‹ La VeuveChapitre 21 sur 46 · Scène IV

Scène IV

Chrysante, Doris

Chrysante

Je meure, mon enfant, si tu n’es admirable !

Et ta dextérité me semble incomparable :

Tu mérites de vivre après un si beau tour.

Doris

Croyez-moi qu’Alcidon n’en sait guère en amour ;

Vous n’eussiez pu m’entendre, et vous garder de rire.

Je me tuais moi-même à tous coups de lui dire

Que mon âme pour lui n’a que de la froideur,

Et que je lui ressemble en ce que notre ardeur

Ne s’explique à tous deux point du tout par la bouche,

Enfin que je le quitte.

Chrysante

Il est donc une souche,

S’il ne peut rien comprendre à ces naïvetés.

Peut-être y mêlais-tu quelques obscurités ?

Doris

Pas une ; en mots exprès je lui rendais son change,

Et n’ai couvert mon jeu qu’au regard de Florange.

Chrysante

De Florange ? et comment en osais-tu parler ?

Doris

Je ne me trouvais pas d’humeur à rien celer ;

Mais nous nous sûmes lors jeter sur l’équivoque.

Chrysante

Tu vaux trop. C’est ainsi qu’il faut, quand on se moque,

Que le moqué toujours sorte fort satisfait ;

Ce n’est plus autrement qu’un plaisir imparfait,

Qui souvent malgré nous se termine en querelle.

Doris

Je lui prépare encore une ruse nouvelle

Pour la première fois qu’il m’en viendra conter.

Chrysante

Mais, pour en dire trop, tu pourras tout gâter.

Doris

N’en ayez pas de peur.

Chrysante

Quoi que l’on se propose,

Assez souvent l’issue…

Doris

On vous veut quelque chose,

Madame, je vous laisse.

Chrysante

Oui, va-t’en ; il vaut mieux

Que l’on ne traite point cette affaire à tes yeux.

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