XL
Et voilà que la nouvelle arriva au ting. Njal se le fit dire trois fois. «Il y a plus de gens que je ne pensais, dit-il, qui deviennent des meurtriers.» Skarphjedin dit: «Il faut que cet homme ait été deux fois poltron pour se laisser tuer par notre père nourricier qui n'a jamais vu le sang de personne.» Et il chanta: «Je l'appellerai toujours deux fois poltron, cet homme, et je ris en y pensant. On aurait cru cela plutôt de nous autres qui sommes des hommes de meurtre, que de notre père nourricier.»
Njal dit: «Bien des gens croiront, avec l'humeur qu'on vous connaît; que c'est vous qui avez fait le coup. Vous en viendrez là avant qu'il soit longtemps, mais il y en aura qui diront que vous y étiez bien forcés». Alors ils allèrent trouver Gunnar et lui dirent le meurtre. Gunnar dit que ce n'était pas une grande perte: «Pourtant c'était un homme libre». Njal lui offrit la paix. Gunnar accepta et on convint qu'il prononcerait lui-même. Et tout de suite il fixa le prix à cent onces d'argent. Njal paya aussitôt, et ainsi la paix fut faite entre eux.