‹ L’Âge d’orChapitre 9 sur 9 · Épilogue

Épilogue

FOLLENTIN dans son lit dont les rideaux sont fermés, Madame FOLLENTIN et MARTHE, en toilette du matin

Marthe. — Quel orage, Mon Dieu !

Coup de sonnette.

Madame Follentin. — Tiens ! va voir ! on sonne ! (Pendant que Marthe va ouvrir, montrant le lit.) Et dire que voilà vingt-quatre heures qu’il dort comme ça !

Madame Follentin et Marthe. — Oh ! vous !

Gabriel. — Oui ! oui ! Follentin ! vite ! il faut que je le voie !

Madame Follentin. — Vous n’y pensez pas, voyons ! Vous savez comme il vous a reçu hier !

Gabriel. — Ah ! Je vous garantis bien que la nouvelle que j’apporte…

Coup de tonnerre extrêmement violent.

Les Deux Femmes. — Oh !

Elles se signent.

Madame Follentin. — Il n’a pas dû tomber loin, celui-là.

Voix de Follentin, dans le lit. — Arrêtez l’horloge ! arrêtez l’horloge !

Tous. — Il se réveille.

Gabriel, courant au lit dont il ouvre les rideaux. — Monsieur Follentin.

Follentin. — Ah ! Gabriel, mon bon ange ! Sauvez-moi ! Sauvez-moi encore !

Gabriel. — Qu’est-ce que vous avez ?

Madame Follentin. — Adolphe !

Marthe. — Papa !

Madame Follentin. — Réveille-toi, tu as le cauchemar.

Follentin. — Non ! non ! enlevez la pendule ! enlevez la pendule !

Gabriel. — C’est justement pour ça que je viens.

Follentin. — Qu’est ce que vous dites ?

Gabriel. — La pendule ! la pendule de Barras ! Ça y est ! Je l’ai vendue !

Follentin, Marthe et Madame Follentin. — C’est-il possible !

Follentin. — Hein ! mais je ne veux pas ! 25 000 ! pas un sou de moins.

Gabriel. — J’ai mieux !

Tous. — Hein ? Combien ?

Gabriel. — Douze cent mille francs !

Follentin, étouffant d’émotion. — Douze ! Douze !

Il s’affale sur son oreiller.

Gabriel. — Voici le chèque que je vous apporte.

Madame Follentin. — Ah ! mon ami !

Marthe. — Mon cher Gabriel !

Follentin. — Mais comment avez-vous fait ?

Gabriel. — Oh ! c’est bien simple ! Une note dans les journaux annonçant que vous aviez refusé un million de votre pendule. Immédiatement j’ai trouvé un Américain qui m’en a offert douze cent mille.

Follentin. — Ah ! mon enfant ! mon gendre !

Tous les Trois (à part avec joie). — Son gendre !

Follentin. — Ah ! je l’ai toujours beaucoup aimé, ce garçon-là !

On sonne, Marthe court ouvrir.

Madame Follentin. — Qu’est-ce que c’est ?

Marthe. — M. Ebrahim.

Follentin, à Ebrahim qui paraît. — Ah ! trop tard, monsieur Ebrahim, c’est vendu !

Ebrahim. — Ah ! combien ?

Follentin. — Douze cent mille francs !

Ebrahim. — Tartoufle ! pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? Je vous l’aurais achetée !

Marthe, qui a été pour fermer la porte, trouve Bienencourt sur le seuil. — Ah ! Monsieur Bienencourt !

Follentin. — Bienencourt !

Bienencourt. — Tiens ! mon ami, tu m’as traité d’usurpateur, voici ma lettre de démission !… Je te cède ma place.

Follentin. — Toi ! toi ! tu as fait ça ! Tiens ! voilà ce que j’en fais de ta lettre de démission. (Il la déchire.) Ah ! mes amis ! mes amis ! Je suis bien heureux. Quand je pense que je m’échinais à chercher le bonheur à travers les siècles !… Pendant que, ce temps-là, il m’attendait chez moi.

Madame Follentin. — Oui, mon ami, le véritable bonheur, c’est celui qu’on se fait soi-même.

Follentin. — Tu as raison, Caroline. Il est entre nos mains, l’Âge d’Or !

RIDEAU

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