‹ La Vie de bohèmeChapitre 4 sur 5 · Acte IV

Acte IV

CHEZ M DE ROUVRE.

COLLINE, SCHAUNARD.
Ils entrent chacun d’un côté

Schaunard, entrant par le fond.

Tiens ! Colline dans le monde !

Colline, entrant par le deuxième plan à droite.

Tiens ! Schaunard déguisé en homme bien mis !

Schaunard.

Mde Rouvre m’a prié de tenir le piano, et par amitié pour Rodolphe… Mais, du reste, c’est la dernière fois ; ça m’ennuie d’aller dans le monde… ça entraîne dans des dépenses !… Je suis venu en omnibus.

Colline.

Tu as fait un tour dans les salons… que dis-tu de cette fête ?…

Schaunard.

Ça manque de punch… Comment es-tu venu ici ?

Colline.

Je suis venu par les quais…

Il tire un livre de sa poche.

Schaunard.

As-tu vu Rodolphe ?

Colline.

Où cela ?

Schaunard.

Ici… il doit y venir… Il est en retard… mais je comprends… ils se sont oubliés… Rodolphe est allé dîner avec Marcel au café Anglais.

Colline.

Allons donc !

Schaunard.

C’est l’oncle qui est l’amphitryon.

Colline.

M. Durandin !… je marche sur la corde raide de la surprise.

Schaunard.

Mais tu ne sais donc rien ?… Rodolphe est maintenant au mieux avec son oncle, et une feuille ordinairement bien informée annonce son mariage avec M de Rouvre comme très-prochain.

Colline.

Te railles-tu de la philosophie ?

Schaunard, le prenant sous le bras et se promenant avec lui.

Pas le moindrement… Voici l’anecdote… elle est triste comme tout… Le divorce a été mis à exécution ; Musette s’est sauvée par le trou de la serrure, et Rodolphe a quitté Mimi… J’ai été chargé d’apprendre la nouvelle à la petite… et comme elle est toujours souffrante, elle s’est trouvée mal… ça m’a attendri… je l’ai plantée là.

Colline.

Mais c’est donc une débâcle d’amour ?

Schaunard.

Musette est fiancée à un lord de première classe… je l’ai rencontrée l’autre jour aux Champs-Élysées, dans un équipage superbe, à côté de son Anglais. C’est un homme bien élevé… il m’a invité à dîner… ils sont proprement logés.

Colline.

Et Rodolphe ?

Schaunard.

Son oncle jette l’argent à plusieurs mains pour le distraire… Rodolphe partage tout avec Marcel, et depuis deux jours ce sont des lions superbes ; ils ressemblent à des gravures de modes, ils font comme moi, ils cherchent à griser leur amour… Oh ! Phémie !…

Baptiste en grande livrée et portant un plateau, entre par le fond.

les mêmes, BAPTISTE.

Schaunard, à Baptiste.

Qu’est-ce que c’est que ça ?

Baptiste.

Des glaces, monsieur.

Schaunard.

Et le punch ?

Baptiste.

Je n’en ai plus, monsieur… ces dames ont tout pris.

Schaunard.

Tiens, c’est Baptiste.

Baptiste.

Hélas ! oui, monsieur…

Colline lui donne une poignée de main.

Schaunard.

Baptiste avec une livrée ! ah ! fi !

Baptiste.

Monsieur, j’ai eu de l’ambition, j’en suis bien puni… La vie est insupportable ici… Tout est convenu et arrangé d’avance : on déjeune tous les matins et on dîne tous les soirs… je ne pourrai jamais m’habituer à ce régime-là.

Schaunard.

Reviens avec nous alors… ça te changera.

Baptiste.

J’y rêve, monsieur ; mais je voudrais y rentrer avec des titres à votre estime ! car j’ai eu des torts, monsieur… vous les connaîtrez tôt ou tard.

Schaunard.

Je te les pardonne à une simple condition… va me chercher du punch.

Baptiste.

On va en composer, monsieur ; mais, en attendant, si vous vouliez une glace ? C’est aussi échauffant, je l’ai lu dans l’école de Salerne… (Il remonte.)

Colline, au fond.

Qu’est-ce qui arrive là ? Eh ! c’est Rodolphe et Marcel.

Schaunard, à part.

Je ne veux pas qu’ils me reconnaissent… je vais mettre des gants… (Il en met un.)

les mêmes, MARCEL, RODOLPHE, très-élégans, le lorgnon à l’œil, ils entrent par le fond. Après leur entrée, Baptiste sort.

Marcel.

Entrons-nous ?

Rodolphe.

Tout-à-l’heure ; je craindrais de n’être point assez gentilhomme vieux Sèvres.

Marcel.

Colline !

Rodolphe.

Schaunard !…

Il leur donne une poignée de main.

Schaunard, à part.

Je suis reconnu… je puis ôter mon masque…

Il ôte son gant.

Colline, les contemplant.

Le portrait n’était pas flatté… cette toilette est très-habitable.

Marcel.

Oui ; nous avons fait quelques réparations locatives.

Rodolphe, remettant son lorgnon dans l’œil.

Nous nous sommes fait poser des carreaux.

Colline.

Le bruit court à la Bourse que vous avez dîné au café Anglais ; on croit à un cataclysme, et l’on se dépêche de vendre.

Marcel.

Allons, M. Durandin fait convenablement les choses.

Rodolphe.

Ma foi, oui ; on est très-bien dans cette taverne ; on peut dîner pour quinze francs.

Schaunard.

Combien de fois ?

Marcel.

Une seule… sans le vin.

Schaunard.

Sans le vin ?

Rodolphe.

Nous y retournerons, n’est-ce pas, Marcel ?

Marcel.

Nos moyens nous le permettent…

Il frappe sur son gousset.

Schaunard.

Si nous y retournions tout de suite ?

Rodolphe.

Nous y souperons, si vous voulez, en sortant d’ici.

Colline.

Nous souperons donc deux fois ?

Schaunard.

Je n’y vois pas d’inconvénient… D’ailleurs, ce sera un déjeuner, car il va être tout-à-l’heure demain matin.

Rodolphe.

Eh bien ! c’est convenu.

Schaunard.

Ce n’est pas une plaisanterie ?… tu as des valeurs officielles et ayant cours ?…

Marcel.

Il est cousu d’or.

Schaunard.

Il faudra le découdre… Je demande à voir comment c’est fait… (Il prend quelques pièces d’or dans le gilet de Rodolphe.) Que c’est donc joli, ces médailles !… Dire qu’il y a un pays où c’est des cailloux !… J’ai eu un parent qui en avait beaucoup ramassé ; mais il a été enterré dans le ventre des sauvages… Ça a fait bien du tort à la famille… (À Rodolphe, en remontant.) Je te devrai ça… J’ai rencontré un Russe dans un des salons de jeu… Je vais venger la Pologne !…

Il salue M. Durandin, qu’il rencontre en sortant par le fond.

RODOLPHE, COLLINE, DURANDIN, un Domestique.

Durandin, entrant par le fond avec un domestique.

Vous disposerez tout ici…

Le domestique sort par la gauche.

Marcel.

Eh ! c’est ce bon M. Durandin !

Durandin, descendant.

Messieurs…

Marcel.

M. Durandin, permettez-moi de vous présenter M. Colline, un de nos amis…

Colline passe près de Durandin.

Durandin, à Colline.

Touchez là, monsieur, je vous prie… (Colline, interdit, cherche quelques paroles, et n’en trouvant pas, se contente de saluer gauchement. À Rodolphe.) M de Rouvre va se rendre dans ce salon avec quelques intimes… Nous allons prendre le thé ici, en petit comité… Si tu le veux, tu vas faire mourir de jalousie tous ses adorateurs… M de Rouvre ne demande pas mieux.

Rodolphe.

Moi, je ne désire la mort de personne, mon oncle.

Durandin.

Ah ! dis-moi : connais-tu la valse ?…

Rodolphe.

Oui… de réputation.

Marcel, passant à Durandin.

La valse est le pas de charge de l’amour…

Il remonte.

Colline.

Quelle heureuse définition !

Durandin, à Rodolphe.

Tu inviteras M de Rouvre… elle l’adore.

Rodolphe.

C’est convenu.

Marcel, bas à Rodolphe.

Mais tu n’as jamais valsé !

Rodolphe.

Ça ne fait rien… j’inventerai un pas, et je l’appellerai le pas des regrets.

Durandin.

Ah ! ça, est-ce que tu penserais encore à…

Rodolphe.

À Mimi ?… ah ! par exemple ! je ne me souviens même pas de son nom.

Durandin.

Àla bonne heure !… On se dirige de ce côté… sois aimable.

Rodolphe.

Je tâcherai, mon oncle… (Durandin remonte avec Colline. Rodolphe et Marcel regardent en dehors, à droite, deuxième plan. — À Marcel.) Ah ! vois donc cette jeune femme qui a des roses dans les cheveux…

Marcel.

Justement c’est celle que je regardais.

Rodolphe.

Ne trouves-tu pas qu’elle ressemble à Mimi ?

Marcel.

Non… je trouve qu’elle ressemble à Musette.

les mêmes, M DE ROUVRE, donnant le bras à UN MONSIEUR ; quelques Invités, Domestique servant le thé, puis SCHAUNARD.

Musique à l’orchestre ; entrée par le fond, les domestiques par la gauche.

Le monsieur, en entrant, à M de Rouvre.

Madame, la musique m’a toujours paru quelque chose de fabuleux… j’aurais beaucoup aimé être musicien…

Rodolphe s’est approché de M de Rouvre ; il la salue.

Mde Rouvre, à Rodolphe.

Vous venez bien tard, monsieur.

Rodolphe.

Madame !…

Mde Rouvre, à Rodolphe.

Si j’ai réuni quelques privilégiés ici, c’est pour vous entendre.

Rodolphe.

Comment, madame ?

Mde Rouvre.

C’est un piège, monsieur… Le poète m’a fait hier une promesse, et je me propose de la lui rappeler.

Rodolphe.

Je ne comprends pas, madame.

Mde Rouvre.

Vous êtes bien oublieux, monsieur…

Ils continuent bas.

Le monsieur, qui causait avec Colline.

Comment, monsieur, vous savez le chinois !… c’est fabuleux… J’aurais beaucoup aimé savoir le chinois…

Colline.

Je vous l’apprendrai.

Durandin, apportant du thé à M de Rouvre.

Madame, voulez-vous me permettre ?…

Mde Rouvre, prenant la tasse.

M. Durandin, n’est-ce pas que votre neveu me doit quelque chose ?

Durandin.

Comment donc, madame… mais il vous doit beaucoup… et si vous le voulez, il vous devra bien davantage.

Mde Rouvre, à Durandin.

J’accepte le madrigal… (À Rodolphe.) Mais je ne vous tiens pas quitte du sonnet.

Durandin.

Ah ! oui… un sonnet… je me souviens…

Mde Rouvre fait un signe à Baptiste, qui lui apporte un album.

Mde Rouvre.

Voyons, monsieur… cela nous fait tant de plaisir, et vous coûte si peu !

Rodolphe, se défendant.

Madame… de grâce…

Durandin.

Nous ne t’écoutons pas.

Une dame.

Nous écoutons, au contraire.

Mde Rouvre.

Vous ne pouvez plus reculer…

Les domestiques ont préparé le guéridon avec deux fauteuils.

Marcel, à Rodolphe, en riant.

Allons, M. le poète !

Rodolphe, bas.

Comment ! tu te mêles aussi à mes ennemis ?

Marcel.

Certainement… il ne faut pas laisser refroidir l’enthousiasme.

Rodolphe, bas.

Ah ! c’est comme ça !… eh bien ! attends… (À M de Rouvre.) Madame, vos désirs sont des ordres pour nous… et voilà M. Marcel, un de nos premiers crayons, qui réclame avec empressement une feuille de votre album.

Marcel, le poussant, bas.

Qu’est-ce que tu dis donc ?

Mde Rouvre.

Ah ! monsieur… je n’osais pas vous le demander…

Marcel.

Madame…

Durandin.

Bravo ! bravo !…

Marcel, bas à Rodolphe.

Que le diable t’emporte !

Le Monsieur

Vous me ferez mon profil…

Marcel.

Vous ne savez pas dessiner ?

Le Monsieur.

Non… mais je l’aurais bien aimé.

Marcel.

J’en étais sûr… (Il lui tourne le dos.)

Durandin.

Baptiste ! des plumes, de l’encre…

Rodolphe, riant.

Et des crayons !…

Mde Rouvre, à Marcel et à Rodolphe.

Pardonnez-nous, messieurs… mais, vous le savez, c’est la mode à Paris.

Rodolphe.

Oui, c’est vrai… Au Bengale, on trouve des tigres… dans l’Atlas, des lions… dans les marais du Nil, des caïmans… et au milieu de Paris, couché sur la molle ottomane des boudoirs tendus de rose, il existe quelque chose de plus redoutable que les monstres du désert et de l’onde…

Mde Rouvre, riant et lui donnant l’album.

C’est l’album.

Baptiste, apportant les plumes, qu’il pose sur le guéridon.
— Bas à Rodolphe.

Voilà les instrumens de torture.

Tous.

Écoutons…

Marcel, s’asseyant de l’autre côté, à part.

Je suis fâché d’être venu… (Durandin a donné une plume à Rodolphe ; il offre un crayon à Marcel.) Bien obligé…

Schaunard, à part, se levant.

Oh ! le supplice de l’album va commencer… je vais fumer une pipe dans la cour…

Il remonte et s’esquive par la porte de gauche.

Marcel, à part.

Ah !… elle veut un dessin… je tiens mon sujet…

Rodolphe, écrivant.

Voulant mettre une étoile à son bandeau, la reine

Fait venir un plongeur et lui dit : Vous irez
Dans le palais humide où chante la sirène,
Cueillir la perle blonde et me l’apporterez.
Le plongeur, descendu sous le flot qui l’entraîne
Parmi le sable d’or et les coraux pourprés,
Cueille la perle blonde, et pour sa souveraine,
La rapporte captive en des étuis nacrés.

Durandin, bas à Marcel dont il regardait le dessin.

Que faites-vous donc, monsieur ?

Marcel.

Ah ! vous m’avez poussé !…

Il continue à dessiner.

Rodolphe, continuant à écrire.

Le poète ressemble à ce plongeur, madame,
Et si votre caprice en souriant réclame
Un vers qui doit partout dire votre beauté…
Esclave obéissant, au fond de sa pensée,
Écrin où dans l’amour la rime est enchâssée,
Il plonge et va chercher le joyau souhaité.

Tous.

Bravo !… bravo !

Le Monsieur.

Ça rime très-bien d’un bout à l’autre… c’est fabuleux !…

Mde Rouvre, se levant et serrant la main de Rodolphe. Bas.

Merci, mon poète !… (Rodolphe se lève.)

Marcel, se levant.

Voilà qui est fini !… (Tout le monde s’est levé.)

Mde Rouvre.

Voyons votre dessin, M. Marcel ?…

Marcel donne l’album à M de Rouvre, et se lève.

Durandin, bas à Marcel.

Êtes-vous fou, monsieur ?

Marcel.

Pourquoi ça ?

Mde Rouvre.

C’est fort joli !… Quel est ce portrait ?

Marcel.

Un souvenir.

La Dame.

Ah !… voyons !…

Mde Rouvre, à Rodolphe.

Qu’avez-vous donc ?

Rodolphe.

Rien, madame… (Il s’éloigne d’un pas. Bas à Marcel.) Le portrait de Mimi.

Marcel, bas.

Sur l’album de M de Rouvre… c’est drôle, n’est-ce pas ?

Mde Rouvre, qui a regardé Rodolphe avec défiance, à part.

Il s’est troublé !… (bas à Durandin.) C’est le portrait de cette fille, n’est-ce pas ?…

Durandin, embarrassé.

Mais… pardonnez-moi…

Mde Rouvre, bas.

J’en suis sûre…

Le Monsieur, à Marcel, qui s’est assis sur le canapé de droite.

Comment appelez-vous cette chose que ce monsieur vient de réciter ?

Marcel.

C’est un sonnet.

Le Monsieur.

Ah !… c’est un sonnet… il est fort joli ! mais il n’est pas assez long.

Marcel, étonné.

C’est un sonnet…

Le Monsieur.

J’entends… mais je dis : Il n’est pas tout-à-fait assez long.

Mde Rouvre, à part.

Oh ! je saurai s’il l’aime encore !

Rodolphe, qui s’est approché.

Madame, vous paraissez souffrir.

Mde Rouvre, émue.

Oui… la chaleur…

Rodolphe lui offre son bras et la conduit à la fenêtre, qu’il ouvre.

Le Monsieur, à Marcel.

Ah ! monsieur, j’aurais beaucoup aimé faire de la poésie.

Il fait une pirouette et remonte.

Marcel.

Ouf !…

Mde Rouvre, qui regarde au dehors.

Ah !… (À Rodolphe.) Veuillez me préparer encore un peu de thé… (Rodolphe s’éloigne un peu d’elle et va à la console de gauche. — À part.) Je ne me trompe pas… c’est elle avec M. Schaunard.

Rodolphe, à M de Rouvre, tout en préparant une tasse de thé.

Vous trouvez-vous mieux, madame ?

Mde Rouvre, très troublée.

Oui… oui, monsieur… beaucoup mieux… (Se penchant davantage en dehors de la croisée. — À part.) Ils parlent à une femme de chambre… Celle-ci leur indique l’escalier de service… Ils viennent !… Cette fille chez moi… Ah ! c’est trop d’audace !… elle la payera cher !… (Rodolphe s’approche d’elle, elle s’éloigne vivement de la fenêtre.) Merci, monsieur, c’est inutile… Mais la valse commence… et vous m’avez engagée… je crois… (Elle passe à droite.)

Rodolphe.

Je suis à vos ordres, madame…

Il remet la tasse sur la console.

Mde Rouvre, allant rapidement à Durandin, bas.

Emmenez tout le monde.

Durandin.

Oui, madame… (À part.) Je ne comprends pas…

Il remonte.

Marcel, se levant, à Rodolphe qui est venu près de lui.

Je vais à la bouillotte… Tu me relèveras dans un quart d’heure… (Il sort par le fond.)

Durandin, au fond.

Allons, messieurs, le salon vous réclame… l’orchestre commande, il faut obéir !…

Mde Rouvre, en sortant et en regardant la porte à gauche, par où doit entrer Mimi, à part.

M Mimi… à tout-à-l’heure !

BAPTISTE, rangeant la table au fond ; SCHAUNARD, puis MIMI.

Schaunard, entrant le premier par la gauche, et parlant à la cantonade.

Il n’y a personne… entrez !… (Mimi paraît.) Quel enfantillage ! Rester dans la cour de l’hôtel par un froid pareil !

Baptiste, avec surprise, à part.

M Mimi ici !… ma victime !…

Schaunard, à Mimi.

Asseyez-vous… (Il va regarder au fond.)

Mimi, s’asseyant sur le canapé de droite.

Mais si on venait ?…

Baptiste.

Il n’y a pas de danger.

Mimi, vivement.

Où est Rodolphe ?

Baptiste.

Où ?… il valse avec M de… (Schaunard le pousse. Se reprenant.) Non… il ne valse pas avec M de Rouvre… Comme vous avez froid !… Voulez-vous que j’aille vous chercher un bouillon ?

Mimi.

Mon bon Baptiste !

Baptiste, à part, et gagnant la gauche.

Elle m’appelle son bon Baptiste… c’est affreux !… (Haut. — Ouvrant la porte de gauche.) Je reviens tout de suite… (Il sort vivement.)

MIMI, SCHAUNARD.

Schaunard.

Vous sentez-vous mieux ?

Mimi.

Pas trop…

Schaunard.

Oh ! ça ne sera rien… ça ne sera… (À part.) Je ne sais pas consoler les femmes… (Haut.) Voyons, Mimi, ne pleurez pas comme ça.

Mimi.

Ça me fait du bien… Il ne m’aime plus, n’est-ce pas ? Vous m’avez dit de sa part qu’il avait la preuve que je le trompais… que j’avais assez de la vie avec lui ?… Qu’est-ce qui lui a fait croire ça, hein ?

Schaunard.

Dame ! vous ne vouliez pas porter de chapeau de paille en hiver.

Mimi, se levant et passant à gauche.

Oh ! oui, je sais… des bêtises… mais tout ça c’était des prétextes. Oh ! si je pouvais lui parler… Mais non, en quittant toutes ces belles dames il me trouverait laide… Est-ce que j’ai les yeux rouges ?

Schaunard.

Mais, dame !… pas mal comme ça.

Mimi.

J’ai tant pleuré !… je l’ai attendu deux jours et deux nuits… Enfin, aujourd’hui j’ai appris qu’il allait au bal chez M de Rouvre… je n’y ai pas tenu… il a fallu que je vienne… si je ne le vois pas, vous le verrez, vous, dites-lui bien que je n’ai rien fait… qu’il ne me reprenne pas, s’il ne veut pas ; mais qu’il ne croie pas que je l’ai trompé !… Je sais bien qu’il ne peut pas rester avec moi toujours… on me l’a dit… j’ai compris ça… Je voulais bien le quitter pour son bonheur… mais qu’il me croie coupable !… oh ! je ne le veux pas !

Schaunard.

Vous lui direz tout ça vous-même ; je vais le chercher.

Mimi, l’arrêtant.

Non, non… décidément, je n’ose pas… si on le voyait avec moi, ça le contrarierait peut-être, et il ne m’aimerait plus du tout !… Ne lui dites pas que je suis là… je suis superstitieuse, vous savez… eh bien ! si le hasard l’amène, je croirai que le bon Dieu veut nous raccommoder… Ne lui dites rien.

Schaunard.

Dame ! si ça vous va mieux… mais si on vous voit ?…

Mimi.

On me verra.

Schaunard.

Alors, je vous quitte… Il y a longtemps que je n’ai paru au buffet ; je crains que mon absence soit remarquée. Adieu, Mimi… ça s’arrangera, allez !

Mimi.

Vous croyez ?…

Schaunard, à part.

Je suis bête avec les femmes !…

Il se dirige vers la deuxième porte de droite.

Mimi.

Et Phémie ?…

Schaunard, près de sortir.

Phémie !… elle est dans la cavalerie… (Il sort.)

BAPTISTE, MIMI.

Baptiste, rentrant par la gauche avec une assiette qu’il pose sur le guéridon.

Il n’y a plus de consommé… mais voici une charlotte… Ah ! M Mimi… consolez-vous, allez… bientôt vous serez heureuse…

Mimi.

Comment ?

Baptiste.

Laissez-moi faire… d’abord, je vais apprendre à M. Rodolphe que vous êtes ici… (Mouvement de Mimi.) Ne craignez rien… je n’ai qu’un mot à lui dire pour qu’il tombe à vos pieds.

Mimi.

Est-il possible ?

Baptiste.

J’en suis sûr.

Mimi.

Oh ! que je suis heureuse !… mon cœur bat à m’étouffer.

Baptiste.

Calmez-vous… voulez-vous un verre d’eau ?

Mimi.

Oui, pour mes yeux… Est-ce qu’on voit encore que j’ai pleuré ?

Baptiste.

Mais, oui… Tenez, là, vous trouverez tout ce qu’il faut.

Il va ouvrir la première porte à droite.

Mimi.

Ya-t-il un miroir ?

Baptiste.

Il y en a deux… Allez… pendant ce temps-là je chercherai M. Rodolphe et je vous l’amènerai.

Mimi.

C’est ça… hâtez-vous…

Elle entre dans le cabinet à droite.

BAPTISTE, puis MIMI, ensuite M DE ROUVRE et RODOLPHE.

Baptiste, seul.

Le moment est venu d’exécuter mon projet… c’est Calas et M. de Voltaire qui me l’ont suggéré… Je veux réhabiliter cette enfant… (Il va pour sortir par le fond. — Regardant au dehors.) Ah ! mon Dieu ! quel contretemps ! M. Rodolphe et M de Rouvre qui se dirigent de ce côté… (Courant à la première porte de droite et frappant.) Mademoiselle !… mademoiselle !…

Mimi, ouvrant la porte et entrant.

Quoi donc !

Baptiste, très-troublé et regardant toujours vers le fond.

J’ai réfléchi. Vous ferez mieux d’attendre M. Rodolphe en bas… c’est bien plus ingénieux.

Mimi.

Vous me cachez quelque chose… (Elle remonte malgré Baptiste.) Ah ! je comprends !… M de Rouvre et Rodolphe.

Baptiste.

Ils vont venir dans ce salon.

Mimi.

C’est bien… (Elle rouvre la porte de droite.)

Baptiste.

Mais…

Mimi, avec calme.

Je veux rester… (Elle rentre.)

Baptiste, à part.

Mais, mon Dieu !… elle va entendre…

Mde Rouvre, à part.

Elle est là !…

Baptiste, à part.

Il faut que je prévienne M. Rodolphe… Comment faire ?… (Il cherche à s’approcher de Rodolphe.)

Mde Rouvre, le devinant.

Laissez-nous.

Baptiste, même jeu.

Pardon, madame… c’est que…

Il passe à gauche.

Mde Rouvre, impérativement.

Sortez donc !…

Baptiste, à part.

Qu’est-ce que ça va devenir ?…

Il sort par la gauche et emporte l’assiette qu’il avait apportée.

M DE ROUVRE, RODOLPHE.

Mde Rouvre, à Rodolphe, en le conduisant vers le guéridon où se trouve l’album.

M. Rodolphe, vous allez savoir pourquoi je vous ai amené dans ce salon… (Lui montrant le dessin de Marcel.) Quelle est cette femme ?

Rodolphe, souriant.

Vous le savez aussi bien que moi, madame, puisque vous me le demandez.

Mde Rouvre.

Ceci est subtil, mais c’est vrai… Soyez donc franc jusqu’au bout… Dites-moi… est-ce que c’est arrivé votre histoire avec cette petite… comment donc ?… Mimi, je crois ?…

Rodolphe.

Mimi… Oui, madame.

Mde Rouvre.

C’est historique ?

Rodolphe.

Comme Charlemagne.

Mde Rouvre.

Vous l’aimiez ?

Rodolphe.

Madame…

Mde Rouvre.

L’aimiez-vous ?

Rodolphe.

On le disait.

Mde Rouvre, après un moment de dépit.

Elle est jolie ?

Rodolphe, embarrassé.

Très-jolie !… Mais désirez-vous vous asseoir, madame ?

Il veut la conduire sur le canapé de gauche.

Mde Rouvre, vivement.

Merci !… Elle a des yeux bleus ?

Rodolphe.

Non, madame, noirs.

Mde Rouvre.

Bien grands ?

Rodolphe.

Des yeux tout autour de la tête !

Mde Rouvre.

Vous m’impatientez !

Rodolphe, lui prenant les mains qu’il admire.

C’est toujours Pradier qui vous fournit vos mains, madame ?

Mde Rouvre.

Vous les trouvez jolies ?… Plus jolies que celles de M Mimi ?

Rodolphe.

Les siennes étaient moins bien mises.

Mde Rouvre, ironique.

Point gantées ?

Rodolphe.

Pardon, madame, gantées… de baisers…

Il baise les mains de M de Rouvre.

Mde Rouvre, avec dépit, et retirant ses mains.

J’ai mes fournisseurs… (Rodolphe sourit. — Avec coquetterie.) Voyons, Rodolphe… Aimez-vous encore M Mimi ?

Rodolphe.

Madame, je ne dois plus l’aimer… et peut-être l’ai-je aimée plutôt pour moi que pour elle.

Mde Rouvre, avec un mouvement de satisfaction contenu.

Ah ! asseyons-nous donc… (Elle l’entraîne sur le canapé de droite, près de la chambre où est Mimi. Ils s’asseyent.) Vous dites l’avoir aimée plutôt pour vous que pour elle ?… Quelle passion est cela ?

Rodolphe.

Passion de poète, passion d’artiste… c’est-à-dire ce qu’il y a de plus beau…

Mde Rouvre.

Et de plus faux à la fois.

Rodolphe.

Oui, madame, car c’est la perpétuelle exploitation du cœur par l’imagination.

Mde Rouvre, avec intention.

Vous reniez donc votre amour ? Vous convenez donc que ce n’était qu’un caprice, une fantaisie ?

Rodolphe.

Peut-être…

Mde Rouvre.

Ce que vous aimiez en elle, c’était donc sa beauté ?…

Musique à l’orchestre.

Rodolphe.

Oui, sa beauté, sa jeunesse, l’éclat de son sourire, la fanfare de sa gaieté.

Mde Rouvre.

Enfin, vos amours étaient de ceux qui naissent au printemps avec la première feuille et meurent à l’hiver avec la première neige.

Rodolphe.

Qu’y faire ?… Voyez-vous, madame, l’amour dans une petite chambre visitée du soleil et de la bise aussi… l’amour qui s’attable à un couvert frugal et boit dans le même verre… cet amour-là est quelque chose de charmant quand on est encore sous le soleil levant de la première jeunesse… Mais il arrive un jour où l’orgueil de l’esprit commence à disputer au cœur la liberté de ses sympathies et de ses enthousiasmes… Alors, tout change !… le naïf vous paraît vulgaire… le caquetage d’une jolie bouche vous semble monotone, et vous commencez à trouver tiède le baiser de sa lèvre ardente…

Il entoure la taille de M de Rouvre.

Mde Rouvre, se tournant du côté de la porte.

Rodolphe !…

Rodolphe, se penchant sur son épaule.

C’est alors qu’on rêve un autre amour… Celui qui marche sur les tapis, se drape dans la soie ou le velours, se constelle de diamans, va au bois, à l’Opéra, parle un langage pur, écrit sur vélin couronné de vignettes héraldiques, et s’appelle d’un nom qui a ses entrées dans l’histoire…

Rodolphe, se levant aussi.

Il y a quelqu’un là ?

Mde Rouvre.

Ma femme de chambre…

Marcel, en dehors.

Un rentrant à la bouillotte !

Mde Rouvre, un peu agitée.

On vous appelle, quittons-nous… Je vous reverrai tout-à-l’heure… Allez, allez… à bientôt !

Rodolphe. À bientôt !…

Il lui baise la main et sort par le fond.

M DE ROUVRE, MIMI.

Mde Rouvre, à part.

La voilà !

Mimi, apercevant M de Rouvre.

Pardon, madame.

Mde Rouvre.

Vous cherchez quelqu’un.

Mimi.

Oui, madame… je cherche Rodolphe.

Mde Rouvre.

M. Rodolphe, voulez-vous dire…

Mimi.

Pour moi, c’est Rodolphe tout court… je suis la petite dont vous parliez tout-à-l’heure.

Mde Rouvre.

Attendez donc… mademoiselle…

Mimi.

Mimi ! vous le savez bien, madame !

Mde Rouvre.

Mademoiselle… songez où vous êtes !

Mimi.

Je m’en souviendrai, madame… si on ne me le fait pas oublier !

Mde Rouvre.

Que désirez-vous ?

Mimi.

Je veux mon amant, madame !… (M de Rouvre fait un mouvement pour se retirer. Mimi se place en face d’elle et lui barre le passage.) Ne vous en allez pas, madame… ou je crie !

Mde Rouvre.

Du scandale !

Mimi.

Tant pis ! je veux mon amant !

Mde Rouvre.

Vous êtes folle, mademoiselle.

Mimi.

Ça se peut bien !

Mde Rouvre.

Je suis désolée de vous le dire, mademoiselle ; mais vous devez comprendre que M. Rodolphe ne désire pas cette rencontre… (Montrant le cabinet.) Vous étiez là, vous avez dû entendre. Je pensais que cela devait vous suffire !… (Elle va s’asseoir sur le canapé de gauche.) M. Rodolphe ne vous aime plus… que voulez-vous que j’y fasse ?

Mimi.

Oh ! si, madame, il m’aime toujours ! L’accent avec lequel il disait ne plus m’aimer me prouve le contraire !

Mde Rouvre, froidement.

Non-seulement il ne vous aime plus… mais il en aime une autre !

Mimi, riant convulsivement.

Vous, peut-être ! Ha ! ha ! ha ! vous me faites rire, tenez !… Je ne suis qu’une petite fille, un enfant perdu en venant au monde, j’ignore le beau langage et les belles manières, et cependant Rodolphe m’a adorée ! oui, madame, adorée ! ce n’est pas trop dire… Aussi n’est-ce pas en quatre jours qu’il pourra m’oublier et en aimer une autre… À celle qui se croirait aimée de lui, je dirais : Il vous trompe et se trompe lui-même… ne l’écoutez pas ; car vous ne tarderez pas à vous apercevoir que vous n’êtes pour lui qu’une distraction… et cela vous ferait de la peine.

Mde Rouvre.

Continuez, mademoiselle… vous m’amusez beaucoup.

Mimi.

Non, madame, je ne vous amuse pas… au contraire… Si Rodolphe ne vous aime pas… que voulez-vous que j’y fasse ?… Il sera peut-être votre mari… il était mon amant !… C’était un poète… il deviendra un homme d’affaires… Au reste, cela arrive, et nous autres grisettes, comme vous dites vous autres grandes dames, nous avons souvent le dessus du panier de vos amours.

Mde Rouvre, se levant.

C’est tout ce que vous avez à me dire, mademoiselle ?

Mimi, un peu intimidée.

Pardon, madame, si je vous ai parlé ainsi… mais tout ce que je vous ai dit, j’en suis sûre, voyez-vous.

Mde Rouvre.

Je vous ai écoutée jusqu’au bout… Vous êtes venue me conter vos petites affaires, que je ne vous demandais pas… Je vous ai répondu, c’est beaucoup, croyez-le… Restons-en donc là… Si je parlais, je pourrais détruire des illusions que vous vous obstinez à conserver… et cela vous ferait de la peine, comme vous me le disiez tout-à-l’heure… Permettez-moi donc de me retirer.

Mimi.

Soit… mais laissez-moi voir Rodolphe !

Mde Rouvre, passant à droite.

Vous désirez qu’il vous répète ce qu’il disait tout-à-l’heure ?

Mimi.

Quoi ?

Mde Rouvre.

Je m’en souviens, moi : l’amour dans une petite chambre visitée de soleil !…

Mimi.

Je sais !…

Mde Rouvre.

Mais bientôt on rêve un autre amour… Vous comprenez, mademoiselle ?

Mimi.

Eh bien ! oui, c’est vrai… les diamans, la toilette, les belles choses… je n’ai rien de tout cela ; mais j’ai le dévouement qui peut les remplacer.

Mde Rouvre.

Croyez-vous donc que votre amour vaille le sacrifice de son avenir ?… (Musique à l’orchestre.)

Mimi

Oh ! mon Dieu ! c’est donc vrai, puisque tout le monde me le dit ?… (Haut.) Mais je ne puis me passer de lui, madame ! mais cet amour, c’est tout mon bonheur !

Mde Rouvre.

Que c’est bien là le cri de votre égoïsme !… Tenez, vous ne savez pas ce que c’est que le dévouement… votre cœur est trop étroit pour le contenir !

Mimi, égarée.

Assez, madame !… Vous ne croyez pas à mon dévouement, demain vous y croirez… et Rodolphe aussi y croira… Adieu, madame… aimez-le bien !…

Elle sort vivement par la gauche.

M DE ROUVRE, BAPTISTE.

Mde Rouvre, très-agitée.

Baptiste, descendez à l’instant, et suivez une jeune fille qui va sortir de l’hôtel.

Baptiste, à part.

M Mimi… ah ! mon Dieu !

Mde Rouvre, avec emportement.

Allez donc !…

Baptiste sort en courant par la gauche.

Mde Rouvre.

Son adieu m’a frappée au cœur !

Rodolphe, entrant vivement par le fond, à part.

Qu’ai-je appris ?… ces lettres n’étaient que mensonges… Mimi est innocente… et elle était là !…

Mde Rouvre.

Elle n’y est plus, monsieur.

Rodolphe.

Quoi ! vous saviez ?…

Mde Rouvre.

Eh bien ! oui, je le savais… il faut choisir entre vos deux maîtresses, monsieur ! je ne veux pas d’une semblable rivale !…

Elle tombe assise sur le canapé de droite.

Rodolphe.

Une rivale ! ah ! oui… Vous l’avez chassée, madame… les larmes de cette enfant ne vous ont pas touchée.

Mde Rouvre.

Les miennes vous toucheraient-elles, monsieur ?…

Durandin paraît au fond avec Marcel et Colline.

Rodolphe.

Eh ! madame, ce n’est pas votre amour qui pleure… c’est votre orgueil.

Mde Rouvre.

Monsieur !…

Durandin Marcel et Colline entrent vivement.

Durandin, courant à Rodolphe.

Qu’est-ce donc ? qu’y a-t-il ?

Rodolphe.

Laissez-moi, votre conduite est indigne.

Durandin.

Monsieur !

Marcel.

Mon ami !

Rodolphe.

Cette fille que j’aimais… que j’aime encore… vous l’avez calomniée.

Mde Rouvre.

Comment ?

Baptiste, entrant par la petite porte de droite, à Rodolphe.

Ah ! monsieur… je crains qu’il ne soit arrivé un malheur… M Mimi…

Rodolphe.

Eh bien ?

Baptiste.

Je l’ai vue sortir en courant, j’ai voulu la suivre, mais dans l’obscurité l’ai perdue…

Marcel, Colline et Baptiste vont à la fenêtre.

Rodolphe, avec douleur.

Mimi !… (À Durandin et M de Rouvre.) Entendez-vous ? en ce moment elle meurt peut-être, victime de votre amour et de votre perfidie…

Mde Rouvre.

Vous êtes chez moi, monsieur !

Rodolphe.

Oui, madame, de votre perfidie… car elle était là… et elle m’a entendu quand je la reniais lâchement.

Mde Rouvre.

Pour qui donc, monsieur ?

Rodolphe, bas à M de Rouvre.

Pour une autre qui me renie à son tour. Adieu, madame… Vous me disiez tout-à-l’heure de choisir…

Mde Rouvre, qui vient d’arracher le portrait de Mimi de l’album, le froissant et le jetant aux pieds de Rodolphe.

Je ne vous le dis plus !… Adieu, monsieur !

Durandin, à Rodolphe.

Allez, monsieur, continuez votre existence de désordre, votre belle vie de Bohême… Tout est fini entre nous.

Rodolphe, à Durandin.

Gardez votre argent… (À M de Rouvre.) Gardez votre orgueil… moi, je garde mon amour !…

Baptiste, arrêtant Schaunard, bas.

Monsieur, vous n’auriez pas besoin d’un domestique ?

Schaunard.

Si, quelquefois… pour m’avancer de l’argent sur ses gages…

Baptiste fait signe que ça lui va, et se dispose à le suivre.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

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