‹ La Saga de NjalChapitre 99 sur 155 · CII

CII

Voici que Gudleif se met à la poursuite de Galdrahjedin, il le trouve dans la plaine et lui donne la chasse jusqu'au Kerlingardal. Arrivé à une portée de trait, il lui lance un javelot, et le perce de part en part.

De là, ils allèrent à Dyrholm, où ils tinrent une assemblée. Thangbrand y annonça la foi, et baptisa Ingjald fils de Thorkel Hæyrartyrdil.

De là, ils allèrent dans le Fljotshlid, et y annoncèrent la foi. Là ils trouvèrent Vetrlidi le skald et son fils Ari, qui s'élevèrent grandement contre eux, et à cause de cela ils tuèrent Vetrlidi. Voici ce qu'on a chanté à ce sujet:

«Il est allé, celui qui faisait retentit son épée sur les casques, dans le pays du Sud. Il a terrassé l'enclume où se forgent les chants. Ses armes ont retenti sur le crâne d'un héros, de Vetrlidi le skald.»

De là Thangbrand vint à Bergthorshval, et Njal reçut la foi, avec toute sa maison. Mais Mörd fils de Valgard était fort contre eux.

Ils partirent de là et passèrent la rivière. Ils vinrent dans le Haukadal, où ils baptisèrent Hal, âgé de trois ans.

De là ils vinrent à Grimsnes. Thorvald le malade rassembla une troupe pour marcher contre eux, et il envoya un message à Ulf fils d'Uggi, pour l'engager à courir sus à Thangbrand, et à le tuer. Et voici le chant qu'il fit:

«Au loup qui jamais n'a peur, au terrible fils d'Uggi, moi qui brandis le fer, j'ai envoyé ce simple message: qu'il chasse celui qui est le proscrit des dieux, et qui a blasphémé Odin; et nous, nous chasserons l'autre.»

Ulf fils d'Uggi répondit par cet autre chant:

«Je me garderai bien d'accueillir ce cormoran, le message de cette bouche pleine d'artifice. Le hennissement du cheval a retenti; mais je le vois, ce serait ma perte. Il est dangereux de happer des mouches.»

«Je n'ai nulle envie, dit Ulf, de me laisser enjôler par ses belles paroles. Mais qu'il prenne garde que sa langue ne devienne un lacet autour de son cou.» Le messager retourna vers Thorvald, et lui dit les paroles d'Ulf. Thorvald avait déjà rassemblé beaucoup de monde: il annonça qu'il irait attendre Thangbrand dans les bruyères de Blaskog.

Thangbrand et Gudleif chevauchaient, venant du Haukadal. Ils virent un homme qui venait à leur rencontre. L'homme demanda Gudleif, et quand il fut près de lui, il lui dit: «Je viens t'avertir, Gudleif, pour l'amour que je porte à ton frère Thorgil, de Reykjahol, qu'ils t'ont préparé plus d'une embuscade, et voici que Thorvald le malade est avec sa troupe à Hestlæk, sur le Grimsnes.»--«Nous n'en irons pas moins tout droit à sa rencontre» dit Gudleif. Et ils descendirent vers Hestlæk. Thorvald était déjà là, et il avait passé le ruisseau. Gudleif dit à Thangbrand: «Voici Thorvald; courons à lui.» Thangbrand lança un javelot, qui transperça Thorvald, et Gudleif le frappa à l'épaule, et lui coupa un bras: il mourut sur le champ.

Après cela ils allèrent au ting, et il s'en fallut de peu que les parents de Thorvald ne vinssent les attaquer. Mais Njal et les gens de l'est prirent la défense de Thangbrand. Hjalti fils de Skeggi fit ce couplet:

«Je ne crains pas d'insulter les dieux. Je tiens Freyja pour une chienne. Ce sont des chiens tous deux, Odin et Freyja.»

Cet été là, Hjalti s'en alla à l'étranger, et aussi Gissur le blanc.

Cependant le vaisseau de Thangbrand se brisa au Bulandsnes, sur la côte de l'est: ce vaisseau s'appelait le Bison.

Thangbrand et ses compagnons parcouraient tout le pays de l'ouest. Steinunn, mère de Skaldref, vint à leur rencontre. Elle venait prêcher à Thangbrand la foi païenne, et elle lui parla longuement. Thangbrand se taisait pendant qu'elle parlait, mais ensuite il parla longuement à son tour, et retourna contre elle tout ce qu'elle avait dit. «Sais-tu, dit-elle, que Thor a défié Christ en combat singulier, et que Christ n'a pas osé se mesurer avec Thor?»--«Je sais, dit Thangbrand, que Thor n'eût été que cendre et poussière, si Dieu n'avait bien voulu le laisser vivre.»--«Sais-tu, dit-elle encore, qui a brisé ton vaisseau?»--«Qui dis-tu qui l'a fait?» demanda-t-il.»--«Je vais te le dire,» répondit-elle. Et elle chanta:

«Les dieux ont chassé les sonneurs de cloches comme le faucon du rivage; ils ont dispersé leurs vaisseaux, les bisons qui courent sur les vagues. Christ a refusé de boire avec les nôtres. Odin n'a pas épargné ses vaisseaux, les rennes de la mer.»

Elle chanta encore:

«Thor a arraché de leurs ancres les vaisseaux de Thangbrand. Il les a mis en pièces, et il les a brisés contre le rivage. Jamais plus les patins du Viking ne sillonneront les flots, car la tempête a été rude, et les a réduits en poussière.»

Après cela Thangbrand et Steinunn se séparèrent, et Thangbrand et les siens continuèrent leur route vers l'ouest, jusqu'au Bardastrand.

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