Roquemaure
Nous n’avons pas défait le lit de Roquemaure :
Trop noble était l’instant, trop précieux et beau.
Le couchant répandait des caresses d’aurore
Sur des silences de tombeau.
Le long des seuils de ce village millénaire,
Le souffle vespéral du magnifique été
Apportait du Ventoux une odeur salutaire
D’orgueilleuse pudicité.
Autour du colombier bleu dans le ciel bleuâtre
Voletaient des oiseaux qui nous semblaient d’azur.
Je sentais votre cœur soudain farouche battre
Près du mien subitement pur.
À peine votre main se posa sur mes lèvres ;
Et tandis que, rompant le charme virginal,
Commençaient de rentrer les boucs avec les chèvres
Nous remontâmes à cheval.