Au vent du soir
Vous qui venez de l’île de neige,
Pressant le vol des oiseaux de mer,
Qu’annoncez-vous au feuillage amer
Du tamaris et du chêne-liège ?
Ô vent gonflé d’audace et de bruit,
Vous vous flattez du double prodige
De culbuter le rouge quadrige
Et d’amener le char de la nuit.
Vous vous flattez davantage encore,
Vent aiguisé sur le golfe bleu,
Quand vous croyez éteindre le feu
Qui m’éjouit et qui me dévore.
Vent dont l’orgueil assaille la tour,
Dites plutôt qu’en donnant la chasse
Au lourd nuage, à la brume lasse,
vous prolongez les instants du jour,
Et qu’en soufflant, vent du crépuscule,
Sur mes désirs, comme vous feriez
Sur des réchauds et sur des brasiers,
Vous activez l’amour qui me brûle.