Chapitre 4 De la nourriture
Il est non-seulement inutile, mais préjudiciable à la santé de l’enfant, soit de lui donner de la bouillie, soit de la soupe avant quatre ou cinq mois.
Quand on commence à faire manger l’enfant, il faut donner d’abord une demi-tasse à thé, au plus, de bouillie ou de soupe ; on augmente au bout d’un mois et graduellement on arrive, quand l’enfant a un an, à lui faire manger deux ou même trois assiettées de soupe ou de bouillie par jour, et des croûtes de pain dans l’intervalle.
Quand un enfant est sevré, donnez-lui trois soupes et trois tasses de lait réparties dans la journée.
Ne donnez jamais à manger la nuit ; au plus à boire de l’eau sucrée, ou de l’eau rougie, ou de l’eau panée, selon les habitudes de l’enfant.
Autant que possible, abstenez-vous de donner la nuit ni à manger ni à boire, à moins que l’enfant ne soit malade.
On croit donner des forces à un enfant en le faisant manger beaucoup, souvent et des choses succulentes ; on se trompe cruellement. Le moindre mal qui en résulte est une fatigue d’estomac qui se fait sentir plus tard par de fréquentes indigestions, par ce qu’on appelle délicatesse d’estomac.
Souvent les conséquences sont plus graves ; votre enfant a sans cesse le dévoiement ; il est pâle, grognon, c’est un enfant chétif au lieu d’être fort et gros, comme il annonçait devoir l’être en naissant. Il a des humeurs, des croûtes sur la figure, des écoulements d’oreille ; son humeur est triste, il est maussade et désagréable. Pourquoi ? parce qu’il surcharge son estomac, qu’il digère mal et qu’il est dans un état de malaise perpétuel.
Il est aussi dangereux d’alimenter trop fortement un enfant que de le mal nourrir ; il s’ensuit un trouble profond dans les organes de la digestion qui peut amener le rachitisme.
Ne donnez de la viande aux enfants que vers dix-huit mois ou deux ans, quand ils peuvent la mâcher. N’en donnez qu’une fois par jour les premiers six mois. Donnez-leur des soupes grasses, des panades, des œufs frais, des pommes de terre, des légumes sains, comme lentilles, haricots verts, chicorée, épinards, carottes. Pas de choux, de navets, de haricots secs, de pois, qui sont lourds et venteux.
Le laitage est bon pour les enfants, en petite quantité.
La pâtisserie ne vaut rien habituellement : on peut en donner par exception, c’est-à-dire une ou deux fois par mois.
Les bonbons de toute espèce sont détestables surtout entre les repas.
Un enfant de deux ans et au-dessus peut manger sans inconvénient quatre fois par jour ; le matin en se levant une soupe, soit grasse, soit au lait, soit une panade, selon son goût ; ou bien du café de glands avec du lait, ou bien, s’il le préfère, une bonne tartine de pain et de beurre.
Vers onze heures, une soupe et une côtelette de mouton ou autre viande, coupée bien menu pour suppléer au défaut de mastication de l’enfant.
Si l’enfant le préfère, de la viande suivie d’un plat de légumes. Du pain à volonté.
Les pommes de terre sous la cendre avec un peu de beurre, le riz à la créole (sauté dans du beurre), sont des mets excellents pour les enfants et qu’ils aiment généralement.
Deux plats, à ce second repas, suffisent grandement, surtout si on laisse toute liberté sur la quantité de pain. Le pain sec peut se donner toujours sans inconvénient quand l’enfant n’est pas malade.
Vers deux heures, un repas léger, soit une tasse de lait avec du pain à discrétion, soit du pain et des confitures, soit du pain et des fruits de la saison, en quantité modérée.
Vers six heures, une soupe, un plat de viande, un plat de légumes, du dessert.
Ne laissez pas veiller les enfants ; jusqu’à quatre ou cinq ans, couchez-les à sept heures l’automne et l’hiver ; entre sept et huit en été, selon le plus ou moins de disposition au sommeil.
Donnez très-rarement des choses fortes en vinaigre, des salaisons, de la cochonnaille, des épices, du vin pur, du café.
Défendez autant que possible les petites mangeailles entre les repas. C’est difficile à éviter toujours, mais que la règle soit de ne manger qu’aux repas.
En résumé, une nourriture simple, suffisante pour contenter l’appétit, et à des heures réglées.
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