‹ La suivanteChapitre 21 sur 50 · Scène IX

Scène IX

Théante, Damon

Théante

Ami, que tu m’as fait plaisir !

J’étais fort à la gêne avec cette suivante.

Damon

Celle qui te charmait te devient bien pesante.

Théante

Je l’aime encor pourtant ; mais mon ambition

Ne laisse point agir mon inclination.

Ma flamme sur mon cœur en vain est la plus forte,

Tous mes désirs ne vont qu’où mon dessein les porte.

Au reste, j’ai sondé l’esprit de mon rival.

Damon

Et connu…

Théante

Qu’il n’est pas pour me faire grand mal.

Amarante m’en vient d’apprendre une nouvelle

Qui ne me permet plus que j’en sois en cervelle.

Il a vu…

Damon

Qui ?

Théante

Daphnis, et n’en a remporté

Que ce qu’elle devait à sa témérité.

Damon

Comme quoi ?

Théante

Des mépris, des rigueurs sans pareilles.

Damon

As-tu beaucoup de foi pour de telles merveilles ?

Théante

Celle dont je les tiens en parle assurément.

Damon

Pour un homme si fin, on te dupe aisément.

Amarante elle-même en est mal satisfaite,

Et ne t’a rien conté que ce qu’elle souhaite :

Pour seconder Florame en ses intentions,

On l’avait écartée à des commissions.

Je viens de le trouver, tout ravi dans son âme,

D’avoir eu les moyens de déclarer sa flamme,

Et qui présume tant de ses prospérités,

Qu’il croit ses vœux reçus, puisqu’ils sont écoutés ;

Et certes son espoir n’est pas hors d’apparence ;

Après ce bon accueil et cette conférence,

Dont Daphnis elle-même a fait l’occasion,

J’en crains fort un succès à ta confusion.

Tâchons d’y donner ordre ; et, sans plus de langage

Avise en quoi tu veux employer mon courage.

Théante

Lui disputer un bien où j’ai si peu de part,

Ce serait m’exposer pour quelqu’autre au hasard.

Le duel est fâcheux, et quoi qu’il en arrive,

De sa possession l’un et l’autre il nous prive,

Puisque de deux rivaux, l’un mort, l’autre s’enfuit,

Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.

A croire son courage, en amour on s’abuse ;

La valeur d’ordinaire y sert moins que la ruse.

Damon

Avant que passer outre, un peu d’attention.

Théante

Te viens-tu d’aviser de quelque invention ?

Damon

Oui, ta seule maxime en fonde l’entreprise.

Clarimond voit Daphnis, il l’aime, il la courtise ;

Et quoiqu’il n’en reçoive encor que des mépris,

Un moment de bonheur lui peut gagner ce prix.

Théante

Ce rival est bien moins à redouter qu’à plaindre.

Damon

Je veux que de sa part tu ne doives rien craindre,

N’est-ce pas le plus sûr qu’un duel hasardeux

Entre Florame et lui les en prive tous deux ?

Théante

Crois-tu qu’avec Florame aisément on l’engage ?

Damon

Je l’y résoudrai trop avec un peu d’ombrage.

Un amant dédaigné ne voit pas de bon œil

Ceux qui du même objet ont un plus doux accueil :

Des faveurs qu’on leur fait il forme ses offenses,

Et pour peu qu’on le pousse, il court aux violences.

Nous les verrions par là, l’un et l’autre écartés,

Laisser la place libre à tes félicités.

Théante

Oui, mais s’il t’obligeait d’en porter la parole ?

Damon

Tu te mets en l’esprit une crainte frivole.

Mon péril de ces lieux ne te bannira pas ;

Et moi, pour te servir je courrais au trépas.

Théante

En même occasion dispose de ma vie,

Et sois sûr que pour toi j’aurai la même envie.

Damon

Allons, ces compliments en retardent l’effet.

Théante

Le ciel ne vit jamais un ami si parfait.

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