Chapitre 10 Mal de gorge - angine couenneuse :
Symptômes ; Moyens curatifs.
L’angine couenneuse, qui semble s’être implantée en France, a des symptômes particuliers qui la font facilement reconnaître.
L’enfant se plaint de mal de gorge, mais pas d’une manière vive.
Ce léger mal de gorge s’accompagne d’une altération extraordinaire du visage, de courbature et de malaise. La fièvre par sa violence n’est pas en harmonie avec le mal de gorge ; l’haleine est fétide.
La gorge est rouge à l’intérieur, à la place des amygdales.
Il y a de l’enflure à l’extérieur.
Si vous laissez marcher le mal, il se forme sur les amygdales, à l’intérieur, une tache blanchâtre semblable à une goutte de lait, précédée d’un engorgement des glandes du cou.
Si l’enfant a moins de deux ou trois ans, le traitement est difficile et pénible, parce qu’il faut agir par la force.
Si l’enfant a assez d’intelligence pour comprendre ce qu’on lui dit, et assez de docilité pour le faire, on peut avoir l’espérance d’arrêter cette terrible maladie au début.
Voici le traitement :
Tenir l’enfant au lit, les pieds bien chauds.
Faire prendre matin et soir un bain de pieds d’eau de savon, pendant un quart d’heure ; prendre garde que l’enfant n’ait froid pendant le bain.
Recoucher l’enfant dans un lit bassiné et mettre aux pieds une bouteille d’eau chaude.
Faire boire souvent une boisson acidulée ; la plus agréable est la limonade, pas trop sucrée et cuite, c’est-à-dire faite avec de l’eau bouillante qu’on jette sur des tranches de citron dont on a enlevé la peau.
Faire gargariser au moins trois fois par jour avec de l’eau fortement vinaigrée ; vous mettez un quart de vinaigre contre trois quarts d’eau.
Les enfants ne pouvant pas conserver longtemps la même gorgée, il faut leur en faire prendre trois ou quatre, qu’ils crachent successivement.
Il est inutile de faire chauffer l’eau ; il vaut même mieux qu’elle soit un peu fraîche.
S’il n’y a pas d’amélioration au bout d’une demi-journée, faites faire de l’eau d’orge, faites aciduler fortement par un pharmacien avec l’acide muriatique et sucrer avec du miel.
Si l’enfant n’aime pas le miel, sucrez avec du sucre, ou pas du tout si l’enfant le préfère.
Il faut tâcher que l’enfant n’avale pas ce gargarisme ; pourtant, s’il en avalait un peu, il n’y aurait pas mal sérieux à redouter ; quelques coliques peut-être.
Si l’enfant est trop jeune ou trop indocile pour se gargariser, prenez un petit bâton, comme un crayon ou un pinceau ; fixez au bout un tampon de charpie gros comme une petite noisette, trempez dans le gargarisme et passez dans la gorge de l’enfant, principalement sur les parties malades.
Ayez soin de fixer la charpie de manière qu’elle ne puisse se détacher du bâton, et ne serrez pas le bout ni le milieu, pour qu’elle puisse s’imbiber d’une plus grande quantité de gargarisme.
Recommencez trois fois par jour, jusqu’à ce que les symptômes fâcheux soient disparus.
S’il y a déjà une ou plusieurs taches blanches dans la gorge, vous prendrez, au lieu du gargarisme, du jus de citron, et vous y tremperez votre tampon.
Il faut alors procéder différemment pour bassiner la gorge.
Vous commencez par appuyer un côté du tampon sur la place blanche ; vous tournez le tampon sur l’escarre pour l’enlever et pour bien humecter ensuite la place de l’escarre avec le jus de citron.
Si un caustique plus énergique devient nécessaire, il ne peut être employé que par un médecin.
S’il y a plusieurs taches blanches, vous recommencez pour chacune la même opération, en ayant soin de tremper chaque fois votre tampon dans le jus de citron.
Souvent une seule opération suffit, mais il est plus prudent de la recommencer dix ou douze heures après.
Pour faire cette opération il faut être quatre ; une personne maintient les mains de l’enfant ; une autre lui maintient la tête ; une troisième cautérise d’une main, et de l’autre maintient avec le manche d’une cuillère la langue de l’enfant ; la quatrième personne tient la bougie pour éclairer la gorge.
Agissez avec promptitude et sans prévenir l’enfant. Plus vous irez vite, mieux l’enfant s’en trouvera.
Que tout soit prêt d’avance.
Tant que l’enfant a le visage altéré, l’haleine fétide, et la fièvre, il faut ne donner aucune nourriture, faire boire souvent et continuer le traitement.
S’il n’y a pas de garde-robe, donnez tous les jours un lavement d’eau et de lait.
Quand tous les mauvais symptômes ont disparu, qu’il ne reste plus qu’un peu de fièvre, si l’enfant demande à manger, vous pouvez lui donner du bouillon à l’oseille, ou aux herbes, et, peu d’heures après, une petite croûte de pain sec.
Pour les tout petits enfants, le traitement est indiqué ; il faut tout faire par la force.
Une chose très-utile dans la prévision de l’angine et de tout mal de gorge, c’est d’apprendre aux enfants, dès l’âge de quinze à dix-huit mois, à se gargariser ; ils le feront s’ils le voient faire.
J’ai eu récemment encore l’occasion de bénir l’heureuse prévoyance qui m’avait fait apprendre à mes petits-enfants à se gargariser. Je le faisais devant eux tous les matins à ma toilette, et ils l’ont fait par imitation ; une de mes petites-filles a été prise d’une angine couenneuse qui a été arrêtée dès son début par l’habileté de l’enfant à se gargariser et par sa docilité extraordinaire.
Je ne pense pas qu’on puisse prévenir l’angine couenneuse, mais on peut prendre des précautions préservatrices.
Il faut éviter de sortir les enfants par les temps de brouillard, par un vent froid, et par l’humidité du soir.
Il faut couvrir le cou et surtout la nuque.
Il faut assez couvrir les enfants pour qu’ils n’aient froid nulle part.
L’angine couenneuse est contagieuse.
Tant que la maladie dure, empêchez que les enfants sains ne soient en contact d’air et d’haleine avec l’enfant malade ; qu’ils couchent, qu’ils jouent dans une autre chambre et qu’ils ne se servent pas des verres ou des cuillères qui ont servi à l’enfant malade.
Il est utile, tant pour l’enfant malade que pour les personnes qui le soignent, de tenir les fenêtres ouvertes le plus possible. Si la saison trop froide ne le permet pas, renouvelez l’air, soit par des portes ouvertes, soit en ouvrant une fenêtre pendant quelques secondes seulement, trois ou quatre fois par jour ; mettez sur la tête et la figure de l’enfant un mouchoir pendant que la fenêtre est ouverte, pour qu’il ne sente pas l’air froid.
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