‹ La VeuveChapitre 24 sur 46 · Scène VII

Scène VII

Chrysante, Philiste, Lycas

Chrysante

Mon fils, qu’avez-vous fait ?

Philiste

J’ai mis, grâces aux dieux, ma promesse en effet.

Chrysante

Ainsi vous m’empêchez d’exécuter la mienne.

Philiste

Je ne puis empêcher que la vôtre ne tienne ;

Mais si jamais je trouve ici ce courratier,

Je lui saurai, madame, apprendre son métier.

Chrysante

Il vient sous mon aveu.

Philiste

Votre aveu ne m’importe ;

C’est un fou s’il me voit sans regagner la porte :

Autrement, il saura ce que pèsent mes coups.

Chrysante

Est-ce là le respect que j’attendais de vous ?

Philiste

Commandez que le cœur à vos yeux je m’arrache,

Pourvu que mon honneur ne souffre aucune tache :

Je suis prêt d’expier avec mille tourments

Ce que je mets d’obstacle à vos contentements.

Chrysante

Souffrez que la raison règle votre courage ;

Considérez, mon fils, quel heur, quel avantage,

L’affaire qui se traite apporte à votre sœur.

Le bien est en ce siècle une grande douceur :

Etant riche, on est tout ; ajoutez qu’elle-même

N’aime point Alcidon, et ne croit pas qu’il l’aime.

Quoi ! voulez-vous forcer son inclination ?

Philiste

Vous la forcez vous-même à cette élection :

Je suis de ses amours le témoin oculaire.

Chrysante

Elle se contraignait seulement pour vous plaire.

Philiste

Elle doit donc encor se contraindre pour moi.

Chrysante

Et pourquoi lui prescrire une si dure loi ?

Philiste

Puisqu’elle m’a trompé, qu’elle en porte la peine.

Chrysante

Voulez-vous l’attacher à l’objet de sa haine ?

Philiste

Je veux tenir parole à mes meilleurs amis,

Et qu’elle tienne aussi ce qu’elle m’a promis.

Chrysante

Mais elle ne vous doit aucune obéissance.

Philiste

Sa promesse me donne une entière puissance.

Chrysante

Sa promesse, sans moi, ne la peut obliger.

Philiste

Que deviendra ma foi, qu’elle a fait engager ?

Chrysante

Il la faut révoquer, comme elle sa promesse.

Philiste

Il faudrait donc, comme elle, avoir l’âme traîtresse.

Lycas, cours chez Florange, et dis-lui de ma part…

Chrysante

Quel violent esprit !

Philiste

Que s’il ne se départ

D’une place chez nous par surprise occupée,

Je ne le trouve point sans une bonne épée.

Chrysante

Attends un peu. Mon fils…

Philiste, à Lycas.

Marche, mais promptement.

Chrysante, seule.

Dieux ! que cet emporté me donne de tourment !

Que je te plains, ma fille ! Hélas ! pour ta misère

Les destins ennemis t’ont fait naître ce frère ;

Déplorable, le ciel te veut favoriser

D’une bonne fortune, et tu n’en peux user.

Rejoignons toutes deux ce naturel sauvage,

Et tâchons par nos pleurs d’amollir son courage.

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