Chapitre 28 Dentition
Le travail des dents se fait sentir longtemps avant qu’elles soient percées ; il commence quelquefois à deux mois, le plus souvent à quatre, ou huit, quelquefois plus tard ; il ne faut pas s’inquiéter d’un retard.
Il y a des enfants qui ne percent leurs premières dents qu’à seize ou dix-huit mois, d’autres qui en ont à trois mois ; mon plus jeune fils en avait deux à deux mois ; les deux dentitions sont également difficiles.
Il y a trois époques de dentition :
La première, qui est la plus difficile à passer, est terminée généralement à trois ans ; elle se compose de vingt dents.
La seconde commence de quatre à cinq ans et se termine entre huit et neuf ; elle se compose de quatre grosses dents du fond nouvelles et de douze dents de devant, remplaçant celles de la première dentition.
La troisième commence de neuf à dix ans et se termine de douze à quatorze ; elle complète les vingt-huit dents, en donnant quatre dents du fond nouvelles et en remplaçant les huit dents de la première dentition, de telle sorte que les vingt dents de la première dentition se trouvent toutes remplacées.
Pendant ces trois dentitions, les enfants sont sujets à des toux qui souvent sont grasses dès l’origine comme une fin de rhume ; quelquefois elles sont et restent sèches, fréquentes, convulsives, et disparaissent subitement comme elles sont venues.
Les bains de son ou de tilleul, tièdes, sont toujours très-utiles pendant la dentition.
Le seul remède à faire est de donner soit du raisin dans l’automne, soit des cerises au printemps, soit tous autres fruits de la saison, pour rafraîchir et calmer.
À défaut de fruits, donnez du lait d’amandes léger. Pilez six amandes douces, une amande amère (après les avoir dépouillées de leur peau), et quand c’est bien pilé, versez dessus un verre d’eau chaude ; sucrez avec du sucre ordinaire ; l’enfant peut en boire deux ou trois verres par jour.
Pendant la dentition, les enfants sont sujets à des dérangements d’entrailles. Nous avons dit, dans un chapitre précédent, le régime et le traitement à suivre dans ce cas.
Enfin, la dentition amène mille indispositions, comme vomissements, accès de fièvre, écoulements d’humeurs. Il ne faut pas s’en effrayer, et il faut soigner ces maux passagers d’après les conseils indiqués aux chapitres précédents.
Ne permettez jamais à aucun médecin d’employer cette fatale mode anglaise, d’inciser les gencives de l’enfant comme moyen soi-disant excellent pour faciliter la sortie de la dent. Après l’incision, la gencive se cicatrise, devient plus dure qu’auparavant ; la dent a beaucoup plus de peine à percer cette peau durcie par la cicatrice, et l’enfant est plus exposé soit aux convulsions, soit aux autres maux amenés par la dentition.
Vous lui avez donc infligé une souffrance non seulement inutile, mais contraire au but que vous espériez atteindre.
Ne laissez pas non plus calmer l’agitation de l’enfant par l’opium, le sirop de pavot, diacode, et autres narcotiques qui peuvent amener des maladies graves à la tête.
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