareil pour sa connaissance de la loi.

Alors Mörd, fils de Valgard, et Asgrim fils d'Ellidagrim, envoyèrent dire à Thorhal ce qui s'était passé. Quand Thorhal eut entendu cela, il demanda si ces hommes avaient quelque bien. Le messager répondit que l'un deux, vivait de la vente de ses laitages, et possédait des vaches et des moutons. «L'autre, dit-il, possède le tiers des terres qu'il cultive, et il se suffit à lui-même. Lui et son bailleur ont un seul foyer, et un seul berger pour tous deux. Thorhal dit: «Il en sera comme tout à l'heure, et ils se sont trompés encore cette fois. Je n'aurai pas de peine à mettre ceci à néant, malgré tous les grands mots d'Eyjolf pour nous dire que ceci est légal. Et Thorhal dit au messager dans le plus grand détail ce qu'il y avait à faire.

Le messager revint, et dit à Mörd et à Asgrim ce qu'avait conseillé Thorhal. Mörd s'avança devant le tribunal et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je déclare la récusation d'Eyjolf fils de Bölverk nulle et de nul effet. Je me fonde sur ce qu'il a récusé, du nombre de ceux qui ont à faire la déclaration, des hommes qui en étaient légalement. Tous deux ont droit d'en être, celui qui possède trois cents de terres, ou davantage, quoiqu'il n'ait pas de bétail; et celui qui élève du bétail, quoiqu'il n'ait pas de terres à ferme.» Et il produisit le témoignage devant le tribunal. Puis il vint à l'endroit où les voisins étaient placés. Il leur dit de se rasseoir, et qu'ils étaient bien et dûment choisis pour faire la déclaration.

Alors il s'éleva une grande clameur. Tous disaient que la cause de Flosi et d'Eyjolf était en mauvais point, et ils étaient d'accord pour dire que l'accusation valait mieux que la défense.

Flosi dit à Eyjolf: «Ceci est-il légal?» Eyjolf répondit qu'il n'était pas assez habile pour en être tout à fait sûr. Ils envoyèrent donc quelqu'un à Skapti, l'homme de la loi, pour lui demander si c'était légal. Il leur fit répondre que c'était bien selon la loi, quoique peu de gens en eussent connaissance. Et cela fut redit à Flosi et à Eyjolf.

Alors Eyjolf fils de Bölverk demanda aux fils de Sigfus ce qu'il en était des autres voisins cités. Ils dirent qu'il y en avait quatre cités à tort «car d'autres qui demeuraient plus près qu'eux sont à l'heure qu'il est dans leurs maisons.» Alors Eyjolf prit des témoins, et récusa les quatre hommes du nombre de ceux qui avaient à faire la déclaration, disant qu'il les récusait pour un motif légal. Après quoi il dit aux autres: «Vous êtes tenus de rendre justice aux deux parties. Il faut donc que vous vous présentiez devant le tribunal, quand on va vous appeler, et que vous preniez des témoins comme quoi vous vous trouvez dans l'impossibilité de faire votre déclaration, n'étant plus que cinq, quand vous devriez être neuf. Et maintenant Thorhal est capable de mener à bien tous les procès du monde, s'il trouve remède à ceci.»

Flosi et Eyjolf avaient l'air de gens qui sont sûrs de leur affaire. Il se fit une grande rumeur, et on disait que l'accusation de meurtre était réduite à néant, et que cette fois la défense valait mieux que la poursuite.

Asgrim dit à Mörd: «Il n'est pas dit qu'ils aient raison de se vanter si fort, tant que nous n'aurons pas fait savoir ceci à mon fils Thorhal. Njal m'a dit qu'il avait si bien instruit Thorhal dans la loi, qu'il serait le meilleur homme de loi de toute l'Islande, et qu'il le prouverait un jour.»

On envoya donc dire à Thorhal ce qui s'était passé, et l'insolence de Flosi et des siens, et le bruit qui courait que l'accusation de meurtre, portée par Mörd et Asgrim, était réduite à néant. «Ils auront du bonheur, dit Thorhal, si ceci ne tourne pas à leur honte. Va dire à Mörd qu'il prenne des témoins, et prête serment que le plus grand nombre des voisins a été bien et dûment choisi. Il produira ce témoignage devant le tribunal, et il déclarera qu'il est en droit de poursuivre l'accusation. Il aura à payer une amende de trois marcs pour chacun de ceux qu'il a cités à tort. Mais il ne pourra être poursuivi pour cela à ce ting.»

Le messager revint et redit à Mörd et à Asgrim, par le menu, toutes les paroles de Thorhal. Mörd s'avança devant le tribunal, il prit des témoins et prêta serment que le plus grand nombre des voisins avait été bien et dûment choisi. Il déclara qu'il était en droit de poursuivre l'accusation. «Et il faut, dit-il, que nos ennemis se vantent d'autre chose que de nous avoir trouvés en défaut grave.» Alors une grande clameur s'éleva: on disait que Mörd menait bien son affaire, et que Flosi et les siens n'avançaient qu'à force de chicanes et de détours.

Flosi demanda à Eyjolf si cela était légal. Eyjolf répondit qu'il n'en était pas sûr, et que c'était à l'homme de la loi à en décider. Alors Thorkel fils de Geitir alla de leur part dire à l'homme de la loi ce qui s'était passé, et il lui demanda si ce qu'avait dit Mörd était légal. Skapti répondit: «Il y a maintenant plus de gens habiles dans la loi que je ne croyais. Il faut bien le dire, ceci est légal de toute manière, et il n'y a pas moyen d'aller à l'encontre. Je croyais être le seul à savoir cela, depuis que Njal est mort; car lui seul, à ma connaissance, le savait.»

Thorkel retourna vers Flosi et Eyjolf et leur dit que la chose était légale. Alors Mörd fils de Valgard s'avança devant le tribunal et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme ces voisins, que j'ai cités ici quand j'ai intenté ma poursuite contre Flosi fils de Thord, de faire leur déclaration, soit pour, soit contre lui. Je leur fais sommation selon la loi, devant le tribunal, de manière que les juges puissent l'entendre de leur siège au tribunal.»

Alors les voisins de Mörd s'avancèrent devant le tribunal. L'un d'eux prononça la déclaration, et les autres la confirmèrent tout d'une voix. Ils parlèrent ainsi: «Mörd fils de Valgard nous a cités ici, nous neuf hommes libres. Nous voici cinq à présent, quatre d'entre nous ayant été récusés. On a constaté devant témoins l'absence de ces quatre qui devaient déposer avec nous. Nous avons maintenant à déposer notre déclaration, comme la loi nous y oblige. Nous avons été cités pour faire notre déclaration sur ce point, s'il est vrai que Flosi fils de Thord a commis sur Helgi fils de Njal une attaque qualifiée par la loi, sur le lieu même où Flosi fils de Thord a fait à Helgi fils de Njal une blessure, soit à la tête, soit à la poitrine, soit aux membres inférieurs, blessure qui s'est trouvée être mortelle, et au moyen de laquelle Helgi a reçu la mort. Mörd nous a sommés de n'omettre aucune des paroles que la loi nous oblige à prononcer, qu'il réclame de nous devant le tribunal, et qui sont de rigueur dans ces poursuites. Il nous a fait sommation selon la loi. Il nous a fait sommation de manière que nous pussions l'entendre. Il nous a fait sommation en vertu de la délégation de Thorgeir fils de Thorir. Voici maintenant que nous avons tous prêté serment, et rendu notre déclaration légale. Nous nous sommes mis d'accord, tous. Nous déposons donc notre déclaration, et nous la déposons contre Flosi fils de Thord. Nous déclarons qu'il est véritablement coupable dans cette affaire. Et nous déposons cette déclaration des neuf voisins, ainsi conçue, devant le tribunal des fjords de l'Est, à la charge de N... comme Mörd nous a sommés de le faire. Et ceci est notre déclaration.» Ainsi parlèrent-ils.

Une seconde fois ils déposèrent leur déclaration, mettant la blessure d'abord et l'attaque ensuite, et en se servant pour le reste des mêmes paroles que la première fois. Ils dirent qu'ils prononçaient contre Flosi, et qu'ils le déclaraient véritablement coupable dans cette affaire.

Mörd fils de Valgard s'avança devant le tribunal et prit des témoins, comme quoi les voisins qu'il avait cités, quand il avait intenté sa poursuite contre Flosi fils de Thord, avaient déposé leur déclaration contre lui, et avaient déclaré qu'il était véritablement coupable dans cette affaire. Il dit qu'il les prenait à témoins, pour lui et pour tous ceux qui pourraient avoir à profiter de leur témoignage, ou à le récuser.

Une seconde fois Mörd prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme Flosi fils de Thord, ou tout autre qui s'est chargé légalement de sa défense, de venir présenter ses moyens de défense contre l'accusation à lui intentée par moi; car voici accomplis tous les préliminaires que la loi nous obligeait d'employer dans cette affaire: tous les témoignages déposés, ainsi que la déclaration des voisins; et les témoins pris de la déclaration, comme de toutes les autres formalités remplies. S'il se présente dans leur défense telle chose qui me donne contre eux un nouveau motif de poursuite, je me réserve le droit d'en faire usage. Je fais sommation à Flosi, selon la loi, devant le tribunal et de manière que les juges puissent m'entendre.»

«Je ris d'avance, Eyjolf, dit Flosi, en pensant comme ils vont froncer les sourcils et se gratter la tête, quand tu vas présenter notre moyen de défense.»