‹ L’Affaire ÉdouardChapitre 18 sur 39 · Scène III

Scène III

CHARANÇON, SAMUEL, GRATIN

Gratin, entrant avant que Samuel ait eu le temps de sortir, il tient un paquet à la main. — Mes amis, vous aviez laissé la clé sur la porte !

Samuel. — Non, c’est le concierge.

Gratin remet la clé à Samuel.

Charançon, à Samuel. — Tiens ! va toujours préparer les couverts à la cuisine.

Samuel. — C’est ça !

Il sort par la porte, 2 plan.

Gratin, dépliant le paquet dans lequel est un homard. — Voilà le homard demandé !

Charançon. — Eh bien, tu y as mis le temps !

Gratin. — J’ai dû aller aux Halles ! L’épicier d’à côté m’en a montré un pas beaucoup plus gros que ça, il en voulait huit francs, c’était exorbitant ! Celui-là, là-bas, six francs !

Charançon, se fouillant. — Alors, c’est six francs que je te dois ?

Gratin. — Ah ! non ! deux francs de voiture pour aller, deux francs pour revenir, ça fait dix francs.

Charançon. — Eh bien, tu aurais mieux fait de prendre le plus gros pour huit francs.

Gratin. — Ah ! que c’est bête ! Je n’y ai pas pensé !

Samuel, passant la tête par la porte de l’office. — Oùs qu’est le légumier ?

Charançon. — Est-ce que je sais, moi, sans doute avec les assiettes.

Samuel. — Et les assiettes ?

Gratin. — Eh bien, avec le légumier !

Samuel. — Merci ! Eh bien, le premier que je rencontrerai me dira où sont les autres.

Il disparaît.

Gratin. — Voyons ! Tu as tout ce qu’il faut pour ton déjeuner ?

Charançon. — Oui ! ah ! sapristi ! et la mayonnaise pour le homard ! Tu sais faire la mayonnaise, toi ?

Gratin. — Non !

Charançon. — Il a fait ses études et il ne sait pas faire la mayonnaise.

Gratin. — Eh bien, et toi ?

Charançon. — Oh ! moi !… Moi non plus ! Eh bien, sais-tu ? Nous allons essayer tout de même ! Nous allons la faire d’intuition.

Gratin. — Chacun de notre côté.

Charançon. — Un concours de mayonnaise.

Gratin, récapitulant. — Je vais prendre de l’huile…

Charançon, récapitulant. — Des œufs ! du beurre ! Est-ce qu’on met du beurre ?

Gratin. — Non. Je crois que c’est de la farine !

Charançon. — Eh bien, toi, tu mettras de la farine et moi du beurre !

Gratin. — C’est ça, nous verrons bien ce que ça fera, seulement ça ne fera peut-être pas de la mayonnaise !

Charançon. — Eh bien, tant mieux ! nous aurons inventé une sauce ! la sauce Charançon !

Gratin. — Tiens ! pourquoi pas la sauce Gratin ?

Charançon. — Parce que… parce que Gratin… c’est déjà un plat. On ne peut pas mettre du gratin partout !

On sonne.

Samuel, sortant par le fond. — Voilà ! Voilà !

Charançon. — Ah ! mon ami ! ce doit être Miranda ; toi, va faire la mayonnaise !

Gratin. — Oui, je vais concourir tout seul.

Il entre à la cuisine.

Samuel, annonçant. — Madame Miranda !

Il introduit Miranda.

Miranda. — Bonjour, mon petit Charançon.

Charançon. — Ah ! Cette bonne Miranda ! (À Samuel.) Laisse-nous, toi !

Samuel, sortant par le fond. — Monsieur, je veille.

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