‹ La Vie ambiguëChapitre 26 sur 80 · XXVIII – De la Princesse Krivobokaia

XXVIII – De la Princesse Krivobokaia

(Reçue 26 septembre.)

Que pouvez-vous faire jusqu’à présent à Peterhoff, chère Comtesse ? Je trouve le temps long à ne pas vous voir, et nos séances, sans vous, sont peu actives ; ces dames ne font rien et déjà se querellent.

La comtesse Anna Mikhaïlovna ne nous donne pas de repos. Son gendre Varaxine n’a pas été promu chambellan pour le 30 août, et elle devient maintenant méchante, archi-méchante. Pour comble de malheur, cet imbécile d’Optine l’a appelée dans un procès-verbal Anna Feodorovna : elle était si mécontente que j’ai dû aller chez elle pour demander pardon. Mais la plus grande histoire est arrivée à propos de Nina. On m’avait dit qu’il ne fallait pas la recevoir ; mais elle a commencé par m’envoyer 500 roubles au profit de notre Société, et, le lendemain, elle est venue me faire visite : comment ne pas la recevoir ? Naturellement, elle voulait être membre de notre Société. Mais quand, à la séance suivante, j’y ai fait quelques allusions, Anna Mikhaïlovna a tellement crié que j’ai été obligée de me taire. Que faire ? Je ne voudrais pas renvoyer l’argent. – Optine me présente des comptes d’apothicaire, et notre caisse est toujours vide, – et il n’est pas convenable de prendre l’argent et de ne pas recevoir comme membre la donatrice. Alors j’ai usé de ruse ; j’ai convoqué une réunion, hier, à huit heures, sachant bien qu’Anna Mikhaïlovna ne viendrait pas de si bonne heure.

Dès que la baronne Vizen et Viéra Bélevskaia ont été là, j’ai déclaré la séance ouverte et aussitôt j’ai proposé Nina. Ces dames ont consenti : Viéra par bonté, et la baronne pour contrarier Anna Mikhaïlovna, et j’ai immédiatement ordonné à Optine de dresser le procès-verbal. Anna Mikhaïlovna est arrivée à neuf heures, et quand on a lu le résultat du scrutin, elle était verte de rage. Il sera intéressant d’assister à sa rencontre, demain, avec Nina. Chère Comtesse, venez à la séance.

Votre E. KRIVOBOKAIA.

P.-S. – La baronne Vizen m’a dit en secret que Piotre Ivanovitch appelle notre société « La Société du sauvetage de la belle-mère pour quelques heures ».

On croirait que je l’ennuie souvent de mes visites !

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