‹ La Vie ambiguëChapitre 29 sur 80 · XXXIII – De Maria Ivanovna Boiarova

XXXIII – De Maria Ivanovna Boiarova

(Reçue le 10 novembre.)

Combien je suis attristée de ton départ, chère Kitie ! et quel ennui que notre partie de plaisir soit manquée ! Comme il a tombé de la neige hier, nous avions décidé, Kostia et moi, de t’inviter : nous aurions été à quatre, non pas au théâtre, mais aux Iles, en troïka, et on eut soupé quelque part : c’eût été charmant.

Kostia jure que son frère attendait ce jour avec autant d’impatience que sa promotion d’officier, et voilà que, brusquement, tout se détraque pour une vétille. Je ne te comprends pas de vouloir aller si loin pour assister à un enterrement : maintenant que ta tante est bien morte, ta présence là-bas ne changera rien à rien. Et songe que, la semaine prochaine, il y aura un grand dîner chez Nina Karskaïa ; le soir, des Italiens chanteront. Sa première soirée n’était, comme dit la baronne Vizen, qu’une colombe d’essai : elle voulait savoir sur qui elle peut compter ; et maintenant, pour le concert, elle n’invite que ce qu’il y avait là de plus sélect. En janvier, elle donnera un grand bal. On ne peut pas dire qu’elle agisse maladroitement. Qui aurait pu croire qu’elle se montrerait encore ! Nicodime surtout, qui, pour des raisons ignorées, a tant d’influence, l’a beaucoup aidée, et Nina, par contre, lui a donné pas mal d’argent pour son hôpital. De l’argent ! toujours de l’argent ! Avec l’argent on peut tout se permettre. C’est triste, mais c’est ainsi !

La baronne dit que tu es sur la liste des invités. Tu manquerais une soirée si intéressante ? Envoie donc ton mari aux obsèques : ce sera excellent pour le comte de se promener un peu ; – il y a un siècle qu’il n’a quitté Pétersbourg. Réponds-moi.

Ta MARY.

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