XXXV
C'était la coutume entre Gunnar et Njal que chaque hiver, à tour de rôle, l'un des deux invitait l'autre à passer l'hiver chez lui, et c'était à cause de leur grande amitié. Cette année là Gunnar avait à recevoir l'hospitalité chez Njal, et ils partirent, lui et Halgerd, pour Bergthorshval. Helgi et sa femme n'étaient pas à la maison. Njal reçut bien Gunnar et sa femme. Et ils étaient là depuis quelque temps quand Helgi revint avec sa femme Thorhalla. Alors Bergthora alla au banc du fond, et Thorhalla avec elle, et Bergthora dit à Halgerd: «Il faut que tu fasses place à cette femme». Elle répondit: «Je ne ferai place à personne; car je ne suis pas une femme de peu qu'on met dans les coins»--«C'est moi qui commande ici» dit Bergthora. Après cela Thorhalla s'assit. Bergthora vint à la table avec le bassin à laver les mains. Halgerd prit la main de Bergthora et dit: «Vous allez bien ensemble, Njal et toi; tu as un ongle crochu à chaque doigt, et lui n'a point de barbe».--«C'est vrai, dit Bergthora, mais nous ne nous en faisons point de reproches l'un à l'autre; pour toi, ton mari Thorvald n'était pas sans barbe, et pourtant tu l'as fait tuer.»--«Il me sert de peu, dit Halgerd, d'avoir pour mari l'homme le plus brave d'Islande, si tu ne venges pas cela, Gunnar!» Gunnar se leva d'un bond; il quitta la table et dit: «Je m'en vais chez moi; et toi tu ferais mieux de te disputer avec tes gens que dans la maison des autres. Je suis redevable à Njal de toutes sortes d'honneurs, et je n'ai pas envie d'être ton jouet». Après cela, ils s'en allèrent chez eux. «Sache une chose, Bergthora, dit Halgerd, c'est que nous n'en avons pas fini». Et Bergthora lui répondit que son affaire n'en serait pas meilleure. Gunnar ne disait rien. Il revint à Hlidarenda et resta chez lui tout le long de l'hiver.
Et maintenant l'été s'approche et vient le moment d'aller au ting.