‹ L’Abbé de LamennaisChapitre 2 sur 2 · NOTE SUR L’AUTOGRAPHE.

NOTE SUR L’AUTOGRAPHE.

M. Dentu fils, libraire au Palais-Royal, a bien voulu nous communiquer une lettre écrite par M. de Lamennais à l’époque de ses plus beaux jours de ferveur chrétienne. Elle est adressée à M. de Nugent, que de cruelles épreuves avaient dégoûté du monde et qui voulait chercher le repos et des consolations dans une retraite religieuse. M. de Lamennais l’y exhorte vivement. Il nous a paru curieux de montrer quel était alors le langage de l’homme qui a refusé les sacrements de l’Église à son heure suprême.

M. de Lamennais a signé de la Mennais jusqu’en 1848. À cette époque, il a supprimé la particule et adopté l’orthographie républicaine, qu’il a conservée depuis.

Voici dans toute sa teneur la lettre adressée à M. de Nugent, et dont il ne nous a été possible de donner qu’un extrait ci-contre.

Paris, 6 juin 1849.

Je pars dans un moment, monsieur ; je n’ai que le temps de vous adresser la lettre que vous désiriez pour M. l’abbé Frayssinous. Depuis hier, j’ai pensé bien des fois à vous avec autant de respect que de tendresse. Je vous porterai tous les jours à l’autel, n’en doutez pas. De grâce, ne différez point d’accomplir ce que Dieu demande de vous ; je vous en conjure en son nom, et c’est en son nom aussi que je vous promet un bonheur tel que vous n’en avez pas goûté depuis longtemps. Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Adieu, monsieur ; je suis à jamais à vous.

Dimanche.

L’a. F. de la Mennais.

« Prêtre paradoxal, dissemblable à lui-même ; philosophe-théologien, combattant la raison par la tradition, et prouvant la tradition par la raison ; républicain, soumettant la souveraineté du peuple à un pontife par son propre droit souverain. Papiste, allant à Rome proposer un duel mystique au pape ; traducteur de « l’Imitation de Jésus-Christ, »

Le baron Massias, Coups de pinceau historiques.

« L’abbé de Lamennais est une sorte de Diderot catholique ; s’il continuait, nous tremblerions qu’il ne devînt l’autre. Sa célébrité est supérieure à son génie. S’il n’y prend garde, elle se modifiera beaucoup avec le temps. »

Madrolle, Défense de l’ordre social.

« Le Diderot catholique et le Rousseau en soutane, dit Quérard dans une brochure publiée en 1849, est aujourd’hui un Babeuf en rabat. »

— Que pensez-vous des Paroles d’un Croyant ? demandait-on à Jules Lechevalier. — C’est l’Évangile diabolique de la science sociale, répondit-il, l’Apocalypse du démon.

Chateaubriand s’écria : — Mais à quoi songe donc ce prêtre ? Il ouvre un club sous un clocher !

— Bon ! dit Michaud, voilà 93 qui fait ses Pâques !

M. de Sainte-Beuve, seul, l’illustre critique actuel du Moniteur, aujourd’hui homme d’ordre par excellence, approuvait cette œuvre antisociale et impie. Il se chargeait d’aller corriger les épreuves chez Pagnerre, éditeur du livre, et préparait dans la Revue des Deux-Mondes, un article flamboyant pour lancer la première édition.

Un poëte anonyme, de cette époque, indigné des insinuations perfides de l’auteur des Paroles d’un Croyant pour exciter les classes indigentes contre les riches, envoya les vers suivants à M. de Lamennais :

S’il est vrai que, courbé sous des lois homicides,
Le pauvre est là qui meurt de faim,

Pour apaiser le cri de ses entrailles vides,
De grands mots galopant sur des coursiers sans bride
Ne valent pas un peu de pain.
Et du pain, ce n’est pas des phrases factieuses,
Des déclamations furibondes et creuses,
Effets tirés sur lui par la mauvaise foi.
Tes pamphlets qu’il achète à l’étal de Pagnerre
Sont un dernier impôt levé sur la misère,
Et ne profiteront qu’à Pagnerre et qu’à toi.

« Voilà l’ex-abbé La Mennais, qui met décidément « le Peuple constituant, » journal socialiste, au-dessus de l’Évangile.

« L’Évangile est un petit livre qui obtint autrefois à son apparition une certaine vogue ; il eut douze éditeurs, nommés apôtres, qui le répandirent dans le petit univers alors connu. Ces éditeurs furent décapités ou crucifiés à cause de ce livre, ce qui n’est jamais arrivé encore au gérant du journal de M. La Mennais, ni à M. La Mennais lui-même.

« Chez les Corinthiens, les Galates, les Éphésiens, les Alexandriens, le petit volume fut tiré à un nombre inouï d’exemplaires. Des légions romaines qu’on appelait la Foudroyante et la Victorieuse, ayant pour

« Entre autres choses remarquables, ce livre disait : Celui qui s’abaisse sera exalté, celui qui s’élève sera abaissé. — Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais point qu’il te fût fait. — Heureux ceux qui souffrent parce qu’ils seront consolés. — Aimez Dieu et votre prochain, voilà la loi des prophètes.

« L’ex-abbé La Mennais arrive mil huit cent quarante-huit ans après l’Évangile, et publie le Peuple constituant, feuille socialiste adressée nécessairement

« L’ex-abbé de La Mennais est un homme de talent et de style, qui paraît garder un ressentiment profond de ce qu’on ne l’a pas nommé pape. »

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